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    Culture

    Warhol, en couleur et argenté

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    Cent trente regards vers l’objectif, peinturlurés de mille couleurs et reproduits en série : Le grand monde d’Andy Warhol présente la plus importante rétrospective de portraits du peintre américain, et montre comment, doué en affaires, le précurseur de l’art industriel s’est imposé dans la seconde moitié du XXe siècle. Après Picasso et ses maîtres, le Grand Palais à Paris ouvre ses portes à un autre géant de la peinture. Andy Warhol et les siens s'installent en bas des Champs-Elysées jusqu’au 13 juillet.

    (Première publication : 18 mars 2009)

    25 000 dollars, c’était le coût d’un portrait de commande qu’Andy Warhol (1928-1987) exécutait pour ses commanditaires. Qu’ils soient célèbres ou de simples quidams, le tarif était le même pour tous. Cette somme donnait le droit d’entrer dans son loft, la Factory au 231 East Street, dont les murs étaient tapissés d’aluminium, et le sol et les meubles revêtus de peinture couleur… argent. Justement, le métal blanc n’est pas un problème quand on s’appelle Warhol, et qu’on considère l’art comme un business : « Être bon en affaires, c'est la forme d'art la plus fascinante », écrit-il dans Extrait de Ma philosophie de A à B et vice versa. Pourtant, alors qu’aujourd’hui Warhol est célébré à travers le monde, l’usine à sérigraphies qu’il était n’a pas connu une gloire foudroyante dès ses débuts : « Sa première exposition a eu lieu à Los Angeles, et non pas à New York. C’est déjà quelque chose de significatif. Leo Castelli, le grand marchand d’art de l’époque, ne l’a pas accueilli tout de suite non plus », rappelle le commissaire de l’exposition, Alain Cueff.

    Sa passion de l’image, le jeune Andrew Warhola (de son vrai nom) la découvre quand il n’a pas dix ans. Son cousin lui offre son premier appareil en 1937, un Kodak Brownie Box Camera, dont il développe les clichés dans un laboratoire improvisé au sous-sol de sa maison. Après des études d’art et un début de carrière comme dessinateur publicitaire pour différents magazines (Glamour, Vogue, Seventeen, The New Yorker…), Warhol commence son activité de peintre dans les années 1960. Et son premier portrait, sûrement le plus célèbre, est celui posthume de Marilyn Monroe, immortalisée vingt fois dans Twenty Marilyns (Marilyns in color), en 1962. Mais ce n’est pas un tableau de commande, contrairement à la majorité des portraits suivants.

    Icônes en série

    En 1963, il invite la collectionneuse new yorkaise Ethel Scull et, en lieu et place d’un studio photographique, lui propose de prendre place dans une cabine de photomaton. Une heure plus tard, la collectionneuse est sur une centaine de clichés. Warhol en choisit 24, et les sérigraphie pour former le tableau Ethel Scull 36 times, soit quatre rangées de neuf portraits en couleur, d’1 mètre sur 1 mètre chacun. La collectionneuse n’a rien d’une star, mais Warhol en fait une effigie. Et, bientôt, il accueille des dizaines d’autres modèles, auxquels ils proposent des prix pour les séries : 25.000 dollars le premier modèle, donc, et 15.000 les suivants ! Une affaire que les clients ne manquent quasiment jamais… et Warhol de continuer son ascension comme photographe du monde de l’art. Un « grand monde » ? Pas exactement.

    « Tous mes portraits doivent avoir le même format pour qu’ils tiennent tous ensemble et finissent par former un seul grand tableau intitulé Portrait de la société. Bonne idée, non ? Peut-être que le Metropolitan Museum voudra l’acquérir un jour », soupire (humblement) Warhol. Sauf qu’à l’exception de quelques portraits d’inconnus, la société qu’il (dé)peint est plutôt restreinte. Ses tableaux des années 1960 à 1980 forment ainsi une chronique de la vie artistique de l’époque (Elizabeth Taylor, Giovanni et Marella Agnelli, Mick Jagger, Clint Eastwood, Dennis Hopper, Brigitte Bardot, Keith Haring, Julian Schnabel, Jean-Michel Basquiat...), un monde de glamour et de paillettes – la poudre de diamant est un de ses matériaux fétiches – qui le fascine comme nul autre. En 1965, il organise ainsi la soirée intitulée « 50 personnalités du gratin mondain », où se côtoient Judy Garland, Allen Ginsberg, Tennessee Williams et Montgomery Clift. Et la revue de cinéma Interview qu’il lance en 1969 consacre toutes ses couvertures à de grandes stars.

    Des Mao violets et des vaches jaunes

    Si elle n’est pas la première exposition vouée à l’art du portrait chez Warhol – en 1979, encore vivant, il avait lui-même monté une rétrospective de cette partie de son œuvre, et depuis sa mort, une dizaine d’évènements y ont été consacrés –, Le grand monde d’Andy Warhol, qui réunit autant les portraits les plus célèbres (Mao, Jackie, Marilyn…) que les clichés méconnus pris avec son Polaroïd Big Shot, ainsi que bon nombre d’autoportraits et ses célèbres Screen tests (quatre cent visages face caméra, dont ving-quatre sont exposés ici) est la plus conséquente de toutes. Au travers de quinze salles sur deux niveaux, le public peut ainsi apprécier les originaux de Warhol, qui tapissent les murs blancs ou recouverts de papier peint – des Mao violets ou des vaches jaunes, clin d’œil à des expositions que Warhol avait lui-même montées – du Grand Palais. Et, pour les inconditionnels du « pape du pop », la Maison rouge à Paris lui consacre également une exposition, prouvant que le pouvoir de fascination que cet être énigmatique à la perruque platine exerçait est toujours d’actualité.

     

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