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Le Pape au chevet des évêques irlandais dans la tourmente

Un sommet exceptionnel réunit les 15 et 16 février 2010 au Vatican les évêques irlandais et Benoît XVI, après les scandales d'abus sexuels commis par des membres du clergé sur des enfants en Irlande. Un pas vers un voyage de repentance, de réconciliation et de renouveau, selon le primat de l'Eglise d'Irlande, le cardinal Sean Brady.
Les bureaux d’Amnesty International donnent sur la rivière Liffey qui traverse la capitale. Il faut emprunter un pont balayé par un vent glacial chargé d’embruns. L’homme qui m’accueille est grand, athlétique, chaleureux. Il plonge son regard dans celui de son interlocuteur, comme pour s’assurer qu’il est prêt à entendre ce que si longtemps personne n’a voulu croire : la parole d’un enfant brutalisé par un adulte.
Colm O’Gorman, le directeur d’Amnesty Irlande, est une des premières victimes à avoir dénoncé les agissements d’un prêtre à la police. C’était en février 1995, quatre ans après avoir été violé par le prêtre de sa paroisse. Quatre années d’errance et de souffrance pendant lesquelles, dit-il : « J'ai fui ma famille, ma ville, je me suis fui moi-même pour survivre », allant jusqu'à passer près d’une année dans la rue à Dublin.
Le Vatican s’est retranché derrière son immunité diplomatique
Colm O’Gorman pensait être la seule victime mais pas moins de vingt-neuf plaintes ont été déposées contre ce prêtre qui s’est suicidé juste avant son procès en appel. Il a surtout découvert que l’Eglise savait qu’il était pédophile et en 1998, il a poursuivi l’évêque de son diocèse et le Vatican devant un tribunal civil. En 2003, l’Eglise a reconnu publiquement ses erreurs et lui a versé des dommages et intérêts mais le Vatican s’est retranché derrière son immunité diplomatique pour ne pas répondre aux questions des juges.
Sur O’Connel street, « les survivants », l’association des victimes des Christians Brothers, les frères chrétiens aujourd’hui rebaptisé ERI (Edmund Rice International) demandent que l’enquête se poursuive et qu’elle aille jusqu’au bout, c'est-à-dire, jusqu’au jugement de ceux qui ont protégé les prêtres pédophiles au lieu de protéger les enfants. Ils veulent que les évêques soient poursuivis par la justice et que les noms des prêtres pédophiles soient rendus publics.
Les frères chrétiens ont obtenu en justice que les rapports ne citent pas le nom des prêtres. Pour Robert O’Mongoin : « On demande que tous ceux qui ont commis un crime soient punis. L’Eglise a eu tellement de pouvoir et elle en a encore que le système judicaire semble être influencé par l’Eglise. Quand un prêtre est condamné pour avoir abusé d’une vingtaine d’enfants, il n’est condamné qu’à deux ans de prison alors qu’il a ruiné leur vie pour toujours. »
« L’église ne mourra jamais »
Messe de onze heures à la Cathédrale Sainte Marie de Dublin, une messe en latin accompagnée par le chœur Palestrina. La sortie de la messe dans un froid glacial, les fidèles se réconfortent avec un thé ou un café bien chaud. « L’Eglise ne mourra jamais », « Ils ont chuté comme des anges », « Nous nous en remettrons », clament trois paroissiennes qui se sont écartées de la foule pour fumer une cigarette.
Les catholiques irlandais semblent faire la différence entre le scandale qui frappe l’institution et leur paroisse mais certains comme Maureen, horrifiée par le scandale, ont décidé de ne plus donner d’argent à l’Eglise. Elle ne verse plus d’argent qu’à la chorale qu’elle trouve « magnifique ».
Rory O’Dolly, chanteur du chœur Palestrina à la cathédrale Sainte Marie est entré dans les chœurs à l’âge de six ans. Il s’inquiète pour l’avenir de l’Eglise catholique : « L'Eglise est face à de très difficiles décisions, elle n’a pas vraiment changé, du moins elle n’a pas changé autant que la société et des décisions doivent être prises sur le mariage des prêtres ou l’ordination des femmes. Personnellement, j’ai peur que rien ne change parce que ce sont des gens âgés qui viennent à l’église et le clergé est âgé lui aussi. L’Eglise ne s’adapte pas alors qu’il faut s’adapter pour survivre ».
Regagner la confiance des catholiques irlandais
A l’Archevêché de Dublin, le ton est plus confiant. Le père Pat O’Donoghue explique que d’importantes structures de protection de l’enfance ont été mises en place et que la mission de l’église est désormais de regagner la confiance des catholiques irlandais. Il souhaite que « l’Eglise soit encore plus humble pour écouter les difficultés de chacun ».
Colm O’Gorman reconnaît que l’Eglise irlandaise fait son mea culpa mais il attend que le Vatican s’explique sur la dissimulation des crimes commis par le clergé. A ses yeux, l’institutionnalisation du secret n’est pas un problème spécifiquement irlandais :
« La société irlandaise a réclamé des enquêtes. Elle a fait face à ces terribles et douloureuses réalités de notre société et de notre démocratie et tenté d’en tirer des leçons. Je suis extrêmement fier qu’on ait pu faire ça et soyons clairs : peu importe le nombre de victimes qui sont prêtes à parler s’il n’y a personne pour les écouter et exiger des changements, alors, rien ne peut aboutir ».
Les catholiques irlandais acceptent désormais de regarder la réalité en face mais il y a encore beaucoup à faire pour protéger les enfants dans le reste du monde, en particulier dans les pays où la législation pour la protection de l’enfance est inexistante.
Les révélations du rapport Murphy En novembre 2009, le rapport Murphy a révélé que l'Eglise catholique irlandaise n’avait pas dénoncé les agissements d’une centaine de prêtres coupables d'abus sexuels sur mineurs dans l'archevêché de Dublin. Elle s’était contentée de leur fournir une aide psychologique et de les déplacer d’une paroisse à une autre au risque de faire de nouvelles victimes. Une situation qui a perdurée jusqu'en 1995, c'est-à-dire jusqu’à ce que les premières victimes commencent à porter plainte. En mai 2009, un précédent rapport lui aussi commandé par la justice avait déjà exposé les abus sexuels, psychologiques et physiques systématiques commis par des membres du clergé sur des dizaines de milliers d'enfants entre 1930 et 1990 dans des orphelinats, des pensionnats et des maisons de correction gérés par l’Eglise catholique. Ces deux rapports démontrent que la hiérarchie catholique et l’Etat irlandais avaient failli à protéger les enfants pendant des décennies. Plus d’un milliard d’euros de dédommagements ont été versés à plus de 12 000 victimes de ces abus. A la suite de la publication du rapport Murphy, quatre évêques ont présenté leur démission au pape Benoît XVI qui, pour l’instant, n’en a acceptée qu’une seule. |

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