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Article publié le : jeudi 11 février 2010 - Dernière modification le : jeudi 11 février 2010

L’Ukraine face à la Russie et l’Europe

Manifestation des supporters du président élu Viktor Ianoukovitch, jeudi 11 février à Kiev.
Manifestation des supporters du président élu Viktor Ianoukovitch, jeudi 11 février à Kiev.
Reuters

Par Piotr Moszynski

Quelques jours après l’élection présidentielle en Ukraine, plusieurs questions restent en suspens. A commencer par les intentions du Premier ministre Ioulia Timochenko quant à son maintien au poste et une éventuelle contestation de sa défaite électorale devant les tribunaux, pour finir par les interrogations sur l’avenir des relations entre l’Ukraine, la Russie et l’Union européenne.

Les dirigeants de nombreux pays ont envoyé leurs messages de félicitations à Viktor Ianoukovitch après l’annonce de résultats officiels et le satisfecit délivré au déroulement du scrutin présidentiel du 7 février dernier par les observateurs internationaux de l’OSCE. Toutefois, il est légitime de se demander quel sera l’impact de cette élection sur le relations entre l’Ukraine, la Russie et l’Europe, l’heureux élu étant considéré à l’Occident comme un homme politique résolument prorusse, à la différence du précédent chef de l’Etat ukrainien, Viktor Iouchtchenko, et du Premier ministre sortant, Ioulia Timochenko, affichant tous les deux des ambitions européennes et des sympathies pro-occidentales.

L’UE en attente discrète

Pour l’instant, l’impact est nul, ou en tout cas imperceptible. Pour l’Europe, il est tout simplement trop tôt pour se prononcer sur les intentions réelles de la nouvelle équipe au pouvoir en Ukraine – équipe qui n’est pas encore vraiment installée – et en particulier dans le domaine des relations de l’Ukraine avec la Russie et sur les éventuelles conséquences de celles-ci sur la coopération avec l’UE.

L’Union européenne semble attendre discrètement pour voir comment Viktor Ianoukovitch met en œuvre ses promesses électorales d’améliorer les relations de son pays avec la Russie, tout en gardant le cap sur l’Europe. En revanche, les Russes s’activent beaucoup sur place et essayent d’exercer une très forte pression sur le président élu pour qu’il se démarque très rapidement et très nettement de la politique de son prédécesseur, Viktor Iouchtchenko, qui voulait une Ukraine vraiment indépendante de Moscou et qui posait beaucoup de problèmes à la Russie.

Les observateurs séjournant à Kiev dans la période de la campagne électorale et du scrutin lui-même pouvaient avoir l’impression d’une certaine frénésie russe. Son objectif à peine dissimulé était de bien préparer l’entrée en scène de Viktor Ianoukovitch comme un grand ami de la Russie. Tellement ami que n’ayant, en fin de compte, presque aucune marge de manœuvre pour s’opposer aux suggestions, toujours amicales, du Kremlin. Il s’agissait de le serrer tout de suite tellement fort dans ses bras pour qu’il ne puisse pas trop bouger.

Conseillers russes

Interrogé par RFI, Taras Maroussik, chef du Département de la politique linguistique au secrétariat du président sortant Viktor Iouchtchenko, affirme que lors de la campagne électorale en Ukraine, les conseillers russes étaient présents pratiquement dans tous les médias, en particulier dans les radios. Certains « visiteurs » russes faisaient du lobbying et de la publicité en faveur de Viktor Ianoukovitch de manière tellement envahissante que l’on pouvait avoir l’impression qu’ils voulaient mettre l’opinion publique et le candidat lui-même devant les faits accomplis : on voit bien, il n’y a pas de plus grands amis de Viktor Ianoukovitch que les Russes.

Par exemple, le jour du deuxième tour, tous les journalistes présents au quartier général d’Ioulia Timochenko ont pu voir – et surtout entendre - un député russe Sergueï Markov qui ne perdait aucune occasion d’expliquer à qui voulait entendre les raisons de l’admiration de la Russie pour le leader du Parti des Régions. Il allait même jusqu’à justifier le passé peu glorieux de Viktor Ianoukovitch – qui, dans sa jeunesse, a été condamné à trois ans de prison pour violences – en demandant avec beaucoup d’insistance s’il n’était pas compréhensible qu’un jeune homme orphelin dans une pauvre région minière ait été entré en conflit avec la loi. « Et vous-même – interrogeait-il ses interlocuteurs en les regardant droit dans les yeux – vous n’auriez pas d’ennuis avec la justice si vous étiez dans sa situation ? ». Inutile de nier, Sergueï Markov connaît toutes vos faiblesses.

Priorité : économie

C’est dire l’ambiance à Kiev, où ce ne sont pas tellement des « prorusses » qui donnent le ton, mais carrément les Russes eux-mêmes, qui essayent de marquer leur territoire dans le nouveau contexte politique ukrainien. Au point peut-être de mettre Viktor Ianoukovitch dans une situation un peu inconfortable. Mais tel est sans doute le but du jeu. Car, à entendre les membres de son équipe expliquer leur vision de l’avenir du pays, on n’a pas forcément l’impression d’avoir en face de soi les gens qui prennent la Russie pour modèle.

Leur grande priorité est évidemment le redressement économique de l’Ukraine. Pas étonnant, si l’on songe à la chute de son PIB de 15% et la perte de la valeur de sa monnaie de 60% en un an. Pour s’en sortir, ils semblent passionnés par les résultats obtenus en Pologne par Leszek Balcerowicz et sa thérapie de choc. Rien à voir avec la stratégie russe de s’appuyer toujours sur l’exploitation de matières premières, sans vraiment moderniser l’économie. Rien à voir non plus avec le système politique russe. L’Ukraine est déjà une véritable démocratie avec une vraie opinion publique, et les dirigeants doivent réellement compter avec elle. D’autant plus que – si Ianoukovytch prend finalement le pouvoir – il sera un président minoritaire, qui n’aura pas réussi à franchir la barre de 50% des voix. Le nouveau président ne voudra certainement pas – et, dans un certain sens, il ne pourra pas – devenir un dictateur vassal de Moscou, à l’instar d’un Aleksander Loukachenko.

La ligne rouge

Son attitude « prorusse » ne consiste donc pas à imiter la Russie sur le plan intérieur. En revanche, il sera sans aucun doute plus enclin à nouer des liens politiques avec Moscou que ses prédécesseurs. L’Europe n’a a priori pas d’intérêt à s’y opposer ; elle pourrait même en attendre une certaine stabilisation de l’Ukraine. Toutefois, il y a des éléments des relations dans le cadre du triangle Ukraine-UE-Russie qui risquent de devenir très conflictuels.

Pour l’Europe, le problème est simple : est-ce qu’elle veut et est-ce qu’elle peut permettre que l’Ukraine réintègre pleinement la zone d’influence russe ? Et est-ce qu’elle a les moyens de s’y opposer ?

Une des questions-tests concerne évidemment le gaz. Est-ce que Ianoukovytch va respecter la déclaration commune, signée il y a un an entre l’Ukraine et l’UE sur la modernisation du réseau des gazoducs ukrainiens avec des financements occidentaux – projet qui irrite Moscou au plus haut degré, car sa mise en œuvre rendrait les deux gazoducs en cours de construction par le Russes – Northstream et Southstream – purement et simplement non rentables. Du point de vue européen, il n’y a pas de raison de s’opposer à une meilleure entente et coopération entre l’Ukraine et la Russie. La ligne rouge à ne pas franchir, c’est de voir l’Ukraine devenir directement dépendante de la Russie. Or les velléités russes en ce sens ne sont que trop visibles. A l’Europe d’en trouver une parade.

tags: Russie - Ukraine - Union Européenne
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Commentaires (3)

L'Ukraine sans racisme:

L'Ukraine, avec un seul visage ukrainien va rester amicale et cordial avec l'Est et l'Ouest, sans être dans l'UE, et ce n'est pas obligatoirement nécessaire. Il n'y a pas de raison de penser autrement. Mais, dans la région il y aura un perdant, la Géorgie de Saakachvili.

Vous avez pas raison

L'Ukraine ne pourra pas s'intégrer avec la Russie dans le cadre d'une union douanière, car l'Ukraine est pays-membre de l'OMC depuis 2008. Et la Russie avec Kazakhstan et Belarus ne sont pas des pays-membres de cette Organisation Mondiale du Commerce. Donc, à mon avis, maximum ce que la Russie pourra avoir, c'est soutient de nouveau président ukrainien dans le cadre de la politique sur certains questions comme l'OTAN. A propos de l'UE, c'est la faute de l'UE, car elle n'a jamais proposé une grande coopération et prospectives de l'adhésion pour l'Ukraine lors le président pro-Ukrainien (lire pro-occidental) était au pouvoir. Maintenant, la politique de l'UE sera active envers l'Ukraine. Car l'UE comprend maintenant, qu'elle peut "perdre" l'Ukraine. Et ce n'est pas dans l'intérêt de l'UE. Donc, l'UE va proposer la zone de libre circulation à l'Ukraine + Free Trade Agreement + Association Agreement avec la prospective de l'adhésion future.

Oui mais

Les russes se mettent à espérer que le nouveau Président ukrainien fasse une politique pro russe et semble-t-il, si l'on s'en réfère à cet article manifester leur soutien à Ianoukovitch. L'Union européenne n'a pas, et les Etats-Unis n'ont pas eu besoin de faire pression pour soutenir Iulia Timochenko, d'abord parce qu'ils n'appréciaient son côté populiste, qu'entre outre qu'ils savent bien que les oligarques qui soutenaient la candidature du président nouvellement élu ne sont pas spécialement pro-russe et que Ianoukovitch est plus sociologiquement pro russe qu'idéologiquement ou politiquement. Ceci dit ce qui déterminera l'orientation politique de l'Ukraine c'est le besoin urgent d'un prêt du F.M.I. or que je sache cette institution est dans les mains des occidentaux (et plus des américains que des européens) et le nouveau gouvernement ukrainien, vu l'urgence de l'obtention de ce prêt ne pourra que se plier aux injonctions des occidentaux. Dans ces conditions effectivement n'a pas fait trop pression, en apparence tout au moins sur le résultat des élections étant sûr que quelque soit le vainqueur il serait obligé de suivre la politique dicter par le F.M.I. Maintenant quant à savoir si des pays comme la Pologne, les Pays Baltes , la Roumanie n'ont pas essayé d'influer le choix des ukrainiens dans un sens pro-occidental, c'est possible qu'il n'y ait pas eu de pression cette fois ci comme au moment de la révolution orange, de la part d'euro députés tchèques ou polonais, à tel point que l'ancien président ukrainien, pourtant très pro occidental finissait par s'agacer de soutien trop visible des polonais en faveur de son élection (geremiek, Walesa, la Conférence de Visegrad . Si cette fois ci certains politiques des nouveaux Etats Membres de l'Union Européenne qui sont très hostiles à la Russie n'ont pas fait campagne pour Iulia Timochenko, considérée comme plus pro occidental c'est d'abord que la candidate plus pro européenne que pro atlantiste et qu'en outre l'opinion publique ukrainienne étant majoritairement désillusionnée sur la révolution orange et qu'il était difficile dans ces conditions de soutenir la candidate se réclamant de la révolution orange. Ceci dit si malgré tout certaines personnalité politiques des pays d'Europe de l'Est ont essayé de peser en faveur de Iulia Tomichenko jugée malgré tout plus pro occidental que son adversaire il ne faut pas compter sur les médias occidentaux ni sur R.F.I. pour faire état de ces pressions là.

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