Le Lieu du Design à Paris

Cette nouvelle structure inaugurée le 21 octobre 2009 à l’initiative de la Région Ile-de-France a pour objectif de fédérer l’ensemble des acteurs franciliens du design pour promouvoir celui-ci auprès des PME. Car la France, où à peine 20% des petites et moyennes entreprises font du design un élément stratégique de leur production, accuse sur ce plan un sérieux retard par rapport à ses concurrents notamment européens. Pour Laurent Dutheil, directeur du Lieu du Design, il s’agit d’un véritable enjeu économique.
Le Lieu du Design se trouve au 74 de la rue du Faubourg Saint-Antoine, dans ce quartier historique du XIIe arrondissement dont les principaux occupants ont longtemps été – et sont encore pour certains - les artisans du bois. Quelques boutiques de mobilier en témoignent. Une fois franchie l’imposante porte cochère, l’ancienne architecture industrielle s’impose au regard avec la cheminée d’usine qui se dresse tout au fond de la cour pavée, entourée d’ateliers réaménagés.
C’est dans l’un d’entre eux que le Lieu du Design s’est installé. « On est ici dans un bâtiment chargé de mémoire et d’histoire, puisqu’au XVIIIe siècle, c’était les ouvriers du textile qui occupaient les lieux, auxquels se sont substitués au XIXe les ouvriers du bois », explique Laurent Dutheil. De plus, « ce bâtiment appartient à la famille Dumas-Hermès, donc les artisans du cuir, et il a abrité dans les années 1980, la grande équipe de designers formée par Talon, Paulin et Schreiber [1]qui a beaucoup œuvré pour la promotion et la valorisation du design, il y a donc une forme de fidélité au lieu, dans ce lieu qui est le Lieu du Design », conclut-il.
Un lieu fédérateur
La création, à l’initiative de la Région Ile-de-France, d’un lieu consacré spécifiquement au design est née du constat que ce secteur était « émietté », avec beaucoup d’acteurs. « Le Lieu du Design n’a pas vocation à faire ou refaire ce qui se fait déjà et très bien par d’autres structures, mais à fédérer l’ensemble des acteurs franciliens du design – et ils sont nombreux, puisque 70% des designers français sont en Ile-de-France – et surtout à inciter les entreprises françaises à faire davantage appel aux designers », explique Laurent Dutheil.
Il s’agit donc de sensibiliser davantage les petites et moyennes entreprises franciliennes dont 60% n’ont jamais eu recours au design. Et seulement 20% d’entre elles considèrent le design comme un élément stratégique. « La proportion est strictement inverse chez nos principaux concurrents britanniques, allemands, scandinaves, sans parler de ce qui se passe au Japon où j’ai pu constater l’alliance stratégique nouée entre l’autorité publique et le milieu industriel, au service du seul objectif de la puissance industrielle du pays », souligne Laurent Dutheil.
Sans oublier la concurrence, sur le plan des prix, de « ces réservoirs de main-d’œuvre que sont l’Inde ou la Chine ». D’où la nécessité « de redoubler d’efforts dans les secteurs de la création, de l’innovation et de la recherche ». C’est pourquoi le Lieu du Design travaille en partenariat avec les Pôles de compétitivité et une matériauthèque installés dans le même bâtiment. Une exposition sur les matériaux aura d’ailleurs lieu en mars 2010. « Nous avons voulu constituer ici une force de frappe de l’attractivité, nous apprenons à travailler ensemble, dans un esprit commun et avec des projets collectifs », indique le directeur du Lieu du Design.
Lequel Lieu du Design dispose pour sa part d’une gamme d’outils au service de cette dynamique : un site internet, un centre de documentation – ouvert au public tous les jours de 14h à 18h - avec plus d’un millier d’ouvrages référencés, ainsi qu’un espace d’exposition. Lequel a été inauguré en octobre avec une première manifestation, Ouvertures, « qui se voulait le témoignage de la mise en relation, de la mise en synergie de l’ensemble des acteurs du design, aussi bien les grandes écoles, que les entreprises, les designers, les structures d’innovation et de recherche, ou encore l’Institut national de la propriété industrielle, qui assure tous les jeudis une permanence au Lieu du Design. On espère ainsi assurer le succès du projet développé par les entreprises et les designers pour parvenir jusqu’au stade de production industrielle et donc de consommation ».
Les acteurs franciliens du design
Parmi les principaux, il y a l’APCI (Association pour la promotion de la création industrielle) qui a été le premier organisme avec lequel le Lieu du Design a conclu une convention de partenariat et pour lequel il finance le prix de l’Observeur, décerné chaque année, et son propre prix, qui a été remis pour la première fois le 22 octobre 2009. « De même que nous soutenons la Conférence sur la promotion du design en Europe, organisée dans nos murs par l’APCI les 11 et 12 janvier 2010. Nous travaillons aussi avec le VIA (Valorisation de l’innovation dans l’ameublement), avec lequel nous sommes en train de définir un projet. », précise Laurent Dutheil.
![]() L'exposition inaugurale "Ouvertures" DR |
Les directeurs des grandes écoles figurent également dans la « gouvernance » du Lieu du design, comme l’Ensci (Ecole nationale supérieure de création industrielle), l’Ensad (Ecole nationale supérieure des arts décoratifs), l’Ensaama (Ecole nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d’art/Olivier de Serres), le Strate Collège ou, à l’international, le Royal College of art de Londres. « C’est dire que l’avenir du design passe par sa jeunesse, la cinquantaine d’étudiants qui sortent chaque année de ces écoles franciliennes de design qui sont reconnues à l’étranger, souvent davantage qu’en France ». D’ailleurs Ouvertures, l’exposition inaugurale du Lieu du design avait fait appel à des projets d’élèves des écoles.
Le design, un enjeu économique
Mais quels débouchés pour ces jeunes designers qui sortent des écoles ? Car aujourd’hui, la fonction du design et du designer au sein de l’entreprise n’est pas vraiment reconnue comme stratégique, comme l’est par exemple que le marketing. « Alors même que le design est une fonction stratégique de conception du produit, le design, c’est d’abord de la valeur ajoutée. C’est un enjeu économique. En France on a eu trop tendance à approcher le design sous son aspect esthétique, voire cosmétique, or c’est de la production et de la création de richesse, c’est un avantage comparatif et compétitif », souligne Laurent Dutheil. Et de citer à l’appui un chiffre donné récemment par le Design Council de Londres : « pour 100 euros investis dans le design, c’est 236 euros de valeur ajoutée ».
D’où, pour Laurent Dutheil, la nécessité de marier Design et management au sein des entreprises, et cela dès le stade de la formation. « Nous aimerions que les écoles de design puissent développer des formations de management, ce qui commence à être le cas, mais surtout que les grandes écoles et les universités introduisent dans leur cursus, quelles que soient les disciplines, des modules design ».
Si l’on vent résumer « l’esprit » du Lieu du Design, c’est « d’œuvrer ensemble pour faire valoir un certain nombre de droits dans le but de promouvoir, diffuser et valoriser le travail des designers ». Pour conclure : « Design or Decline » !
[1] En 1984, Roger Tallon (à qui l’on doit le TGV) fonde ADSA+partners avec Michel Schreiber et le designer Pierre Paulin.

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