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Gainsbourg & Bashung - 
Article publié le : jeudi 03 décembre 2009 - Dernière modification le : lundi 28 décembre 2009

« L’homme à tête de chou » en tournée en France

Brigitte Enguérand

Par Elisabeth Bouvet

Le spectacle du chorégraphe Jean-Claude Gallotta est de passage à Paris. Douze tableaux inspirés de l’album éponyme de Serge Gainsbourg (1976), repris et réarrangé par Alain Bashung. L’Homme à tête de chou est en tournée dans toute la France jusqu’en juin 2010 et jusqu’au 19 décembre au théâtre du Rond-Point.

Le plateau est vide, à dominante grise. Le fauteuil de bureau à roulettes renversé sur la scène n’en rend que plus douloureuse, plus prégnante l’absence d’Alain Bashung qui aurait dû l’occuper si la maladie ne l’avait pas emporté en mars dernier. Le premier geste des quatorze danseurs en entrant sur le plateau consiste d’ailleurs à venir saluer le « fantôme » de celui dont la voix suave nous accompagnera tout au long des douze chapitres, douze tableaux qui composent l’album écrit et mis en musique par Serge Gainsbourg (1928-1991) en 1976 et qui fut un flop à l’époque. 

L’Homme à tête de chou est donc l’histoire d’un personnage qui se décrit comme « moitié légume-moitié homme » et qui, quand débute le récit de son existence, se trouve enfermé dans une institution psychiatrique, à la suite d’un crime passionnel. Tombé amoureux de Marilou, shampouineuse jolie et accorte - du genre femme fatale -, il a sacrifié son argent, son amour propre et jusqu’à sa santé mentale pour la belle qu’il a fini, dans un accès de folie aiguillée par une jalousie inextinguible, par démolir à coups d’extincteur « pour éteindre le feu au cul de Marilou ». Ambiance noire qui induit que les hommes portent (la plupart du temps) des complets (pantalon + veste) et les femmes des jean’s et des soutiens-gorges sombres tandis que la chorégraphie mime les corps-à-corps torrides réels ou fantasmés de Marilou que L’Homme à tête de chou dépeint comme une croqueuse d’hommes, entre « baby doll » et « Lewis carroll ».  
 
« J’écoute gémir le hamac, grincer les ressorts du paddock… »... Et ainsi de suite, « sensuel et sans fin », comme l’écrivait le même Serge Gainsbourg dans un autre album, et dans tous les styles. Liberté des rimes, liberté des notes qui empruntent tant au reggae qu’au jazz, au blues qu’au rock. La griffe de Gainsbourg qui sans être encore Gainsbarre n’en était pas moins déjà provocant et novateur. Unique en son genre, écartelé entre les extrêmes, Eros et Thanatos, la classe et le trash, la mélancolie et l’énergie. Non moins dandy sous son borsalino et dans ses costumes bleus pétrole - son dernier costume de scène -, Alain Bashung qui s’enroule dans le verbe de son « maître et seigneur » avec l’aisance et le naturel d’un alter ego.
 
Les mots de l’un, la voix de l’autre… C’est l’évidence libertine entre ces deux là. Quant à les conjuguer en pas de deux,  la chorégraphie de Jean-Claude Gallotta qui se veut au diapason avec jeune femme nue hagarde et déboussolée jetée sur la scène tel un bateau ivre, jeune homme nu à tête de gorille, lui, qui s’assied longuement face au public exhibant ainsi notre « face » sauvage à tous (sic) et trio sulfureux entre une femme et deux hommes, ne réussit pas toujours à se hisser à la hauteur d’un texte véritablement incendiaire.
 

Brigitte Enguérand

 
C’est moins l’aspect provocateur et érotique qui séduit d’ailleurs dans cet ensemble de « pleins conjugués » ou de « visions de cloaque » que les tableaux évoquant ou la douleur du récitant ou son rêve d’une harmonie perdue. Autrement dit quand le cynisme lubrique cède le pas à l’angoisse et la peur de la mort, « Tiens-toi à carreaux, la vie est brève ». Impossible pourtant de résister au désir, plus fort que la vie, de s’immoler dans la mousse d’un extincteur. Quoi qu'il en soit, au fil des chapitres, c’est un peu comme si les danseurs, pourtant bien vivants eux, finissaient par perdre consistance devant la beauté poignante d’un album aux accents fuligineux… sépulcraux même dans la voix d’un Bashung, trop tôt parti en fumée. Dans l’art de « pousser le vice jusqu’au bord du calice », Gainsbourg et Bashung éclipsent
petit à petit miss en soutif et nippes anthracites….   
 

Gainsbourg bientôt au cinéma

Le 20 janvier 2010, sortira sur les écrans français Gainsbourg (vie héroïque), un biopic réalisé par le dessinateur de bande-dessinéé Joann Sfar. C'est l'acteur Eric Elmosnino qui se glisse dans le costard double de l'artiste, à la fois Gainbourg et Gainsbarre. Entre cinéma et BD, le réalisateur convoque toutes les créatures qui ont rempli, traversé l'existence de celui qui voulut d'abord être peintre, entre fantasmes et réalité. 

 

tags: Musiques - Théâtre

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