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Article publié le : mardi 09 février 2010 - Dernière modification le : mercredi 10 février 2010

Bertha Gxowa: « J’ai une confiance aveugle en lui »

Bertha Gxowa.
Bertha Gxowa.
Nicolas Champeaux/RFI

Par Nicolas Champeaux

Bertha Gxowa est née en 1934. Elle rejoint l’ANC à 17 ans. En 1956, elle est co-accusée avec Nelson Mandela lors du procès pour trahison. À 75 ans, elle est toujours députée de l’ANC.

De notre correspondant à Johannesburg

RFI: Quelle a été votre réaction à l’annonce de la libération de Nelson Mandela que vous alliez revoir pour la première fois en un demi-siècle ?

Bertha Gxowa: Je n’arrivais pas à y croire. Nous n’avions pas de téléphone portable ici, on ne pouvait donc pas recevoir de SMS. Au début, je n’y croyais pas. Dans mon township de Katlehong (à l’est de Johannesburg), tout le monde voulait devenir membre de l’ANC. Au début, nous avons décidé de limiter le nombre des adhésions. Nous avons proposé aux gens d’organiser, d’abord, une grande réunion, afin d’exposer les politiques de l’ANC et leur permettre, ainsi, de se faire une idée du mouvement avant de devenir membre. Mais ils étaient trop impatients. Nous avons enregistré des milliers d’adhésions, la semaine qui a suivi la libération de Mandela.

RFI: Etiez-vous au courant des négociations secrètes entre Nelson Mandela et les membres du gouvernement ?

B.G: Non, pas au début. Mais quand les négociations sont devenues officielles, j’étais confiante. Je faisais entièrement confiance à Nelson Mandela, il était notre chef à tous!

RFI: Comment s’est-il comporté lors du procès pour trahison en 1956 dans lequel vous aussi étiez accusée ?

B.G: C’est pour cela que je vous dis que j’ai une confiance aveugle en Nelson Mandela. Nous étions jeunes, j’avais vingt et un ans. Nous étions déprimés et nous avions peur. Et lui, il nous a réconfortés. Mandela savait identifier le potentiel des gens, il savait deviner nos points forts, et nous encourageait à les développer.

RFI: Il était volontaire en chef de la campagne de désobéissance civile.

B.G: Oui, il était incroyable dans ce rôle. Mandela est venu un matin dans notre township. Il a porté les tables et les chaises de notre branche, les a installées dehors, et en un après-midi, il a enrôlé la moitié du township. Les gens lui faisaient confiance car il leur disait la vérité. Et puis Mandela et Oliver Tambo jouissaient d’une très bonne réputation, parce qu’ils étaient avocats, et qu’ils défendaient tous ceux qui avaient des ennuis avec la justice du régime de l’apartheid.

RFI: Pourquoi les femmes ont-elles décidé d’organiser leur propre marche contre les pass qui limitaient les mouvements des non Blancs ?

B.G: Nous avions vu à quel point cette règle était injuste. À l’époque, elle ne s’appliquait qu’aux hommes. Nos maris et nos fils avaient été arrêtés. S’ils allaient rendre visite à leurs voisins et qu’ils oubliaient leur livret, la police ne les laissait même pas aller chercher leur pass dans la maison, qui était à deux pas, ils les embarquaient dans la fourgonnette. Quand ils ont étendu la restriction, on a vu des policiers arrêter des femmes enceintes. Mais les femmes se sont mobilisées au sein du mouvement bien avant 1956 !

RFI: Les sacrifices accomplis par les femmes au nom du mouvement de libération sont-ils suffisamment reconnus ?

B.G: Oui. Nous avons obtenu que l’ANC lutte pour une société non seulement multiraciale, mais aussi non sexiste. Regardez un peu le nombre de femmes qui occupent des ministères de premier rang aujourd’hui.

tags: Afrique du Sud - Nelson Mandela
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