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Article publié le : mardi 29 décembre 2009 - Dernière modification le : mardi 29 décembre 2009

La ruée vers l'or ronge l'Amazonie péruvienne

Couronne (Or martelé, Chavín, Pérou, - 900–200 av. J.-C.).
Couronne (Or martelé, Chavín, Pérou, - 900–200 av. J.-C.).
Museo Arqueológico Rafael Larco Herrera, Pérou.

Par RFI

En même temps que l'or bat des records sur les marchés des métaux, son extraction illégale ronge des pans entiers de l'Amazonie péruvienne, comme près de Huaypetue (sud-est), une zone menacée d'un « désastre écologique » selon l'Etat. Vue d'avion, la zone dite de Delta Uno, dans la province de Madre de Dios, à quelque 1400 kilomètres à l'est de Lima, ressemble à un immense champ bombardé

Là où s'étendait avant la forêt tropicale, n'est plus qu'une succession de cratères d'eau boueuse et de monticules de terre étalés sur des dizaines de kilomètres carrés. Si rien n'est fait, il se prépare dans ce secteur « le plus grand désastre écologique jamais vu en Amazonie », estime le ministre de l'Environnement Antonio Brack, pour qui l'activité minière informelle « s'étend comme un cancer » dans le sud-est. Au niveau national, elle occupe plus de 100 000 mineurs.

Un quart d'entre eux sont établis dans les forêts de Madre de Dios, certains depuis des décennies, agglutinés dans de sordides villages-dortoirs comme Delta Uno, drainant leur lot de prostitution, risques sanitaires, travail infantile et exploitation. « Je sais qu'on me paie une misère, mais il n'y a pas d'autre choix », explique Paulino Chavez, un mineur informel qui dit recevoir 25 soles (8 dollars, 6 euros) par longue journée de travail –ce qui n’est pas négligeable dans un pays où le salaire minimum équivaut à 18 soles/jour, d'autant que les sept enfants de Paulino, âgés de moins de 18 ans, travaillent avec lui.

« On est en train de tuer la forêt, plus rien ne peut pousser ici »

La distinction entre secteur minier informel et illégal est ténue. Des plus de 1 500 documents de concession octroyés ces dernières années, et donc légaux, une vingtaine seulement possède les licences environnementales et l'étude d'impact requis, estime une source ministérielle. Sur le terrain à Delta Uno, « l'informalité » est manifeste. Dans la coupe des arbres à mesure que l'extraction avance; dans les flots de boue charriés du fleuve voisin et abandonnés en monticule; dans le maniement puis le rejet dans la nature du mercure -il faut 2 à 3 grammes de mercure pour extraire un gramme d'or.

« On est en train de tuer la forêt, plus rien ne peut pousser ici », explique Paulino Chavez, conscient de l'impact de l'extraction d'or informelle, qui selon des chiffres officiels a avalé 20 000 hectares de forêt à Madre de Dios. « Mais plein de gens ici travaillent consciencieusement, et le gouvernement devrait plutôt aider, tenter de formaliser ce problème qui date de nombreuses années », plaide son collègue Marcelino Bombilla, qui sait que l'Etat veut mettre un terme à la fièvre aurifère de Madre de Dios. L'octroi de nouvelles concessions y a été suspendu jusque fin 2010, le temps de réglementer le secteur.

Pérou, 6e producteur d'or au monde

Les sceptiques, parmi eux les ONG de défense de l'environnement, rappellent qu'au Pérou, 6e producteur d'or au monde, l'extraction illégale -un quart du total de la production d'or au Pérou- va depuis toujours de pair avec l'activité « formelle »: la frontière entre les deux est un flou savamment entretenu par l'industrie minière.

« Comment de pauvres mineurs peuvent-ils s'acheter des dragues et machines pour gratter le lit des rivières? Comment peuvent-ils s'acheter de grandes quantités de mercure? », demande Red Muqui, un réseau d'ONG. « On devrait enquêter sur les grandes entreprises minières, qui encouragent elles-mêmes cette extraction illégale », suggère Ana Leyva, porte-parole de Red Muqui.
 

tags: Terre
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