Pourquoi une chéchia ? Pourquoi un coupe-coupe dans l'équipement du tirailleur ? Qui était le sous-lieutenant Koudoukou ? Pour se repérer dans l'histoire des soldats de la Force noire -et d'ailleurs, d'où vient ce nom ?- quelques définitions et points de repères sont nécessaires.
Quelles différences entre les tirailleurs de l'armée d'Afrique, essentiellement d'origine maghrébine et les tirailleurs de l'armée coloniale, venus des quatre coins de l'empire français ?
Dès le XVIe siècle, les premiers navigateurs européens qui abordent les côtes de l’ouest de l’Afrique recrutent des auxiliaires indigènes c’est-à-dire nés sur le territoire.
Après la marine qui forme des pilotes, les troupes de marine enrôlent des cavaliers, des fantassins et des artilleurs.
Le 21 juillet 1857 à Plombières (Vosges), Napoléon III signe le décret organisant le bataillon d’infanterie indigène à quatre compagnies, sous la dénomination de tirailleurs sénégalais. Dès 1860, le nombre des compagnies est porté à six, pourvue chacune d'un officier indigène.
La Force noire imaginée par le général Mangin, qui n’avait pu voir le jour avant 1914, devient une réalité dès que les combats de la Première Guerre mondiale commencent.
Avec les grands froids de l’hiver, les troupes noires doivent être retirées du front. Le Sud-Est est rapidement préféré à la région de Bordeaux et son climat humide, où les Africains sont victimes de la tuberculose.
Entre 1914 et 1918, 165 229 hommes sont recrutés en Afrique occidentale française et 17 910 en Afrique équatoriale française pour former 137 bataillons de tirailleurs sénégalais mis sur pied pour la guerre.
Au-delà des images de la propagande, de comportements qualifiés parfois de «paternalistes» et malgré un désintérêt évident pour la question coloniale, force est de constater que la population française découvre durant la Grande Guerre ces soldats et ces ouvriers venus si nombreux d’au-delà des mers.
À la fin de 1922, l’armée française compte 4 500 tirailleurs en France, 4 800 en Algérie et en Tunisie, 10 000 au Levant, 10 500 au Maroc, 14 800 en Afrique occidentale française et 4 700 en Afrique équatoriale française ; soit 51 599 hommes.
Les premiers à subir de plein fouet l’attaque allemande du 13 mai 1940 sur la Meuse sont les Malgaches de la 42e demi-brigade de mitrailleurs coloniaux qui, sans esprit de recul, perdent 400 hommes.
De novembre 1942 au 1er mars 1945, la Fédération -Afrique occidentale française et Afrique équatoriale française – a envoyé au combat 60 000 hommes; avec leurs camarades de 1940, c’est donc près de 158 000 Africains qui ont combattu pendant la Seconde Guerre mondiale, sans oublier un effectif équivalent ...
14 bataillons de tirailleurs sénégalais sont engagés en Indochine. En tout, ce sont 56 000 tirailleurs qui servent en Extrême-Orient, sans compter ceux de l'artillerie, du génie et des services.
Avant de rejoindre l’Indochine, des bataillons de tirailleurs sont engagés en Algérie dès 1945 à l’occasion des événements de Sétif, puis à Madagascar en 1947 lors des révoltes de la Grande Île.
Créée en 1956, l’École de formation des officiers ressortissants des territoires d’outre-mer (EFORTOM) devenue, en 1959, École de formation des officiers du régime transitoire des troupes de marine (EFORTDM), forme jusqu’à sa fermeture, en juillet 1965, près de trois cents officiers africains et malgaches.
Le 1er régiment de tirailleurs sénégalais (RTS) reçoit son drapeau en 1905. Il porte les inscriptions Sénégal-Soudan 1890, Dahomey 1892, Côte-d'Ivoire 1893-1895, Madagascar 1895, Congo-Tchad 1900.
Trop longtemps figés dans le folklore des cérémonies officielles franco-africaines, les anciens tirailleurs voient leur histoire s’estomper à mesure que leurs rangs s’éclaircissent.