La Russie étouffe sous les ordures

Les écologistes russes peuvent se réjouir d’une petite victoire dans leur lutte contre le réchauffement climatique : l’incendie permanent sur la déchetterie d’Igoumnovo a enfin été maîtrisé. Cette déchetterie, la plus grande d’Europe, se trouve à 400 kilomètres à l’est de Moscou en banlieue de Nijni Novgorod, à proximité de la ville de Dzerjinsk et du confluent des rivières Volga et Oka.
Chaque jour, quelque 500 camions déposent dans cette déchetterie les ordures ménagères de la ville de Nijni Novgorod, qui compte environ 1 300 mille habitants, ce qui revient à près de 4 millions de mètres cubes de déchets par an. Depuis 5 ans la décharge était un lieu d’incendie permanent, rejetant dans l’air du CO2 -générant un effet de serre- ainsi que des gaz toxiques. Parfois la fumée était telle que le trafic routier en était perturbé et le manque de visibilité avait causé un accident impliquant 40 voitures sur l’autoroute reliant Moscou à Nijni Novgorod. Les associations écologiques locales accusent la société chargée de l’exploitation du site d’avoir volontairement déclenché les incendies afin de libérer de l’espace.
Il y a quelques années que le site attire l’attention de journalistes russes et étrangers, mais il n’est pas facile de le visiter : tous les accès sont très surveillés, comme s’il s’agissait d’une base militaire. Selon les militants écologistes, la police y avait interpellé récemment un groupe de journalistes français qui avaient tenté d’y faire un tournage et une fois au poste de police on leur aurait expliqué que seules rues du centre-ville de Dzerjinsk étaient autorisées à êtrefilmées. Mais cette commune elle-même est devenue symbole du désastre écologique. Dans les années 1980, elle a été mentionnée dans le Livre des records comme étant la ville la plus polluée du monde, alors que l'ONG Blacksmith Institute, dans son classement 2007 des dix sites les plus pollués au monde, lui a attribué la 7-ème place, devant Tchernobyl -un site placé au 9 ème rang.
CO2 et méthane
La ville de Dzerjinsk était, dans le passé, la « capitale » de l’industrie chimique de l’URSS, et de nombreux déchets de cette production avaient été rejetés sans aucun traitement pendant plusieurs décennies. Cela a contaminé la nappe phréatique et le risque pour la rivière Oka est toujours présent alors que c’est là qu’est puisée l’eau pour alimenter les réseaux de distribution de Nijni Novgorod voisine.
En ce qui concerne la déchetterie même, sa fermeture a été décidée dans un an et demi, sous la pression des associations et de la population locale. Quant à l’incendie, il a été arrêté après une visite du gouverneur de la région qui, dans le style de Vladimir Poutine, en a fait l’injonction à la société exploitante en menaçant d’annuler son contrat si les plaintes des riverains continuaient. Mais cela n'a pas résolu le problème pour autant : les déchets restent dangereux, émettant lors de leur décomposition du CO2 et du méthane. Mais il n’est pas facile d’estimer la quantité des déchets accumulée en 25 ans : sur la seule année 2008, il en a été déposé 560 mille tonnes et, sur 1 km2, s’élèvent des montagnes d’ordures atteignant les 20 mètres de hauteur.
Des chiffres issus essentiellement de l'industrie chimique
Le problème est que cette déchetterie, bien que la plus grande en Europe, n’est pas la seule : le tri sélectif et le recyclage en Russie sont encore pratiquement inexistants et les ordures sont, dans le meilleur des cas, incinérées. Ces décharges deviennent ainsi source importante de gaz à effet de serre dont les émissions sont difficiles à évaluer.
Les responsables russes se targuent régulièrement d'enregistrer une réduction de 40% du volume des émissions de la Russie -alors que l’UE parlait seulement de 20% pour 2020. Toutefois, cette réussite n’est pas le fruit d’une politique coordonnée, mais plutôt une conséquence de la baisse de production industrielle depuis la chute de l’URSS -alors qu’à l’époque on ne se souciait guère de l’écologie. A noter par ailleurs le fait que les chiffres dont opère l’administration russe sont issus avant tout des statistiques de l’industrie, où l’on peut mesurer le volume de rejets avec une certaine précision, alors que la quantité des gaz provenant des nombreuses décharges n’est connue ni des écologistes, ni de l’Europe, ni des Russes eux-mêmes.
![]() Archive A. Piluguin |

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