Le modèle suisse mis à mal

L'apparition en Allemagne d'une nouvelle liste de fraudeurs du fisc ayant caché leurs magots dans les banques helvétiques suscite une très vive inquiétude. L’année 2009 avait été qualifiée d'année horrible ; 2010 semble être de la même veine. La présidente, Doris Leuthard veut croire que croire que Berlin n'utilisera pas ce listing volé en mettant en avant l'état de droit. Mais rien n'est moins sûr et la Suisse s'affole.
Avec notre correspondant à Genève, Laurent Mossu
La Suisse semble à la dérive avec cette accumulation de difficultés politiques économiques et financières qui lui font perdre pied. Les scandales éclatent les uns après les autres, de nouvelles listes de clients fraudeurs du fisc sont volés dans les banques et apparaissent aux quatre coins du monde.
Le pays est sur la défensive ne sachant trop comment réagir pour sortir de l’œil du cyclone. Après le vote sur les minarets, l’arrestation de Roman Polanski, l’affaire des otages bloqués depuis dix-huit mois à Tripoli et les démêlés financiers avec les Etats-Unis, l’Allemagne et la France, Berne cherche désespérément des soutiens.
Mais les alliés se font rares comme si les difficultés rencontrées par la Confédération helvétique apparaissent à beaucoup comme un juste retournement du sort après des décennies de succès et de gloire. La Suisse a trop longtemps nargué ses voisins du haut de sa richesse, de son expansion et de son plein emploi pour susciter aujourd’hui compréhension et sympathie.
La situation est grave au point de remettre en cause une gestion de l’Etat qui n’est pas à la hauteur en temps de crise.
Avec notre correspondant à Berlin, Pascal Thibaut Acheter ou ne pas acheter telle est la question. Sur un plan financier, l’affaire paraît entendue. Moyennant 2,5 millions d’euros, l’Etat allemand peut récupérer les données bancaires concernant 1 500 fraudeurs et récupérer à l’arrivée au bas mot 100 millions d’euros. Restent les aspects juridiques et moraux qui font débat. Les données de ces contribuables qui ont mis leur argent en sécurité en Suisse ayant été volées, il s’agirait d’une récompense accordée à un délinquant estime par exemple un député chrétien-démocrate. Globalement, plusieurs responsables de la majorité conservatrice ont des états d’âme comme le ministre de la Défense zu Guttenberg. A gauche, en revanche, on pousse à la roue espérant que le ministre des Finances achètera le CD en question. Il y a deux ans, le fisc allemand avait conclu une opération similaire en achetant pour 4,5 millions d’euros des données volées en provenance du Liechtenstein. Elles avaient permis de récupérer ensuite d’après des estimations environ 180 millions de recettes fiscales. La victime la plus spectaculaire avait été le patron de la poste allemande Klaus Zumwinkel. Mais il y a deux ans, les débats moraux et juridiques avaient eu lieu après l’achat discret des données. Cette fois, la polémique actuelle pourrait faire capoter l’opération. |

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