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Article publié le : jeudi 11 février 2010 - Dernière modification le : jeudi 18 février 2010

Les aléas du « chic français » outre-Atlantique

Michel Richard et ses baguettes revisitées dans les cuisines de son restaurant Citronelle.
Michel Richard et ses baguettes revisitées dans les cuisines de son restaurant Citronelle.
Claire Morin-Gibourg

Par Claire Morin-Gibourg

Même si l’art de vivre « à la française » a toujours occupé une place particulière dans le cœur des Américains, le vin et la gastronomie française sont aujourd’hui en perte de vitesse. En dépit de la persistance de quelques « standards », comme la baguette de Au bon pain ou les « french madeleines » de Starbuck, les nouvelles tendances culinaires made in USA, la concurrence des vins d’Australie ou d’Amérique du sud, ainsi qu’un certain manque de réactivité et de créativité font que l’influence française n’est plus aussi vive.

Longtemps, pourtant, nombre d’Américains ont été véritablement fascinés par la France… A commencer par Thomas Jefferson, le troisième président des Etats-Unis, connu pour sa participation à la rédaction de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, mais aussi grand amateur des vins français. Au XVIIIe siècle, c’est le champagne qui déferle sur le Nouveau Monde. Au point qu’à La Nouvelle Orléans, Champagne Charlie ou Clicquot deviennent des standards de jazz. L’ouverture des premiers grands restaurants gastronomiques à la fin des années 1930 marquera le début d’un âge d’or, cinquante ans pendant lesquels « l’art de vivre à la française » régnera quasiment sans partage, de l’assiette jusqu’aux défilés de mode.

De nouvelles tendances culinaires

Michel Richard, une cuisine ludique même pendant la tempête de neige !
Claire Morin-Gibourg

La fin des années 1990 marque un véritable tournant. Philippe Hervy, spécialiste des vins français, l’explique : « Il y a 15 ans, le restaurant chic et raffiné était français ou italien, uniquement. L’apparition de nouvelles tendances culinaires a bouleversé la donne et nous sommes restés un peu figés dans nos certitudes. Nous avons perdu notre monopole parce que nous n’avons pas su nous adapter ». Mis sur un piédestal, l’esprit français, de chic est devenu arrogant : impossible que des Américains puissent être à l’origine d’une nouvelle tendance culinaire sérieuse… C’est pourtant Alice Waters, pionnière de la cuisine californienne, qui révolutionne la gastronomie : plus de crème et de beurre, place aux produits frais et locaux, influences asiatiques, latines… Ebauche de la cuisine fusion, ce mouvement culinaire marque encore les nouvelles tendances d’aujourd’hui.

Le vin français, lui aussi, a beaucoup souffert mais pour des raisons plus complexes. Les vins du « Nouveau Monde » ont bouleversé le marché : l’Australie, avec sa capacité à produire en quantité industrielle des vins à petits prix et dans une moindre mesure l’Amérique du Sud, avec une vraie typicité qui a suscité la curiosité. Les vins français ont aujourd’hui du mal à subsister en dehors des marchés de niche : les grands crus bordelais ou bourguignons à prix prohibitifs ou le champagne pour les moments festifs. Hervé Rousseau l’a bien compris, ses deux bars-lounge de New-York au nom évocateur : Flûte –avec l’accent circonflexe s’il vous plaît– proposent près d’une centaine de champagnes différents à la carte ! Un succès certain qui devrait être exporté jusqu’à Singapour.

Une culture réservée à une élite américaine

Todd Hitchcock à l'entrée de l'AFI dont le slogan est : "The Best of European Cinema without the jet lag" (Le meilleur du cinéma européen sans décalage horaire).
Claire Morin-Gibourg

Les Américains sont encore friands d’une certaine culture française même si elle est de plus en plus cantonnée à une upper-class riche et cultivée. Todd Hitchcock – au nom prédestiné - responsable de la programmation de l’AFI, cinéma Art et Essai de Silver Spring en banlieue de Washington DC, le confirme : « Nous programmons beaucoup de films européens mais ce sont les Français qui attirent le plus de spectateurs. Il y a une vraie attente du public ». Et le choix des œuvres est effectivement plutôt élitiste : rétrospective de Francois Truffaut ou La Danse : The Paris Opera Ballet de Frederick Weisman. Un intérêt que souligne également Pascale Richard, coordinatrice à la FIAF de New-York : « L’admiration et la curiosité des Américains existent toujours. Nos conférences sur l’histoire des restaurants ou l’évolution de nos manières de se nourrir ont eu un franc succès ! » Michel Richard, célébrissime chef français outre-Atlantique – Barack Obama a dîné dans son restaurant Citronelle pour fêter son investiture– tempère : « Les Américains sont effectivement sensibles à une certaine idée du goût français mais souvent revisité. Mon plat fétiche ? Un hamburger de homard ! », souligne-t-il malicieusement. Et de surfer déjà sur la nouvelle tendance, le retour à une cuisine plus simple qu’il évoque « dans la tradition du bistrot ». A la carte de Central, son dernier établissement ? Planches de charcuteries, cassoulet et pied de cochon… Le retour d’un certain esprit français !

New York, 2005.
Danielle Birck/ RFI

tags: Patrimoine

Commentaires (1)

"les aléas du chic français outre-atlantique"

Très bien l'article de claire Morin-Gibourg!

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