Vietnam / Droits de l’homme - 
Article publié le : vendredi 22 janvier 2010 - Dernière modification le : vendredi 22 janvier 2010

Le Vietnam condamne des dissidents, l’Occident déplore

Les quatre dissidents (de gauche à droite) : Tran Huynh Duy Thuc, Nguyen Tien Trung, Le Thang Long et Le Cong Dinh, au tribunal, le 20 janvier 2010.
Les quatre dissidents (de gauche à droite) : Tran Huynh Duy Thuc, Nguyen Tien Trung, Le Thang Long et Le Cong Dinh, au tribunal, le 20 janvier 2010.
Reuters/VNA/Hoang Hai

Par Nicolas Vescovacci

Concerts de critiques occidentales contre le Vietnam. Mercredi 20 janvier, un tribunal d’Hô-Chi-Minh-Ville condamnait quatre dissidents à des peines allant de 5 à 16 ans de prison. Depuis, les associations de défense des droits de l’homme dénoncent une parodie de justice et une atteinte aux droits de l’homme. Les Etats-Unis se disent « profondément troublés » et « préoccupés » par « l'apparente absence de règle de procédure ». La France se dit elle « vivement préoccupée » et « déplore » les jugements prononcés contre ces dissidents.

Pour la Cour d’Hô-Chi-Minh-Ville, les condamnés ont porté « atteinte à la sécurité nationale ». Pas question donc de revenir en arrière. Le tribunal leur a reproché des prises de position en faveur du multipartisme, et leur « collusion » avec des groupes « réactionnaires exilés à l'étranger » dans le but de renverser le gouvernement par des moyens « non violents ». Condamnés pour subversion, les quatre dissidents ont écopé de peines allant de cinq à seize ans de prison.

Amnesty international a dénoncé « une complète parodie de justice ». Pour Reporters sans frontières, les autorités locales « sont engagées dans une véritable chasse aux sorcières contre les militants démocrates, et une diabolisation d'internet ».
Les défenseurs des droits de l’homme redoutent depuis plusieurs mois un tour de vis politique au Vietnam. Selon certains observateurs, cette intransigeance du gouvernement vietnamien s’expliquerait par la tenue prochaine (début 2011) du congrès du Parti communiste.

Il est vrai qu’au Vietnam, comme dans d’autres pays de la région, la défense des intérêts du régime associée à une volonté de toute puissance et de contrôle l’emporte sur toute autre considération. Hanoï a eu beau signer la charte des droits de l’homme de l’Asean (Association des pays de l’Asie du Sud-Est) qui l’engage à respecter les droits fondamentaux, le gouvernement vietnamien a préféré réaffirmer son pouvoir en envoyant un message de fermeté à son opinion publique. Comme en Chine, le tournant du capitalisme opéré au Vietnam dans les années 1990 n’a jamais été synonyme d’ouverture politique. Les étudiants, les avocats et tous les citoyens qui aspirent au changement en payent quotidiennement le prix.

Les pays occidentaux regardent la valse des dissidents mis en prison d’un œil critique mais sans condamner ouvertement un régime vietnamien avec lequel ils commercent.
La France s’est engagée en novembre 2009 dans un nouveau partenariat économique avec le Vietnam. A l’occasion de la visite du Premier ministre français sur place, 18 contrats ont été signés pour un montant de 9,5 milliards de dollars.
Lors de son voyage, François Fillon s’est largement plié au protocole du Parti communiste en se rendant notamment au mausolée d’Ho-Chi-Minh pour faire l’éloge, quelques heures plus tard, de ce « nouveau Vietnam capitaliste » engagé sur la voie des réformes.

Pendant ce déplacement, François Fillon n’a pas hésité à citer en exemple le Vietnam comme un « modèle de développement en Asie ».
Au détour d’un toast avec son homologue, le chef du gouvernement français a tout de même évoqué la question des libertés. Paraphrasant François Mitterrand, le Premier ministre a dit sa « confiance dans le fait que l’ouverture économique et les réformes allaient de pair avec le renforcement des libertés publiques. »
Depuis le mercredi 20 janvier 2010 et la condamnation des quatre dissidents, la déclaration la plus ferme des autorités françaises est venue du ministère des Affaires étrangères. Son porte-parole Bernard Valéro a « déploré » les condamnations et s’est dit « vivement préoccupé ». « Une mollesse qui n’étonnera personne », a expliqué à RFI Reed Brody. Le porte-parole de Human Rights Watch a ajouté que « les intérêts économiques sont probablement plus importants. »
 

tags: Droits de l’homme - Etats-Unis - France - François Fillon - Vietnam
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