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Article publié le : vendredi 15 janvier 2010 - Dernière modification le : mercredi 20 janvier 2010

« Vivre 120 ans … et plus ! »

Par Danielle Birck

Sous cet intitulé, le magazine Books publie dans son numéro de janvier-février 2010 un dossier consacré à l’allongement de la durée de vie et à cet éternel désir d’éternité … Historiens des sciences, biologistes, démographes et journalistes ont apporté leur concours pour dresser un état des lieux de la durée de vie et nourrir la réflexion sur le sujet. L’occasion pour le lecteur de faire la part des choses entre le mythe et la science, les illusions et la réalité, la déraison et la raison.

D’ailleurs, vivre 120 ans… et plus, « est-ce bien raisonnable ? ». Cette question c’est un bébé qui se la pose – un blondinet aux yeux bleus - sur la couverture de Books. Et il n’a pas tort de se la poser puisque « la plupart des enfants nés depuis 2000 en France, en Allemagne, en Italie et au Royaume-Uni célèbreront leur centième anniversaire », nous dit James W.Vaupel, directeur de l’Institut Max Planck pour la recherche démographique. Car les statistiques le montrent : « l’espérance de vie a doublé en deux siècles dans les pays développés, passant de 40 à 80 ans », rappelle le chercheur américain. Et apparemment, on ne va pas s’arrêter là…  

Ce ne serait là qu’un retour aux sources, judéo-chrétiennes s'entend : « Mathusalem, était un fringant vieillard de 900 ans et plus… », rappelle Steven Shapin, historien des sciences à Harvard. Mais ensuite, la durée de vie biblique n’a cessé de se réduire comme peau de chagrin. Et comme des Ecritures à la science il n’y eut souvent qu’un pas, on crut longtemps à une « théorie du déclin », selon laquelle, nous dit encore Steven Shapin, « les Anglais du XVIIe siècle se croyaient en général moins solidement bâtis et promis à une vie moins longue que les héros d’Azincourt » (1415).  
 
Une théorie du déclin qui perdura jusqu’au XIXe siècle, mais qui eut ses exceptions, avec des records de longévité qui s’avérèrent par la suite davantage le fruit des imprécisions et errements de l’état-civil que d’une exception biologique. On en trouvera quelques exemples dans le dossier de Books.  Et puis il fallu se rendre à l’évidence : on avait tendance à vivre de plus en plus longtemps…

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Et cet accroissement de l’espérance de vie lié au progrès des sciences a fait naître de nouveaux espoirs de longévité. Avec bien sûr, leur cohorte de théories, de conseils, de méthodes, de « potions miracle ». A cet égard, les testicules de singe ont eu leur heure de gloire, y compris au sein du très sérieux Collège de France… Le long article de l’historien Steven Shapin qui ouvre le dossier se lit comme un roman assez drolatique… C’est un texte paru en mars 2009 dans la London Review of books, et traduit pour l’occasion, comme la plupart des autres articles du dossier, ce qui en fait l’interêt.  
 

Jeanne Calment
Ined

Quant aux causes « exactes » de cet allongement de la durée de vie, elles ne sont pas connues, même si les progrès de la médecine, de la santé publique, les progrès de l’instruction, y ont contribué. On ne sait pas non plus « précisément » pourquoi les femmes vivent plus longtemps mais « moins bien », quelle importance relative jouent les facteurs biologiques et sociaux.
 

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Il y a d’ailleurs des exceptions à la norme : la Française Jeanne Calment qui, morte à 122 ans, détient le record de longévité attesté, ne se portait apparemment pas trop mal ... Signalons tout de même que, mariée à un riche négociant, Jeanne Calment n'a jamais travaillé et a ainsi pu mener une vie aisée où elle a pu pratiquer ses hobbies comme le tennis, le vélo, la natation, le patin à roulettes, le piano et l'opéra… 
 

De là à penser qu’il sera possible d’allonger indéfiniment la durée de vie, il y a un pas qu’il ne faut évidemment pas franchir. « La réparation du corps a ses limites », nous dit Leonard Hayflick, un des fondateurs de la biologie moderne du vieillissement. Pour lui, il ne faut pas confondre la recherche sur le vieillissement et celle sur les maladies liées au vieillissement, et de déplorer que le plus souvent, la seconde se fasse au détriment de la première, comme par exemple au Etats-Unis où « plus de la moitié des crédits de la recherche sur le vieillissement vont aux travaux sur la maladie d’Alzheimer [tandis que] moins de 3% des crédits vont à l’étude de la biologie fondamentale du vieillissement ».
 
D’ailleurs, il s’agit moins de comprendre la cause profonde du vieillissement – le dossier évoque à ce sujet la théorie de la sélection naturelle défendue par Michaël Rose, professeur de la biologie de l’évolution à l’université de Californie à Irvine - que le « comment les organismes vieillissent-il » ?
 
Mais en dehors de la science comme vivre la vieillesse ? La parole est donnée à Buffon, le célèbre naturaliste français mort en 1788 à l’âge de 80 ans, avec un texte magnifique, une sorte d’éloge de la vieillesse : « tout concourt dans le moral à l’avantage de l’âge, jusqu’au temps où les infirmités et les autres maux physiques viennent à troubler la jouissance tranquille et douce de ces biens acquis par la sagesse »… Quant à la mort, ne point trop la redouter, car « cesser d’être n’est rien, mais la crainte est la mort de l’âme »…

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