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    Afrique

    Sur les traces de l'avion de la cocaïne

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    Notre correspondant au Mali s’est rendu à Sinkrébaka, dans le Sahara, au nord du Mali. C’est là qu’un Boeing 727, soupçonné de transporter une grosse quantité de cocaïne, a atterri début novembre avant d'être incendié. Carnet de route et nouvelles informations sur cette affaire rocambolesque.

    Les initiés vous le diront, quand tu voyages dans le désert, la veille tu n’en parles à personne. On ne sait jamais ! Je viens, cette nuit, de passer du bon temps à Gao, avec des amis de quinze ans. J’en suis à ma trente-troisième visite dans le coin. Il n’y a pas ici de fête sans viande de mouton. La fête se termine donc, et tout monde se dit « à demain ». Moi, mon demain, c’est 4 heures du matin. J’ai un programme : aller voir la carlingue de l’avion qui, début novembre, a terminé un mystérieux voyage dans le désert malien.

    Mon véhicule démarre en trombe. Le chauffeur ne conduit pas. Il vise. Il se bat avec le volant. Un coup à gauche, un coup à droite. C’est comme ça dans le désert. Il n’y a pas de bitume, il y a des pistes. Il y a toujours une piste officielle et de nombreuses autres pistes officieuses. On les appelle « les pistes des fraudeurs ». C'est l'une d'elles qu'emprunte le véhicule. Le moteur s’énerve. Les pneus commencent à brûler, il commence à faire chaud. Nous venons de parcourir une centaine de kilomètres. Plus de trois heures de route. Trois pauses. La voiture redémarre. Un chien, venu je ne sais d’où, nous poursuit. Il aboie. Il s’arrête. La voiture continue son chemin, jusqu’à Esarne.

    Piste naturelle

    Esarne est le nom d’un hameau situé au nord de Gao. Le jour s’est déjà levé. Nous sommes tout juste à une cinquantaine de kilomètres de notre terminus. C’est aussi celui de « Air Cocaïne ». C’est l’ONU qui l’a dit. Cinquante kilomètres, donc, du but. Du coup, je suis pris d'une angoisse : « Mon dieu, et si je tombe encore sur un autre atterrissage d’avion clandestin, je fais quoi ? » Voilà pourquoi j’ai peur. Je tente alors de plonger dans un sommeil réparateur. Impossible.

    Sinkrébaka ! Voilà le nom du site où a atterri l’avion. Devant moi, se dresse la piste. Elle n’a pas été construite à la va-vite, comme on le pensait. C’est une piste naturelle. Très probablement, il y a des dizaines d’années, c’était une mare. Aujourd’hui, elle a bien séché. Et on y voit des pavés naturels argileux, mais très solides. Même avec un marteau, on ne peut pas démolir l’ouvrage.

    Je reste sur la piste. Plusieurs traces de véhicules. Un interlocuteur est formel : ce sont les véhicules qui sont venus accueillir l’avion. On verra plus tard. La piste est grande en longueur et en largeur. A vu d’œil, si un vent de sable s’abat sur la zone, la piste sera recouverte de sable. A la limite, les complices qui attendaient l’appareil ont seulement eu à débarrasser la piste de sable. Sinon, c’est une piste naturelle. Pas construite, comme le disent certaines sources.

    Le jour de l’atterrissage, le scénario aurait été le suivant. Quelques heures avant que l’avion se pose, une bonne dizaine de personnes se donnent rendez-vous sur le site.
    L’appareil, un Boeing 727-200, arrive donc. Très grand bruit. Il a atterri d’ouest en est. Pour que l’équipage se retrouve, de grosses pierres, et quelques bidons ont été alignés sur la piste. L’avion atterrit donc sans problème, arrive en bout de piste. Il fait tranquillement demi-tour, s’arrête. Les véhicules arrivent. Ceux qui attendaient rencontrent ceux qui sont venus à bord de l’appareil. Ils règlent leurs affaires. L’appareil est vidé de son contenu. Ensuite, les pilotes dirigent l’appareil vers une zone sablonneuse, donc quittent la piste. Freins ! Tout l’équipage descend. Et méticuleusement, on arrose l’avion d’essence. Il a très probablement brûlé pendant des jours.

    L'épave de l'avion livre des indices

    L’avant de l’appareil est détaché de son ventre qui est à son tour, détaché de l’arrière. Beaucoup ! Beaucoup de ferraille ! Il y a même de la cendre. Je regarde de près. Il n’y a avait pas de siège passagers à bord. C’est un cargo. Ce modèle est fait pour transporter du matériel et des hommes. En tout cas, beaucoup de matériel. Et pour que les sièges n’occupent pas la place inutilement, on les enlève.

    Je regarde encore l’épave, et elle se décide à me parler d’avantage. Les traces de son immatriculation sont visibles. Il vient d’Amérique du Sud. Cette première information, obtenue par les enquêteurs, grâce aux services de renseignements maliens (la sécurité d’Etat) a été capitale.

    « Nos collègues maliens des services, ont été très efficaces. Alors que d’Amérique latine, certains voulaient brouiller les pistes, les renseignements maliens, ont tout de suite donné la bonne information, malgré le peu de moyens qu’ils ont pour bosser », confie une source sécuritaire d’un pays étranger, basée dans le nord du Mali.

    Dans le cockpit, ou ce qui en reste, des boutons calcinés. La carlingue n’a plus aucune valeur marchande. Il constitue un poids pour ce désert. A l’intérieur de son aile gauche, le fer est plus rouillé que celui de l’aile droite. Un côté a-t-il plus brûlé qu’un autre côté ? Ou bien l’appareil est-il tout simplement un vieux coucou qu’on a été réveiller pour un dernier service. Il y a un peu de vrai dans cette hypothèse. L’avion n’était pas destiné à redécoller du désert. Un ami pilote l’explique bien : « Si tu as un avion qui coûte 800 millions de dollars, qui te rapporte des milliards de dollars d’argent facile, l’avion ne t’intéresse plus, surtout si on peut t’arrêter ».

    Plusieurs personnes dans plusieurs pays impliquées

    Le désert était donc le cimetière de l’appareil. Une source sécuritaire d’un pays limitrophe affirme que l’avion aurait pu atterrir en Mauritanie, en Algérie. Que faut-il comprendre par là ? « Je veux souligner que plusieurs personnes dans plusieurs pays sont impliqués dans l’affaire ». « A ce stade de l’enquête, le problème n’est plus de dire 'voilà les suspects ! ',  c’est plutôt qui va le premier les dénoncer, la justice doit déclencher les interpellations », affirme une autre source.

    Regardons encore l’avion : on sait aujourd’hui avec précision que les plaques minéralogiques des véhicules qui ont « accueilli » l’avion viennent du Niger voisin. Ce sont de fausses plaques, confectionnées dans un autre pays, toujours voisin du Mali. L’affaire tourne beaucoup autour du Mali. Il y a aussi des réponses à d’autres questions : pourquoi l’avion a atterri dans le désert, côté malien ? Réponse : c’est un bled perdu. De Gao à l’épave de l’avion, il faut cinq heures de route, avec une bonne voiture. Mais encore ? De tous les pays du Sahel, le Mali fait partie de ceux qui n’ont pas les moyens de veiller sur l’ensemble de leur territoire.

    J’interroge encore l’appareil : Combien de fois tu t‘es posé ici pour y déverser des produits illicites ? J’ai la réponse de plusieurs sources : jusque-là, dans le Sahara, ce sont les petits coucous qui venaient atterrir, avec dans leur ventre des produits illicites. Une fois au sol, l’appareil redécollait facilement. Mais cette fois-ci, au lieu d’un petit coucou, on a choisi un gros coucou, qui pouvait transporter beaucoup plus de marchandises. Et beaucoup plus de marchandises, rapporte beaucoup plus d’argent. J’interroge une dernière fois l’appareil qui gît sur un site du nom de Sinkrébaka. Sinkrébaka, signifie, m’a-t-on dit, « bélier qui a des cornes tordues ».

    Pour une histoire tordue, c’est une bonne coïncidence. J’interroge alors : avant de venir sur le site, j’ai vu une photo pâle de l’épave. Mais ce 10 décembre 2009, je constate que l’appareil a perdu beaucoup de poids. Je trouve sur place la réponse : je vois des traces de tadjila, nourriture prisée chez les touaregs. Alors que s’est-il passé ? Des dizaines, et des dizaines de personnes dont des touaregs viennent s’installer et couper l’épave, récupérer de l’aluminium, et aller le vendre aux forgerons. 1 500 FCFA le kilo d’aluminium. Triste fin pour l’épave. Triste fin pour l'avion.

     

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