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La longue marche des femmes africaines depuis les indépendances

« De gesticulations en chimères », la place des femmes africaines depuis les Indépendances oscille entre conquêtes et espoirs déçus. Un long chemin reste encore à parcourir sur la voie de la parité avec les hommes - même si des avancées notables ont été enregistrées au plan politique.
« Qu’elles fassent partie de l’élite ou des classes moyennes et populaires, rurales et urbaines, les femmes africaines ont soutenu les pères des Indépendances », nous rappelle Fatoumata Sow, directrice du laboratoire genre de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN), pour qui « le nationalisme africain s’est largement servi de leurs forces ». Et de citer les grandes commerçantes du golfe du Bénin qui, d’Accra à Cotonou ou Lomé, « ont financé les futurs leaders qu’étaient Kwame Nkrumah, Sylvanus Olympio et bien d’autres… »
En Algérie puis en Angola, au Mozambique, en Guinée-Bissau ou en Afrique du Sud, elles ont activement participé aux luttes de libération nationale. Elles ont aussi milité, à l’époque coloniale, au sein des grands mouvements politiques que furent le Rassemblement démocratique africain (RDA) d’Afrique occidentale française (AOF) ou la Convention Peoples Party (CPP) du Ghana anglophone.
« La prise de conscience de l’importance des femmes comme masse électorale conduisit souvent à leur exploitation à des fins politiciennes », répond en écho Odile Goerg, professeur d’histoire de l’Afrique contemporaine à l’université Paris 7. Très peu représentées dans les instances dirigeantes des partis avant les Indépendances, les femmes ne le sont pas davantage dans les deux décennies qui suivent. Ou à de très rares exceptions près.
Exclusion politique
Dans la Guinée d’Ahmed Sékou Touré ou le Ghana de Nkrumah, les femmes ont obtenu des postes ministériels entre 1958 et 1960. On cite aussi « le cas » d’Awa Keita, première femme à intégrer le bureau politique de l’Union soudanaise (US-RDA) en 1958. Elue députée du Soudan français en 1959, elle a participé à l’élaboration de la constitution de la Fédération du Mali de Modibo Keita. « Les années soixante et leur cortège de coups d’État et de pouvoirs personnalisés exclurent aussi bien les hommes que les femmes de toute participation politique active », poursuit Odile Goerg.
À l’ère du monopartisme, de Bangui à Kinshasa ou Abidjan, les femmes sont tolérées dans les conseils municipaux, les administrations publiques ou encore les unions féminines dont elles se servent comme tremplin pour accéder à des postes ministériels ou à des secrétariats d’État à la Condition féminine ou au Développement social (Women’ Bureau)… Des postes dits subalternes.
C’est une révolution quand, en 1983 au Burkina Faso, Thomas Sankara nomme des femmes à des ministères techniques - Budget, Economie et Finances. Partout ailleurs, « l’espace politique « traditionnel » reste masculin et la "gesticulation" des femmes pour leur intégration comme partenaire politique à armes égales une chimère », ironise Fatou Sow, soulignant que les transitions démocratiques de la fin des années 1980 n’ont pas non plus augmenté leurs performances en la matière. Et pourtant !
« Nul ne peut aujourd’hui contester le rôle joué en 1991 par les femmes du Mali dans l’avènement d’un régime plus démocratique », souligne Codou Bop, une consultante sénégalaise qui rappelle plus largement l’importance des associations et ONG féminines, fers de lance d’une société civile [re]naissante.
Sur les marchés de Lomé et de Conakry, les femmes sont descendues dans les rues, souvent au prix de leurs vies, début 1990, pour protester contre des pouvoirs despotiques, et contribué ainsi au déclenchement des « mouvements populaires qui ont ébranlé les régimes en place et abouti à l’organisation des conférences nationales ».
«Touche pas à mon pagne»
Du côté du pouvoir ou de l’opposition, les Africaines ne contestent pas encore leur condition de femme. Présentes à la Conférence mondiale des femmes de Mexico (1975), elles n’adhèrent pas aux revendications des féministes occidentales qu’elles qualifient d’« impérialistes ». Elles jugent leur oppression secondaire ou même relevant de coutumes fondatrices de leur identité. Et préfèrent insister sur « l’intégration des femmes au développement économique », pour lequel elles se déclarent solidaires des hommes.
Il est question d’accès à la terre, au crédit ou au revenu... « Touche pas à mon pagne », lancent-elles encore à Copenhague (1980) où le débat sur l’excision fait rage. Enfin, à Nairobi (1985), un timide dialogue s’amorce entre ONG du Sud et du Nord…
De petits projets féminins en microcrédits, la situation économique des femmes africaines empire dans les années 1980 et 1990. Confinées dans ces ghettos, elles subissent de plein fouet les restrictions budgétaires issues des plans d’ajustement structurels, puis la mondialisation. La libéralisation politique, en net recul, doublée de l’incapacité des États à relancer le développement, les pousse – au même titre que les hommes – vers des mouvements ethniques ou religieux conservateurs qui renforcent le patriarcat.
« En Afrique, la pauvreté a le visage d’une femme », rappelle la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations unies dans un rapport soumis à la 8ème Conférence régionale africaine sur les femmes, à Banjul (Gambie), en novembre 2009. Il examine la mise en œuvre du Programme d’action de Pékin (1995), qui recommandait l’égalité des hommes et des femmes dans la participation aux prises de décision.
État des politiques du «genre»
En 2002, le seuil des 30 % des sièges aux assemblées nationales, réclamés à Pékin, était loin d’être atteint en Afrique de l’Ouest (10 % au Sénégal ; 15 % en Côte d’Ivoire), mais il était proche de l’être en Afrique de l’Est et australe. Le Mozambique et l’Afrique du Sud y étaient parvenus, et le Rwanda l’avait dépassé au (49 %), se rapprochant ainsi de la parité (50/50) souhaitée par l’Union africaine (UA) en juillet 2004 dans sa Déclaration solennelle sur l’égalité entre hommes et femmes en Afrique.
L’UA s’est dotée d’une politique du «genre» pour renforcer les politiques nationales en matière de promotion de la femme. Et a déclaré les années 2010-2020 « Décennie africaine du genre ».
En 2004, une femme, Luisa Dias Diogo, docteur en économie du développement, a été nommée Premier ministre au Mozambique. L’année suivante, Ellen Johnson-Sirleaf a été la première femme élue à la tête d’un État – non sans avoir au préalable survécu aux seigneurs de guerre libériens. La liste s’est encore allongée en 2009 au Gabon, où la présidente du Sénat, Rose Francine Rogombé, a assuré avec succès – et sagesse – l’intérim délicat de la présidence gabonaise. Des exemples qui ont un grand retentissement et valeur de modèle.
Reste que les femmes sont de plus en plus la cible de violences lors des guerres civiles qui se sont multipliées sur le continent. En attestent les récents viols – insoutenables – des Guinéennes lors des événements du 28-Septembre à Conakry ; ou ceux perpétrés en RD-Congo, en Centrafrique, en Côte d’Ivoire…
Plusieurs résolutions récentes du Conseil de sécurité de l’ONU sont censées renforcer l’application de la 1325 adoptée en 2000, qui engage les États-membres à « trouver des solutions aux problèmes de genre, de paix et de sécurité ». Encore faut-il les appliquer.
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