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    Afrique

    Un demi-siècle de radio

    media (CC) Oluniyi David Ajao

    De leur création enthousiaste sur les traces de la décolonisation à la libération et la libéralisation des ondes quelques décennies plus loin, les radios africaines ont connu une formidable évolution au cours de ce demi-siècle d'indépendance. Aujourd'hui, elles reflètent le mieux la dynamique des sociétés du continent.

    HAUTE VOLTA/BURKINA FASO Le président de la République, Maurice Yaméogo inaugure la radio nationale de la Haute Volta, le 25 octobre 1959 (Radio Mémoire). 16/10/2013 Écouter

    En Afrique francophone, la naissance à partir de la fin des années 1950 des radios publiques africaines s’inscrit dans le cadre d’une décolonisation progressive : alors que la radio est restée jusque là embryonnaire, la France qui envisage l’émancipation de ses colonies, veut les doter de moyens radiophoniques propres. C’est la mission confiée en 1956 à la SORAFOM, avec à sa tête Pierre Schaeffer. Cet organisme assume les installations techniques, progressivement transférées aux nouvelles autorités, et forme les personnels africains.

     
    Radio-Soudan est inaugurée en juin 1957 par Modibo Keita. En 1959, une convention permet un transfert de compétences au Sénégal tandis que sont inaugurés un émetteur en Côte d’Ivoire, et une maison de la radio au Niger.
     

    CONGO-BRAZZAVILLE Inauguration de Radio Congo, le 20 février 1960, par le président de la République, l'abbé Fulbert Youlou (Radio Mémoire). 16/10/2013 Écouter

    La France poursuit tout au long des années suivantes une politique active de coopération, sous l’égide - après 1962 - de l’OCORA, qui succède à la SORAFOM. Outre un assistanat qui prend encore parfois la forme d’une intervention directe dans certaines radios, elle passe par la fabrication extérieure de programmes destinés aux nouvelles antennes, et bien sûr par la formation des journalistes et animateurs.
     
    Dès 1960, la plupart des radios sont opérationnelles, la production locale augmente et l’africanisation se marque notamment dans le développement rapide des programmes en langues nationales. Les premiers directeurs nationaux ont pour nom Amadou Thiam en Côte d’Ivoire ou Jean Malonga au Congo. Les années suivantes, les producteurs locaux impriment leur style : c’est la création en 1964 au Sénégal d’un feuilleton radiophonique à succès par Ibrahima Mbengue, Makhouredia Gueye, chauffeur de taxi ; ou en 1968 l’avènement à Radio-Mali de l’émission hebdomadaire Poï Kan Poï.
     

    Le feuilleton de Radio Sénégal met en scène Makhourédia, un chauffeur de taxi jouisseur impénitent, arrivé de fraîche date à Dakar, espiègle, rusé, dont la stratégie est de s’approprier, au détriment du propriétaire du véhicule, le fameux versement journalier. Les aventures de Makhourédia le conduisent à la recherche du bandit Rassakhouna, à la voix rauque qui terrorise le chauffeur.
    Le patron des taxis, Aladji Mor louait les charmes de son épouse et la mort prochaine de son chauffeur de taxi, dans une chanson devenue célèbre.
     

    L’augmentation des heures de programmes est toutefois progressive : au début des années 1960, on émet souvent quelques heures le matin, avant de reprendre l’antenne à midi, puis le soir. En Côte d’Ivoire, de 100 heures de programmes par semaine en 1961, on passe à 17  heures en 1977 (134 heures au Bénin. Au Sénégal, où trois chaînes coexistent, le volume est bien plus important : 299 heures en 1965 et 570 heures en 1977.
     

    Radio Futurs Média/Sénégal
    DR

    Pour les leaders politiques, la radio est vue comme un instrument très efficace de pouvoir, de diffusion des idées et des messages, et comme un levier de modernisation : partout elle se met au service du développement. De ce fait les programmes d’information sont partout valorisés, aux heures de meilleure écoute, et les programmes éducatifs sont favorisés, notamment sous forme d’émissions de santé ou d’apprentissage du français et d’alphabétisation. L’élargissement de la diffusion à l’ensemble du territoire compte parmi les objectifs stratégiques, ainsi qu’un développement résolu de la radio rurale.
     
    Celle-ci s’épanouit à partir du milieu des années 60, avec la multiplication d’émissions qui valorisent la modernisation du milieu paysan, s’efforcent de vulgariser les techniques et jouent un rôle de conscientisation important. Sous l’impulsion de Senghor, le Sénégal met en place à la fin des années 60 sa Radio éducative rurale (RER), qui contribue à faire entendre la « voix des sans-voix ». L’idée d’une écoute participative des paysans s’est imposée très tôt : à l’initiative de l’OCORA, la création à partir de 1962 au Niger d’un réseau de radio-clubs inspire les autres pays où la formule se répand : elle permet de faire de la radio rurale un instrument efficace de communication, et en même temps d’émancipation. La liberté  de parole y est remarquable, si on la compare à l’information très contrôlée qui prévaut sur les antennes nationales.
     
    La prise de parole
     

    Radio Kafo Kan/Mali
    Au studio de la radio communautaire "Kafo kan" de Bougouni (Mali) à l'occasion du concours "Soap Radio". © Rolf Simmen

    Car la radio est, en Afrique francophone surtout, sous surveillance : monopole, juridique ou de fait, de l’Etat, elle ne permet guère la pluralité des expressions et sert avant tout de moyen de propagande. Cette option favorise, pour des auditeurs avides d’information, l’écoute des radios étrangères, en particulier RFI, partout disponibles en ondes courtes.
     
    La mutation technologique de la « FM » permettra à celles-ci d’être encore plus présentes à partir des années 1990, qui voient l’octroi de fréquences aux diffuseurs étrangers. Mais la FM permet surtout l’irruption dans le paysage des radios de statut privées : situation inimaginable quelques années auparavant, rendue possible par l’avènement du pluralisme institutionnel.
     

    Dossier spécial 50 ans des indépendances africaines
    © J-B. Pellerin

    Les radios privées anticipent souvent sur le changement politique : c’est le cas au Mali en 1991 avec l’apparition de Radio Bamakan, émanation de l’association Jamana, suivie de Radio Liberté, montée par un opérateur privé. La voie est ouverte, et les autorités politiques ne peuvent que légaliser à partir de 1992 le fait acquis. Le Mali sera, avec Madagascar, l’un des pays où l’offre radiophonique privée explose littéralement à partir des années 90 : on compte à la fin de la décennie, dans les deux pays, plus d’une centaine de radios dues à l’initiative privée, et parmi elles un grand nombre de radios dites « communautaires», en zone rurale.
     
    La libéralisation gagne à des degrés divers toute l’Afrique francophone, en dépit de tentatives légales de restriction qui cèdent rapidement devant la multiplication des initiatives. Dans les années 2000, la radio « libre » l’a partout emporté. Elle s’avère un levier efficace de changement politique : les élections présidentielles au Sénégal, qui voient en février-mars 2000, la victoire d’Abdoulaye Wade, témoignent du rôle-clé joué par les stations privées de radio qui ont diffusé partout les résultats partiels avant la proclamation officielle.
     

    LES FEMMES PARLENT AUX FEMMES
    (CC) Amin Vitale/Banque mondiale

    A partir de cette date, d’autres préoccupations apparaissent. Montées avec peu de moyens, c’est leur force, les radios privées manquent aussi de ressources pour se professionnaliser. Leur fonctionnement reste proche de l’informel, et elles peinent à trouver une formule de viabilité économique. En milieu urbain, notamment, elles résistent difficilement aux pressions politiques ou économiques, et les dérapages sont nombreux. Seules les radios communautaires en milieu rural, renouant avec une vieille tradition, parviennent à remplir plus ou moins commodément, et en dépit des faiblesses, une mission de « service » auprès de leurs auditeurs. C’est en leur direction que les efforts d’assistance semblent les plus prometteurs : on met désormais de plus en plus l’accent, dans les programmes d’aide au secteur radio, sur la formation des animateurs de radios communautaires et la diffusion des pratiques de gestion.
     
    L’avenir de la radio en Afrique, où elle demeure le seul média de masse, passe sans doute par une plus grande structuration du paysage par des organismes de régulation qui, mis en place depuis le début des années 1990, peinent encore à trouver leurs marques. Ces organismes auront aussi à affronter le défi de la numérisation des équipements (de diffusion et de réception) qui, si elle est préconisée par les institutions internationales, risque de se heurter aux réticences des opérateurs et à la réalité économique.
     

    •  A-J Tudesq, La radio en Afrique noire, éditions Pedone, 1993 et L’Afrique parle, l’Afrique écoute, 2002, éditions Karthala.
    • Guy Robert (souvenirs d’un ancien cadre dirigeant de RFI qui a animé les premiers radio-clubs en Afrique),  Le vent qui souffle dans la boîte, L’Harmattan, 2007.
    • Médias d'Afrique par Alain Foka. Émission du 18 février 2010, en direct de Bamako. Les médias et la démocratie en Afrique.

     


     

     

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