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    Culture

    Christian Boltanski investit la nef du Grand-Palais

    media Danielle Birck/RFI

    L’artiste français relève le défi de ce lieu imposant avec une installation baptisée « Personnes ». Elle met en scène le destin tragique et la précarité de l’existence humaine au travers de milliers de vêtements, étalés au sol ou entassés en une pyramide. Dépouilles de vies qui ne sont plus ou promises à une disparition aléatoire, ces fripes renvoient aussi à la destruction de masse. Le tout sous une lumière blafarde d’hiver avec battements de cœur en environnement sonore.

    Sans oublier le froid, glacial. C’est Boltanski qui l’a voulu ainsi, et doublement, pourrait-on dire. D’abord en décidant que cette troisième édition de Monumenta aurait lieu en janvier et non pas en juin, comme les précédentes, ensuite que le vaste espace de la nef du Grand Palais ne serait pas chauffé. Et l’hiver s’y est mis, particulièrement rigoureux, neige et gel au rendez-vous. Il fait donc « très froid » sous la verrière comme le souhaitait celui qui l’investit du 13 janvier au 21 février 2010.

     Entassement de dépouilles

    Le visiteur doit d’abord contourner l’obstacle d’un long mur fait de l’empilement de boites métalliques rouillées. Chacune est numérotée, ce qui laisse supposer une organisation, mais sans continuité, ce qui laisse place à l’aléatoire. Quoiqu’il en soit, cet alignement rigoureux dans sa géométrie contraste de manière assez saisissante avec l’entassement de vêtements qui lui fait face de l’autre côté de la nef. D’autant plus que la pyramide d’une dizaine de mètres de haut ainsi formée varie de forme au fil des heures, sous l’action sans cesse répétée d’une énorme pince rouge à cinq doigts montée sur une grue et qui prend, élève dans les airs et laisse retomber un paquet de vêtements qui dégringolent au hasard, érodant chaque fois un peu plus le sommet du monticule.

    Christian Boltanski. Danielle Birck/RFI

    De temps à autre une intervention humaine est nécessaire pour redistribuer les fripes et remodeler le volume de ce qui peut aussi s’apparenter à un terril… Une sorte de Sisyphe sur une montagne de dépouilles…Car ne peut s’empêcher de supposer la mort de ceux qui en étaient vêtus. Une mort de masse dont l’héritage hante Christian Boltanski, né en 1944.

    Le père, juif d’origine russe, a passé la guerre caché dans l’appartement parisien et la mère, catholique, a rompu avec son milieu bourgeois pour adopter des idées révolutionnaires. La famille – trois garçons et une fille - se remettra mal des peurs vécues qui vont poursuivre Boltanski et habiter son œuvre.

    Etalement des absences

    Au sol, sur toute la longueur de la nef, des vêtements encore. Beaucoup de manteaux, donc des couleurs plus sombres, étalés à l’intérieur de carrés délimités aux quatre coins par des poutrelles de fer et éclairés par un néon suspendu dans la diagonale. Accrochés aussi des haut-parleurs diffusant en permanence l’enregistrement de battements de cœur, en un fond sonore assourdissant, comme des bruits de machine. Est-ce à dire que les Personnes qui ont déserté ces habits au sol sont encore en vie ? On peut s’interroger sur la signification de leur absence.

    Quoiqu’il en soit l’angoisse est moins forte ce côté-ci, même si tout cela est hautement « inconfortable », comme l’a souhaité l’artiste : « Cette installation est conçue pour produire un puissant sentiment d’oppression. Il s’agit d’une expérience dure et je suis convaincu que les gens éprouveront un sentiment de soulagement en sortant ». Bien vu. Effectivement, à la sortie, on souffre moins du froid du dehors, tout en ayant sérieusement envie de se réchauffer le corps et l’âme. Par exemple au café-restaurant du Petit-Palais, juste en face, accueillant en diable… 

    L’île des coeurs

    Si la vie est éphémère, l’oeuvre ainsi réalisée l’est tout autant : elle sera détruite et rien ne sera vendu, même si Boltanski la réinterprétera – comme on le dit d’un opéra – en mai prochain à New York. Ce qui va demeurer, par contre, ce sont les battements de cœur qui vont être enregistrés au Grand Palais tout au long de ces cinq semaines de Monumenta. Il s’agit là d’un projet étonnant de l’artiste : la réalisation d’une « bibliothèque des cœurs » sur l’île de Teshima au Japon, qui réunira à partir du 18 juillet 2010 des dizaines de milliers de battements de cœur que l’artiste fait enregistrer depuis quatre ans, un peu partout dans le monde.

    Danielle Birck/RFI

    Les visiteurs du Grand Palais qui le souhaitent pourront donc participer à ce monument d’éternité et enregistrer les battements de leur cœur dans l’une des deux cabines installées à cet effet, et éventuellement les conserver gravés sur un CD, moyennant cinq euros… En attendant d’aller les réécouter sur l’île lointaine où « un jour il n’y aura plus que des cœurs de défunts et Teshima sera l’île des morts »… On ne se refait pas.

    Et « Après » ? Justement, c’est le titre d’une autre exposition de Christian Boltanski, présentée simultanément (du 15 janvier au 28 mars 2010) au MAC/VAL (le musée d’Art contemporain de Vitry dans le Val-de-Marne, près de Paris). Une installation visuelle et sonore, une sorte de labyrinthe dans lequel déambule le visiteur interpellé par une voix posant des questions aussi dérangeantes que « De quoi es-tu mort ? », « comment ça s’est passé ? », etc. Celui qui les pose, et qui n’est autre que l’artiste lui-même, a par ailleurs vendu sa vie en viager à un milliardaire de Tasmanie ! 

    Plus raisonnablement – c’est à voir - Christian Boltanski représentera la France à la 54ème Biennale d’art contemporain de Venise en 2011…

     

                                               Monumenta
     
    « La rencontre inédite entre un artiste, un lieu, une œuvre, un public » : c’est ainsi que le ministre de la Culture d’alors, Renaud Donnedieu de Vabre, définissait la manifestation Monumenta, lors de son lancement, en 2006. Trois ans plus tard, la greffe de tous ces éléments semble bien avoir pris.

    Le lieu y est pour beaucoup : le Grand Palais, érigé en 1900 pour l’exposition universelle, avec son immense verrière qui en fait vivre la lumière au rythme des heures et des saisons,  une nef qui s’étend sur plus de 200 mètres et quelque 13000 mètres carrés de superficie, est un espace à la fois superbe et imposant, mais pas forcément simple à "habiter".

     
    L’artiste allemand Anselm Kiefer a été le premier à s’y confronter en 2007 avec Chute d’Etoiles, suivi par Promenade de l’Américain Richard Serra. Ces deux premières éditions avaient attiré quelque 140 000 visiteurs sur 5 semaines.

    A Christian Boltanski, succéderont en 2011 et 2012 le sculpteur d’origine indienne Anish Kapoor et Daniel Buren.

     

     

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