Les Janus 2009 : Design et Eco-Design

Pour cette 54ème édition, les labels créés par l’Institut français du Design pour promouvoir des entreprises soucieuses du « mieux-vivre » de leurs clients et usagers ont montré, une fois de plus, l'importance du design dans cette démarche. Une cuvée 2009 enrichie d'une nouvelle mention spéciale « éco-design ».Une seconde distinction venue s’ajouter, pour les lauréats les plus engagés dans cette prise en compte de l'environnement, aux Janus traditionnels de l’industrie, de la santé, du service et du commerce remis chaque année.
Qu’y a-t-il de commun entre un couteau, un portique de sécurité, une machine à laver ou une boutique funéraire ? On l’aura deviné : tous ont été retenus par les jurys des Janus 2009 qui ont distingué cette année 37 lauréats. Autant d’entreprises dont les produits, réalisations et services ont mérité le label et qui étaient pour la plupart présentes au Palais d'Iéna à Paris, le 12 février 2010, pour la cérémonie des Janus.
Le design, un avantage concurrentiel
Créé en 1953 par arrêté ministériel, ce label s’est d’abord appelé « Beauté France, label d’Esthétique industrielle », puis « Beauté Industrie » en 1965, avant de prendre le nom de la divinité antique aux deux visages, « Janus », pour symboliser la « transition idéale entre les acquis du passé et les promesses de l’avenir » qu’offre le design. Le nom a changé, l’esprit demeure : contribuer à promouvoir la réflexion créative au sein des entreprises et favoriser l’investissement dans le design pour en faire « un avantage concurrentiel ». Car « susciter la préférence lors de l’acte d’achat, voilà l’enjeu majeur auquel s’attaquent aujourd’hui les entreprises », déclare Anne-Marie Sargueil, présidente de l’Institut français du Design.
Une valeur ajoutée, comme celle de la nouvelle mention « Eco-design » créée à l’occasion de la remise des Janus 2009. Là aussi il s’agit de « susciter la préférence » en répondant à ce nouveau critère de choix du grand public qu’est devenue la préoccupation environnementale et d’encourager les entreprises à s’engager dans une telle démarche. Réalisée grâce au soutien financier de l’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie) et attribuée après analyse des projets par le cabinet EVEA, spécialiste en éco-conception et éco innovation, cette nouvelle mention de l’Institut français du Design valorise les projets qui témoignent à la fois du niveau de développement de la démarche d’éco-design au sein de l’entreprise et des qualités environnementales du produit.
Pour Anne-Marie Sargueil, à partir de 2011, « l’éco-design deviendra le ticket d’entrée aux Janus », toutes catégories confondues. A la fameuse règle des cinq « E » – ergonomie, esthétique, économie, éthique et émotion – qui régit le label va donc se substituer celle des six « E », avec l’éco-design.
Pour cette cuvée 2009, bon nombre des lauréats des Janus de l’Industrie ont pu bénéficier de cette seconde distinction, comme notamment la bouche d’extraction Aldes, le mobilier gonflable My Note Déco (dont on retiendra aussi le slogan « gonflé, mais…chic ! »), l’éolienne de toiture Aeolta, le lave-linge Fagorbrandt et son dosage automatique de lessive, ou encore le couteau Arbalète Genes David.
![]() Couteau "le vulcanien" IFD/ Janus/ Didier Plowy |
Des volcans d’Auvergne…
Ce dernier a d’ailleurs obtenu l’unanimité du jury. Une belle récompense pour une petite entreprise artisanale d’une quarantaine de personnes où se sont succédé depuis 1922 trois générations de maîtres couteliers. Héritière de la marque Arbalète, bicentenaire, la manufacture de Saint-Rémy sur Durolle, près de Thiers, est également leader dans la fabrication des laguioles artisanaux en France – laguiole avec un « l » minuscule, car contrairement à ce qu’on croit communément ce n’est pas une marque, mais une forme de couteau avec un manche légèrement incurvé et une lame longue et effilée. Le laguiole qu’Arbalète Genes David a relancé dans les années 1960 et dont elle célèbre cette année les 180 ans avec une édition spéciale limitée.
Quant au Vulcanien, lauréat du Janus avec son design épuré, lame et mitre en acier inoxydable, manche en corne noire, et premier d’une nouvelle collection Signature, il revendique, avec son nom emprunté au monde des volcans, son inscription 100% dans la région d’Auvergne.
… aux aéroports australiens
Du régional à l’international, de la manufacture artisanale au groupe international, le pas est franchi avec un autre produit distingué par le Janus de l’Industrie : le portail de sécurité, le SmartGate, réalisé par Sagem Sécurité (groupe Safran), leader mondial en technologies multibiométriques (reconnaissance faciale, digitale et iridienne). Il s’agit d’un équipement aéroportuaire permettant au passager d’effectuer l’enregistrement de douane (contrôle de passeport) en self-service, sans l’intervention d’un agent.
![]() Portiques de sécurité -pour aéroports- de la société Sagem Sécurité. IFD/ Janus/ Didier Plowy |
Cette technologie - déployée notamment depuis 2007 en Australie et en Nouvelle-Zélande – est basée sur la reconnaissance faciale. Elle permet de vérifier l’identité des voyageurs en comparant leur visage à la photo numérisée stockées dans la puce de leur passeport électronique, préalablement scanné, le tout en 45 secondes, tiennent à souligner ses concepteurs. .
Un dispositif destiné à réduire le temps d’attente lors des contrôles aux frontières et peut-être ainsi à diminuer le caractère anxiogène pour les voyageurs de ces procédures de contrôle et de sécurité, sans cesse renforcées.
Artisans du passage
Côté commerce, une douzaine d’enseignes ont été distinguées, dans la restauration, l’hôtellerie, les centres commerciaux et la moyenne distribution, y compris dans un domaine aussi particulier et sensible que celui du funéraire. Le réseau Le Choix Funéraire, avec les équipes de Design Day, a repensé ses boutiques. Une nouvelle identité visuelle unifiée, des espaces aménagés, un nouveau mobilier sont progressivement mis en place, pour un « accueil moins anxiogène », résume le directeur général de la société, Philippe Martineau. Se définissant comme des « artisans du passage », par opposition à une évolution « industrielle » du secteur, les professionnels du réseau souhaitent mettre en avant la qualité de « service » de leur activité : « un métier de service dans une vraie boutique »…
Même si le funéraire est un secteur où l’on observe une « réticence devant l’innovation », depuis cinq ans la société, dont le siège social est en Bretagne, dans les Côtes d’Armor, fait appel à trois designers de l’Ecole de design de Nantes pour repenser les articles funéraires, « réinventer la symbolique de la mort », comme le dit Philippe Martineau. L’écologie n’est pas oubliée avec une proposition de cercueil en bois non verni, sans parties métalliques et avec un capiton intérieur en fibre naturelle…
Pour démarrer une histoire
Mais au final, quel bénéfice une entreprise retire-t-elle de l’attribution d’un Janus ? La question a été posée au sein de l’hémicycle du Palais d’Iéna, lors de la cérémonie des Janus 2009. Des réponses apportées par plusieurs intervenants, il ressort que si le « retour sur investissement » n’est pas évident, ou du moins difficile à évaluer, par contre, le « retour sur la pertinence de la démarche et du produit » l’est. En même temps qu’un « coup de projecteur sur le produit », il s’agit « d’une première reconnaissance », c’est « la cristallisation d’un travail ». Pour d’autres le Janus représente « un temps de formalisation, de réflexion en interne », « un fil conducteur pour la création d’une identité d’entreprise, en interne et en externe », « un élément de valorisation des ressources humaines au sein de l’entreprise », ou aura même « permis d’accompagner un changement de stratégie ». Alors, rentable ou pas rentable, en tout cas, « un excellent socle pour démarrer une histoire »…
![]() La rotonde de l'hémicycle du Palais d'Iéna Danielle Birck/ RFI |
Le Palais d’Iéna
La 54ème cérémonie des Janus a eu pour cadre, le 12 février 2010, le siège du Conseil Economique, Social et Environnemental, dans le 16ème arrondissement de Paris, sur le flanc de la colline de Chaillot.
Le Palais d'Iéna, symbole de l’architecture moderne, a été conçu par le grand architecte du XXe siècle, Auguste Perret. Réalisé par la « Société des Grands travaux en béton », il illustre l’arrivée de ce matériau dans les architectures de la première moitié du XXe siècle. La construction a débuté en 1937 et s'est poursuivie jusqu'en 1946. Mais le projet initial n’a pu être réalisé dans sa totalité pour des raisons économiques.
Couronné d’une rotonde, l’édifice abrite le célèbre "Grand Escalier" dessiné par Auguste Perret - un escalier en courbe libre, c'est à dire sans appui pour les paliers intermédiaires -, un hémicycle et une salle hypostyle dont le mobilier a été signé par le grand designer Pierre Paulin, suite à une commande de l’Etat en 1987.
La troisième assemblée constitutionnelle de France siège au palais d’Iéna depuis 1959.
|

Delicious
Digg
Facebook
Twitter
Yahoo!
Technorati


















Commentaires
Réagissez à cet article