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    Jean Guiloineau : « Peu de gens se sont montrés à ce point à la hauteur de l’Histoire »

    media Jean Guiloineau, écrivain, journaliste, auteur d'une biographie de Nelson Mandela et traducteur de « Un long chemin vers la liberté », l'autobiographie de Nelson Mandela. (S.Tysseire)

    L’écrivain Jean Guiloineau est le biographe de Nelson Mandela. Il a également traduit ses Mémoires, Un long chemin vers la liberté. L’auteur se souvient avec émotion du 11 février 1990, mais il revient aussi sur les luttes internes au sein de l’ANC, et sur la force de Mandela sauvant l’Afrique du Sud de la guerre civile.

    RFI : Nous sommes le 11 février 1990. Mandela sort de prison. Quel souvenir avez-vous de ce moment-là ?

    Jean Guiloineau : C’était un dimanche et c’était annoncé. J’étais devant ma télévision depuis je ne sais combien de temps et on a vu apparaître dans la foule, donnant la main à Winnie, Mandela levant le poing.

    J’étais allé en Afrique du Sud un mois plus tôt et j’étais passé devant la prison de Victor Verster qui était quasiment en état de siège parce que Mandela allait être libéré incessamment. Il y avait des voitures de police, l’armée, un déploiement de forces inimaginables. Et un mois plus tard, je le voyais sortir de là. Il n’y avait plus de policiers et la foule l’entourait.

    Je me souviens de son poing levé, c’était un peu l’histoire en marche, comme on peut le voir dans des tableaux de Delacroix ou dans des tableaux symboliques d’une situation historique. Là c’était le symbole en marche, d’autant plus après tout de même vingt-huit ans de prison. J’ai pleuré devant mon poste de télé. C’est un moment inoubliable ça, inoubliable parce qu’un an plus tôt, c’était impensable !

    RFI : D’ailleurs, on vous avait demandé deux ans plus tôt, en 1988, d’écrire une biographie de Mandela. Et vous vous étiez dit, j’ai le temps. Il est encore en prison pour un moment.

    JG : Et tout le monde le pensait, parce qu’en 1985, Botha avait décrété l’état de siège. La situation était devenue extrêmement violente en Afrique du Sud. Et quand on m’a proposé ça, je me suis dit, « oh là là, c’est une tâche terrible ! » parce que je connaissais moins l’histoire de Mandela que celle de l’ANC. Je me suis dit alors que j’allais devoir chercher là où on peut le trouver, c’est-à-dire dans les livres, puisqu’à l’époque, il était en prison et qu’il était exclu que je le rencontre. Je m’y suis mis tout en prenant mon temps (rires). En 1989, quand Pieter Botha a été mis de côté par le Parti national et remplacé par de Klerk, là j’ai compris qu’il se passait des choses. Mais je n’avais pas pris conscience que ça irait aussi vite.

    RFI : Le contexte évoluait ?

    JG : Quatre-vingt-neuf est une année importante. C’est la chute du Mur de Berlin. C’est la fin de la guerre froide et en fait, on a appris après que, depuis 1983, les Américains avaient dit au gouvernement sud-africain qu’il devait trouver un interlocuteur pour sortir de cette crise. 1983, c’est aussi Gorbatchev, la Perestroïka et la Glasnost. Peu à peu, on comprend que des changements majeurs vont avoir lieu dans le monde.

    En 1983, on va voir Mandela dans sa prison, on le change de prison et on l’installe même, tout de suite après, dans la maison du directeur de la prison de Viktor Verster près de Paarl. Là il va recevoir les émissaires du gouvernement, au niveau ministériel, dont le ministre de la Justice. Ils vont même à partir de 1985-86 emmener Mandela dans les rues du Cap, en voiture, aux côtés d’un ministre, et ils se promènent dans les rues pour que Mandela constate que le monde a changé depuis trente ans. Personne ne le reconnaît, puisqu’aucune photo de lui n’a été publiée depuis 1966.

    RFI : Ils avaient interdit toute photo ?

    JG : Toute photo, les deux dernières photos datent de 1966. On le voit avec Walter Sisulu en prison, dans une cour. Après quoi, il a même été interdit de publier les photos qui avaient été prises avant et il y en avait beaucoup. Il était évidemment célèbre avant, il était président de l’ANC pour le Transvaal, qui était la grande province du nord, province industrielle avec les mines d’or. Il était interdit de le publier, le gouvernement de l’apartheid pensait que, de cette façon, ils allaient le faire disparaître des mémoires.

    Mais là où les autorités ont fait une erreur, c’est qu’en faisant disparaître son visage, ils ont créé un mythe. Mandela était devenu un nom « Madiba ». Quand les jeunes criaient Mandela, ils criaient liberté. Et au moment où Mandela sort de prison, le mythe devient réalité. C’est une espèce d’apparition. Personne ne savait à quoi il ressemblait. Le 11 février 1990, tout d’un coup, on a découvert son visage, cette mèche blanche au-dessus du front. C’était véritablement bouleversant.

    Une autre chose m’a également beaucoup frappé. Mandela est allé au Cap où il a fait un discours devant la foule et il a repris la dernière phrase qu’il avait prononcée lors de son procès en 1964, comme si les vingt-sept ans et demi de prison avaient été une parenthèse et que l’histoire reprenait son cours là où elle s’était arrêtée en juin 64.
    La phrase était la suivante : « Toute ma vie, j’ai lutté contre la domination blanche contre les Noirs et contre la domination noire contre les Blancs ». À ce moment, la foule l’a sifflé parce que tout le monde était au bord de la vengeance et de la revanche. Mandela a poursuivi : « Et c’est un idéal pour lequel j’ai consacré ma vie et pour lequel je suis prêt à mourir », déclaration qui terminait son intervention en 1964, alors qu’on s’attendait à ce qu’il soit pendu le lendemain. Vingt-sept ans plus tard, il reprenait son discours, conscient de la tâche qui l’attendait. Il savait très bien pourquoi il était sorti de prison.

    C’est un personnage. Peu de gens se sont montrés à ce point à la hauteur de l’Histoire.

    RFI : En relisant les articles de presse de l’époque, on voit qu’il y a aussi des craintes, car on ne sait pas comment le pays va évoluer.

    JG : Il y a des forces en lutte. La situation n’est pas idyllique. Il faut savoir que l’ANC est sous une influence des Xhosas : Mandela, Sisulu, Govan, Mbeki. Les Zoulous et leur mouvement, l’Inkhata, veulent avoir droit au chapitre aussi. Et puis il y a une partie des Afrikaaners d’extrême droite, les tenants absolutistes de l’apartheid. Les uns ne veulent pas que ça évolue, les autres veulent participer au pouvoir. Le pays connaît des violences incroyables entre 1990 et 1994. Des Blancs déguisés en Noirs commettent des attentats terroristes pour faire croire que c’est l’Inkhata des Zoulous contre les Xhosas de l’ANC. Et l’Inkhata aussi fait des coups. Il y a également une partie de l’ANC qui refuse de négocier. Mandela est au centre, ce n’est pas gagné, mais il va tenir.

    Mandela a sauvé l’Afrique du Sud de la guerre civile. Il a su rassembler le peuple sud-africain pour construire une nouvelle Afrique du Sud derrière une démocratie qui s’appuyait sur « un homme, une voix », sur des assemblées représentatives, sur une justice. On a construit quand même un système constitutionnel, juridique, qui tout d’un coup s’est ouvert à tout le monde alors qu’avant, les Noirs en étaient exclus, comme ils étaient exclus du champ politique.

    Reste le chapitre économique qui n’est pas résolu.
     

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