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Le Pic du Midi : marier la recherche et le tourisme

A 2877 mètres d’altitude, l’Observatoire du Pic du Midi est à la fois un centre de recherche astronomique, un espace muséographique – le plus haut d’Europe – et aussi un extraordinaire site touristique, ouvert au public depuis 2000.C’est un lieu magique qui s’offre au visiteur, tant par sa beauté naturelle, entre cimes neigeuses de la chaîne des Pyrénées, pureté du ciel et astres à portée du regard, que par sa vocation scientifique, née de la passion et de l’acharnement de quelques pionniers, il y a quelque 130 ans.
On nous avait dit : « vous passerez une nuit au Pic du Midi ». Ce qui promettait d’être intéressant. Mais c’est seulement une fois sur place qu’on aura pu réaliser ce que cela signifiait.
Vers le Vaisseau des Etoiles …
Une approche par la route, via le col d’Aspin d’où l’on peut admirer la silhouette du Pic et deviner l’observatoire à son sommet, nous amène à La Mégie, une des stations du domaine du Tourmalet. Le plus important domaine skiable des Hautes-Pyrénées, avec ses 69 pistes balisées sur une centaine de kilomètres et 39 remontées mécaniques. A La Mégie on laisse la voiture ou l’autocar pour embarquer dans le téléphérique qui va nous amener, en deux étapes, au sommet du Pic du Midi.
Un trajet – une ascension de 1000 mètres – qui s’effectue en une quinzaine de minutes au total au fil desquelles se dévoilent les sommets pyrénéens, dans la mesure où les conditions météo le permettent. En cette fin d’après midi de janvier, c’est dans une sorte de brouillard que va apparaître l’Observatoire, comme une sorte de forteresse d’un autre temps, d’un autre espace... Un brouillard poétique qui va tout de même nous priver du coucher du soleil. On se rattrapera le lendemain avec son lever.
A la descente du téléphérique, on se trouve de plein pied avec l’espace visiteurs : boutique, bar, restaurant, où avant de se répartir dans les chambres, les membres du groupe vont être « briefés » sur les quelques règles à observer, on allait dire « à bord », mais c’est presque ça puisque « vaisseau des étoiles » est aussi le nom donné à l’Observatoire du Pic du Midi… « Nous sommes à 2877 mètres d’altitude, nous rappelle un des cinq pompiers présents 24h sur 24h sur le site. Ce qui signifie une diminution de 30% du taux d’oxygène dans l’air. » Avec des conséquences sur le corps humain : « on évitera de marcher trop vite dans les 3,5 km de couloirs qui relient les différents bâtiments, de monter les escaliers trop vite et/ou en parlant », l’observatoire est en effet édifié sur cinq niveaux. Sur le badge de circulation qui nous est remis figure le numéro de téléphone à appeler en cas de souci…
![]() Arrivée par mauvais temps Danielle Birck/ RFI |
La pollution lumineuse : un enjeu scientifique et environnemental
Ainsi que quelques consignes, notamment pour éviter « la pollution lumineuse [qui ] nuit aux observations des astronomes », comme fermer les stores de la chambre et utiliser au maximum pour se déplacer la petite lampe torche à lumière rouge remise avec le badge. On apprend, par la même occasion que la lutte contre la pollution lumineuse a fait l’objet d’une convention d’engagement en juin 2009 des représentants des villes et collectivités locales de la région afin de permettre aux astronomes d’observer le ciel dans de meilleurs conditions, sans la nuisance des halos orangés provenant des villes voisines (y compris de Toulouse). L’objectif étant de créer « la première réserve européenne de ciel étoilé » à l’instar de ce qui s’est déjà fait au Canada. On ne s’étonnera donc pas que l’initiative soit parrainée par l’astrophysicien canadien Hubert Reeves.
Un enjeu à la fois scientifique et environnemental, puisque la diminution de l’intensité lumineuse urbaine, outre l’économie d’énergie réalisée, redonnera aussi à de nombreuses espèces animales et végétales des conditions d’évolution normale.
Retour aux activités scientifico-naturelles prévues au programme de notre séjour sur le Vaisseau des Etoiles : après installation dans nos chambres respectives est prévue la visite guidée du musée, et après le dîner, direction la salle de La Grande Ourse pour une présentation sur écran de la voûte céleste, en attendant de pouvoir la contempler « en vrai », vers 4 heures du matin, si on le souhaite et si les conditions météorologiques le permettent… Cette nuit là, elles ne le permettront pas.
Le chaud et le froid
Par contre, le lever du soleil – entre 7h45 et 8h30 par moins 12 degrés – restera un moment inoubliable ! L’œil rivé sur l’horizon des cimes, sous un ciel de flamme et d’ombre, dans l’attente du surgissement de la ligne incandescente qui précède tout juste l’émergence du disque solaire, alors qu’une lumière rosée baigne déjà les coupoles recouvertes de neige… Mais l’enchantement ne fait pas complètement oublier le froid et inutile de préciser que le petit-déjeuner sera le bienvenu, histoire de se réchauffer les pieds sous la table et les mains autour de la tasse de café…
Là encore, comme la veille pour le dîner, on reste ébahi de la performance qui consiste à offrir à presque 3000 mètres d’altitude, quasiment les mêmes prestations gastronomiques qu’en plaine. Et pourtant, « ici, l’eau bout à 92 degrés [ce qui rend la cuisson des pâtes hasardeuse sinon impossible, comme celle des aliments plongés dans un bouillon ], l’air sec, 30% d’oxygène en moins, assèche plus vite les aliments et la perception des saveurs est altérée ». Ce qui ne nous aura pas empêché d’apprécier le foie gras, le magret de canard (un peu trop cuit peut-être), et le fromage des Pyrénées servis au dîner. Des produits régionaux, sans oublier le vin, la Cuvée du Pic, un madiran consommé avec modération, altitude oblige.
La matinée est l’occasion de se plonger dans l’activité scientifique du Pic du Midi, toujours en compagnie de notre « animateur-astronome ». Direction le Coronographe, ce télescope qui en occultant la partie centrale du soleil, permet d’étudier la couronne solaire et donc l’activité à la surface de l’astre, en continu, tous les jours de l’année, et cela grâce à des astronomes amateurs qui se relaient devant les écrans.
Car c’en est fini de l’image de l’astronome, l’œil rivé à son télescope : les informations recueillies par celui-ci sont transmises par ordinateurs aux scientifiques installés dans un bureau voisin. Une garantie de fiabilité, mais aussi de confort dans la mesure où la température doit être identique à l’extérieur et à l’intérieur de la coupole où se trouve le télescope.
On se rendra ensuite dans le fleuron de l’observatoire : la coupole qui abrite le TBL, c'est-à-dire le télescope Bernard Lyot, du nom de l’astronome qui mit au point le Coronographe. Un télescope de deux mètres de diamètre…
Le moment est venu de se pencher sur l’histoire de l’Observatoire…
l’aventure du Pic du Midi
Une histoire qu’on peut qualifier d’héroïque. Les dates parlent d’elles-mêmes : la pose de la première pierre de l’Observatoire au sommet du Pic a lieu en 1878, la route du col du Tourmalet a été créée quatre ans plus tôt, et le premier téléphérique entre La Mongie et le Pic du Midi ne sera mis en service qu’en 1952. En 1908, construction de la première coupole d’un diamètre de huit mètres, la coupole Baillaud, du nom du directeur de l’Observatoire de Toulouse. Inutile de préciser que son transport sera un véritable exploit : les scientifiques accédaient au sommet à pied, par un sentier pierreux… Au début des années 1930, c’est l’installation du Coronographe qui permet l’observation de la couronne solaire en dehors des éclipses, va contribuer à la réputation de l’Observatoire. Par ailleurs, c’est notamment aux images obtenues depuis le Pic du Midi dans les années 1940, que l’on a découvert que le sol lunaire était recouvert d’une couche de poussière. « Un détail essentiel » qui a fait l’Observatoire du Pic du Midi le centre de cartographie détaillé de la surface lunaire pour les missions Apollo de la Nasa. Une notoriété scientifique qui ne mettra pas le site à l’abri de difficultés financières à partir des années 1980 qui conduiront à la décision de sa fermeture en 1998. C’était sans compter avec la mobilisation des scientifiques et de l’ensemble dess acteurs régionaux qui aboutira à la création d’un Syndicat mixte pour la valorisation touristique du Pic du Midi. Des investissements, d’un montant de quelque 39 millions d’Euros, vont permettre d’éviter la fermeture du site : rénovation totale des parties scientifiques, création d’un espace touristique – qui sera complété un peu plus tard par la création de 19 chambres pour héberger en nuitée des touristes individuels ou en groupe -, réalisation d’infrastructures modernes (deux téléphériques, une station d’épuration…). Le tout permettra d’ouvrir le site au public en toute sécurité en 2000.
En 2003 le Pic du Midi sera classé site naturel national au titre de la beauté de son paysage.
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Une beauté que la redescente en téléphérique permet encore d’admirer… Une redescente que les plus téméraires – ou tout simplement les plus avertis – peuvent faire à skis… (ou à pied ou en VTT, l’été).
Oui : on peut parler "d'un mariage réussi entre la recherche et le tourisme" ...

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