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Anniversaire des indépendances africaines/Cameroun - 
Article publié le : jeudi 31 décembre 2009 - Dernière modification le : lundi 23 août 2010

Manu Dibango : «Il y a des moments où tu es toi, où tu es camerounais, où tu es africain».

Le saxophoniste camerounais Manu Dibango.
Le saxophoniste camerounais Manu Dibango.
AFP

Par Olivier Rogez

Manu Dibango, le célèbre saxophoniste camerounais et père du Soul Makossa, a débuté sa carrière à l’aube des indépendances des anciennes colonies françaises d’Afrique. Il se souvient de cette période euphorique où tous les rêves étaient permis.

RFI: Manu Dibango, il y a cinquante ans, le Cameroun accédait à l’indépendance. Quel est votre souvenir de ce 1er janvier 1960 ?  

Manu Dibango : J’étais à Bruxelles, j’étais déjà musicien professionnel, je jouais aux Anges Noirs, là, où allaient les gens de la « table ronde » du Congo d’ailleurs, les Lumumba, les Kalongi. Ils discutaient politique la journée et le soir,  ils venaient aux Anges Noirs. J’ai assisté à cette fête de très loin. J’avais 24 ans mais j’étais très heureux, parce que jusque-là, de toute façon, nous étions Français.

A partir de 1960, on a changé de passeport. Les consulats se sont mis en place. Toute la stratégie diplomatique a commencé à se mettre en place. Dans ma démarche, c’était normal que je devienne Camerounais. Je n’étais pas calculateur. J’étais musicien, c’est ce qui m’intéressait. La musique m’intéressait et puis la fierté d’être enfin Camerounais. On avait vingt ans ! C’est l’âge des passions.

RFI : Avez-vous eu envie de rentrer au Cameroun pour voir matérialiser cette indépendance ?  

M.D. : En fait,  j 'ai fêté l’indépendance de la Côte d’Ivoire, le 4 août 1960. Mes amis n’étaient pas camerounais à l’époque. Ils étaient ivoiriens. On a été invité par Houphouët-Boigny à l’Assemblée nationale en Côte d’Ivoire. C’est la première fois que je remettais les pieds en Afrique. Parce que je suis arrivé en France en 1949 !

Donc, je suis allé en Côte d’Ivoire et quand on a fêté ça, je me suis dit : tiens, je vais aller au Cameroun, c’est pas loin. C’est la première fois que je remettais les pieds au Cameroun depuis 1949. Mais quand je suis arrivé au Cameroun, il y avait la guerre civile, il y avait le couvre-feu. Enfin, il y avait tout ce qu’on n’a pas connu en Côte d’Ivoire.  Le 1er janvier, on était heureux d’être indépendant  mais on a connu tout de suite des problèmes de guerre. C’était morose. Une déception extraordinaire.

Tu sais, quand tu retournes chez toi la première fois, avec les souvenirs d’enfance, que tu pars de chez toi à 15 ans et tu reviens, en étant déjà un homme... Et puis, tu ne peux pas sortir. Les gens ne pouvaient plus rouler à partir de 18h ; il fallait descendre de vélo et avoir son vélo à la main, sinon on tirait. C’était terrifiant. Pour la première année de l’indépendance du Cameroun, ça tirait partout. 

RFI : Difficile dans ces conditions de rêver d’un avenir pour son pays, pour son nouveau pays. Vous aviez des rêves et des espoirs pour le Cameroun. Quels étaient-ils ? 

Dossier spécial 50 ans des indépendances africaines
© J-B. Pellerin

M.D. : Moi, j’avais la musique évidemment. Mon problème, c’était de rentrer au pays, d’ouvrir un conservatoire, former des musiciens... 

RFI : Est-ce que les dirigeants camerounais étaient admirés à l’époque ? 

M.D. : Les dirigeants c’était le président Ahidjo. Il était craint. Quand il y a du terrorisme, quand les gens se cachent dans la forêt... l’admiration, ça vient plus tard. Sur le moment, c’était plutôt une question de survie. Une politique plutôt dépressive. C’était l’époque de la lutte, de la survie et construire une nation, ce n’était pas évident. Il y avait cette phase sanglante à traverser avant qu’on commence réellement à avoir une idée d’un pays, d’un drapeau. Tout ça, c’était sur papier mais le vivre tous les jours, ce n’était pas encore limpide.

RFI :  On dit souvent que la colonisation est aussi une forme d’aliénation et de domination sur les esprits. Est-ce que vous diriez aujourd’hui que les Camerounais ont su dépasser cet aspect d’aliénation coloniale et retrouver leur propre identité ?  

M.D. : Aliénations parce qu’on était allemand d’abord, ensuite français, et ensuite anglais ? Quand il y a un match de football ici, c’est incroyable, tout le monde est d’accord. Il y a des moments où tu es toi, camerounais, quand il y a des grands événements. Il y a des moments où tu es uniquement ethnique. Il y a des moments où tu es Africain. Ce sont des cercles qui se superposent. Mais il y a un sentiment de fierté extraordinaire. 

RFI : Cinquante ans après l’indépendance, Manu Dibango, diriez-vous qu’une identité camerounaise a émergé ? 

M.D. : Oui, absolument . Ça quand même, ça se voit, ça se sent. Quand vous voyez la quantité de mômes chanter, à tue-tête.... Ils sont en harmonie avec leur contexte. Le contexte, c’est de former tous ces gens-là à penser camerounais. 

RFI : Qu’est-ce qui vous rend le plus fier aujourd’hui, quand vous voyagez au Cameroun et quand vous regardez votre pays avec votre expérience et votre vie derrière vous ?  

M.D. : Je vois que les choses avancent. On peut discuter du tempo. Les tempos ne sont pas les mêmes selon les régions mais le tempo a plutôt tendance à s’accélérer. 

tags: Anniversaire des indépendances africaines - Cameroun
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Commentaires (6)

On reste attaché à ses racines

Les années passent, les jours aussi, mais les souvenirs et la nostalgie de sa terre reste toujours. Entendre un artiste parler ainsi de ses racines, ça réchauffe le cœur. Et si, les dirigeants pouvaient savoir ce que ces pays sur des cartes représentent pour leurs ressortissants, ils feraient mieux de viser toujours haut comme les artistes portent haut les couleurs artistiques et musicales de leurs origines.
Manou, souple encore un peu plus sur les Lions indomptables, qui ont aussi, un temps, fait rêvé beaucoup d'africains.

Il est étonnant de constater

Il est étonnant de constater que l'espoir et la fierté des origines d'un homme ne disparaissent pas malgré toutes les adversités qu'un pays comme le vôtre a dû subir.
Étant donné votre déception extraordinaire après avoir quitté la Côte d'Ivoire, ça me surprend de voir que vous ne perdez pas l'espoir de connaître un meilleur Cameroun.

Suite à l´independence du

Suite à l´indépendance du Cameroun, il se réjouit de pouvoir rentrer à son pays d´origine pour former des musiciens, mais il est regrettable de constater que c´était l´époque de la survie. Mais aujourd'hui il est content.

Je ne savais rien du tout sur

Je ne savais rien du tout sur l'indépendance du Cameroun et j'ai trouvé cet interview vraiment intéressant!

Manu Dibango est un grd

Manu Dibango est un grd artiste certes malheureusement il n'a jamais ete du cote du peuple, trs occidental pour une afrique en perpetuelle lutte.aucun africain conscient ne peut rester bouche bee vu la misere ds laquelle se trouvent les enfants d'afrique en depit de sa position du continent le plus riche.Un artiste doit denoncer les injustices.Manu est comme les congolais qui aiment amuser le peuple pendant qu'on pille les richesses du pays, il a ausi sa part de responsabilite ds cette situation.

Nous sommes ravies d'en

Nous sommes ravies d'en savoir plus sur ce joli pays, le Cameroun, qui est un melting pot de plusieurs ethnies avec quelques grands ensembles et de nombreux métissages, mais aussi ébahies de découvrir que malgré son potentiel naturel, minéral et humain énorme, le Cameroun souffre encore aujourd'hui de plusieurs maux qui empêchent un véritable décollage économique.
On trouve que c'est super d'utiliser la musique et pas la violence comme moyen d'expression et de négociation.
Du fait de la conjoncture actuelle on ne peut se passer de remémorer toutes les solutions diplomatiques déjà en notre possession. Il est pénible de voir que plus souvent qu'on ne l'aimerait la guerre et la violence trouvent leur place sur la terre.
Félicitations à tous les Camerounais pour leur indépendance. On vous souhaite 60 années de plus, remplies de paix et bonheur.

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