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    Culture

    Autour de Clovis Trouille : une exposition à l’Isle Adam

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    « Voyous, Voyants, Voyeurs » : Un titre en trois mots pour résumer le programme offert par le musée d’art et d’histoire Louis Senlecq autour de ce peintre du XXe siècle (1889-1975), rebelle et intransigeant. Cette exposition, imaginée avec l’Association Clovis Trouille permet aussi de découvrir des œuvres d’artistes - contemporains du peintre ou actuels – pouvant se réclamer d’une même parenté subversive. A voir jusqu’au 10 mars 2010.

    Pourquoi une exposition Clovis Trouille à l’Isle Adam, cette petite ville des bords de l’Oise,  à une trentaine de kilomètres au nord de Paris ? La réponse est simple : « Le siège de l’association Clovis Trouille se trouve à l’Isle Adam, le petit-fils du peintre est lui-même Adamois et la famille est toujours propriétaire de la quasi-totalité du fonds d’atelier. On pouvait donc disposer assez facilement  d’un grand nombre d’œuvres », explique Anne-Laure Sol, conservatrice du musée, et co-commissaire de l’exposition. Voilà pour la logistique.
     
    Mais qui est Clovis Trouille ? Tout d’abord, levons un doute : non, il ne s’agit pas d’un pseudonyme. Clovis s’appelait bien Trouille, et vice versa. C’est la guerre de 14-18 qui va faire de ce diplômé des Beaux-Arts d’Amiens un « révolté, un anarchiste » qui n’aura de cesse de dénoncer dans sa peinture « le système de collusion entre l’Armée, l’Eglise et l’Etat ». Et, en toute rigueur, pour ne pas lui-même être amené à transiger avec le système – en l’occurrence le marché de l’art – pour pouvoir vivre de sa peinture, Clovis Trouille a exercé toute sa vie un métier qui lui a permis de conserver son indépendance.
     
    Erotique, subversif et iconoclaste
     

    Un métier peu banal : peintre de mannequins de vitrines. Cela consistait « à peindre des carnations, rehausser des maquillages, dessiner des arcades sourcilières, des grains de beauté, des pointes de sein … Un métier, ajoute Anne-Laure Sol, qui lui procurait beaucoup de plaisir et lui a permis à la fois de vivre son érotisme au quotidien et d’exprimer le souci d’extrême précision qu’on retrouve dans sa peinture ».
     
    Comme dans cette toile emblématique, Remembrance, qui met en scène un cardinal dont le manteau pourpre s’ouvre sur des jambes de femme avec porte-jarretelles et bas noirs tandis qu’un académicien reçoit en pleine figure le pet d’un animal. Au premier plan du tableau, des squelettes de soldats en uniforme serrent dans leurs bras un lapin au pied d’une croix de bois portant comme seule inscription 1914-1918, la sale guerre où ils se sont fait tirer « comme des lapins ». Et c’est au prix de furieuses contorsions que la République détourne de sa vue la pluie de médailles qu’elle déverse du ciel…
     

    Le tout dans des couleurs vives – comme la plupart des tableaux de Clovis Trouille – avec des contours précis et un grand soin dans le rendu des matières. L’artiste dit lui-même de cette œuvre – qui le fera connaître des surréalistes en 1930 – qu’elle est « un exutoire personnel provenant du traumatisme de la guerre de 14-18 ». Une guerre après laquelle, dit-il, « je n’ai pu peindre comme au temps où j’étais un grand peintre ». « Grand peintre », celui qui se définit comme un « peintre du dimanche »  le reste pourtant par la composition et la facture de ses tableaux.
     
    L’humour aussi est souvent présent dans son œuvre, comme lorsqu’il met en scène ses propres funérailles (Mes funérailles), avec des titres-calembours, comme Oh Calcutta ! Calcutta ! (dont s’inspireront en 1969 les auteurs d’une comédie musicale à Broadway). Ses tableaux se nourrissent aussi de références à la littérature  (Le Bateau ivre ) ou à la peinture classique, par exemple Le rêve d’Alice qui renvoie à l’embarquement pour Cythère de Watteau. Car Clovis Trouille « était un homme très cultivé, sa passion était les livres et la poésie. Et quand il venait à l’Isle Adam – c’était toujours un événement – on parlait davantage poésie que peinture », se souvient son petit-fils, Henri Lambert.
     
    Le bal des vampires
     
    Découvert donc en 1930 par Dali et Aragon au Salon des peintres et écrivains révolutionnaires, et très apprécié par André Breton qui voit en lui « le grand maître du tout est permis » et lui proposera de faire une exposition de ses œuvres dans sa galerie. Clovis Trouille refuse, par crainte d’être irrémédiablement sous une étiquette et ce n’est qu’en 1962 qu’il fera sa première exposition personnelle.
     

    « Cette exposition a une histoire incroyable, raconte Anne-Laure Sol. Il faut dire qu’avec Clovis Trouille, on n’est jamais dans la banalité, tout ce qui lui arrive est saugrenu, amusant, voire déroutant… En 1962, une jeune femme italienne, Ornella Volta, publie chez Jean-Jacques Pauvert un ouvrage consacré aux vampires. Elle connaît l’œuvre du peintre, car elle est proche des surrréalistes, et elle lui demande si elle peut reproduire certaines de ses œuvres pour illustrer son ouvrage. Sous le charme, il accepte et pour la soirée de lancement de l’ouvrage elle lui propose d’organiser une première rétrospective. Elle trouve un lieu dans le 6ème arrondissement de Paris, ‘La lanterne magique’, une boutique de brocanteur spécialisée dans les objets bizarres, les objets de cirque. Et c’est au milieu de ce fatras d’objets forains qu’elle installe une douzaine de  toiles de Clovis Trouille que le tout Paris intellectuel et artistique s‘empresse de venir voir ». Des toiles exposées au milieu de dizaines de chauve-souris en papier de soie gris ou noir, découpées par leur auteur…  
     
    Cette première « exposition » sera suivie l’année suivante d’une autre « solennelle », cette fois, à la galerie Raymond Cordier à Paris et, de 1963 à 1970, l’artiste expose régulièrement au salon de Mai. Il aura aussi participé à plusieurs expositions sur le surréalisme, à Paris, en 1960 et 1964, et à Tokyo, en 1975, 50 ans d’un certain surréalisme.

     
    Clovis, Alfred et les autres
     

    « On a souhaité rendre compte de l’œuvre de Clovis Trouille en évitant l’écueil de la singularité, en le replaçant dans son  contexte, qui n’est pas seulement celui du surréalisme en montrant qu’il n’est pas original isolé », indique Anne-Laure Sol. C’est pourquoi la deuxième partie de l’exposition est consacrée à d’autres artistes contemporains et amis. Au premier rang desquels Alfred Courmes. « Un peintre extraordinaire, malheureusement trop peu montré et qui a connu un parcours assez similaire à celui de Trouille : une formation classique, un sens de l’humour assez incroyable, avec le détournement d’icônes publicitaires ou de scènes bibliques, mais toujours au filtre d’une peinture assez académique. Ils sont tous deux des hommes libres, qui ne font de concessions ni au marché ni à la mode, même si Courmes connaîtra une fin de vie assez impécunieuse ».
     
    Il y a aussi Pierre Molinier, dont le travail « est un peu à part de celui de Trouille et de Courmes en ce que l’humour en est absent. La dimension tragique est prépondérante dans son œuvre, qu’il s’agisse de photo, de dessin ou de peinture.  Il se suicidera ».
     
    La dernière partie de l’exposition est consacrée aux artistes défendus par l’association Clovis Trouille, ceux que son président, Henri Lambert, appelle dans le catalogue de l’exposition, « les enfants terribles de Clovis Trouille », qu’ils s’en réclament explicitement, comme Hervé di Rosa dont on peut voir un Hommage à Clovis Trouille, ou implicitement, dans une sorte d’affinité formelle ou thématique et dans l’irrévérence. On s’arrêtera sur les toiles d’Anne Van der Linden, et ses nus dérangeants, ou celles de Francis Marshall, « enchâssées dans un lourd cadre brut faisant ostensiblement caisse, tatoué de lettres au pochoir funéraire », comme pour mieux signifier l’enfermement social des personnages. Car nous restons dans du figuratif, une « figuration déjantée », précise Henri Lambert, comme celle de Clovis Trouille.
     
    Un peintre a le droit de penser
     
    Mais au fait, ce peintre subversif, voyeur, voyou et admirateur de Sade, dans la vie, il était comment ? « Quelqu’un de tout à fait charmant, qui se tenait très bien et plutôt un dandy. Il aimait bien les calembours, mais pas trop la vulgarité », répond le petit-fils, Henri Lambert. Son souhait ? Créer une fondation, adossée à un mécène ou un musée. C’est dans cette perspective qu’il œuvre pour une meilleure reconnaissance de Clovis Trouille et de sa place dans l’histoire de la peinture.
     
    Cette place, quelqu’un la lui a déjà conférée en tout cas, c’est Michel Onfray, au chapitre 38 de son Journal hédoniste III. Dans ce texte, publié en 2001 et reproduit en introduction au catalogue de l’exposition (éditions Somogy) sous le titre Un peintre a le droit de penser, le philosophe évoque sa première « rencontre » à 17 ans avec le peintre par le biais d’une reproduction illustrant une édition de La Philosophie dans le boudoir, de Sade, et son incompréhension du fait qu’il lui a fallu attendre ensuite quelques décennies - « un désert mémorial indéfendable » - pour accéder à des originaux de Clovis Trouille, lors d’une exposition en décembre 1999, au musée des Arts africains et océaniens ( !)…  

     

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