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« Kama Sutra, 50 positions architecturales avec le patrimoine »

Sous ce titre un brin aguicheur, une exposition à la Maison de l’Architecture en Ile-de-France à Paris explore les différentes pistes pour marier l’ancien et le nouveau, à l’ère du recyclage des bâtiments.Les cinquante projets sont présentés sous l’imposante voûte de la chapelle de l’ancien couvent des Récollets où les architectes franciliens ont leur siège. A voir jusqu’au 5 mars 2010.
Assez inattendu, ce bel exemple de l'architecture religieuse des XVIIe et XVIIIe siècles, à proximité immédiate de ce témoignage de l’architecture industrielle du XIXe siècle qu’est la gare de l’Est, inaugurée en 1850 et dont les façades, verrières et voûtes sont inscrites à l'Inventaire supplémentaire des monuments historiques. L'ancien couvent des Récollets, longtemps utilisé comme hôpital militaire, accueille désormais un Centre international d'accueil à vocation scientifique et culturelle ainsi que la Maison des Architectes d’Ile-de-France.
![]() Le couvent des Récollets Danielle Birck/ RFI |
La voie de l’hybridation
Ceux-ci ont décidé de sortir de leur périmètre géographique habituel à l’occasion de l’exposition Kama Sutra qui s’interroge sur les différentes attitudes, postures, positions architecturales, quant il s’agit de construire sur de l’ancien, du déjà là, que ce soit du patrimonial ou pas. « Soit on torture l’existant pour changer sa fonction au risque de le dénaturer, soit on s’efface complètement devant l’existant, au risque de faire quelque chose qui soit déjà dépassé, explique l’architecte Philippe Croisier, un des cinq architectes commissaires de l’exposition. L’idée c’est de montrer qu’il y a une troisième voie, la voie de l’hybridation entre le passé et le futur, et qu’on peut fonctionner par collages successifs ».
Cinquante projets - à Paris, en province et même à l’étranger, aux Pays-bas ou au Danemark - viennent appuyer cette réflexion, Ils sont présentés en images (photos et perspectives) et en textes - rédigés pour être accessibles au grand public – imprimés sur des kakemonos suspendus dans la chapelle. « On a essayé d’être le plus large possible aussi bien sur l’attitude adoptée que sur le bâtiment préexistant. Il y a des bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècles, d’autres plus récents, souligne Philippe Croisier. En ce qui concerne les attitudes, les différentes positions et postures, on a essayé de couvrir le plus de situations possibles ». Extension posée sur le toit d’un bâtiment, structure « pluggée » sur l’existant, interventions uniquement en intérieur ou, au contraire, « emballage » du bâtiment : les projets témoignent de la diversité des possibles dans cette « troisième voie » que souhaitaient illustrer les commissaires. Avec Philippe Croisier, on s’arrête devant quelques-uns,
Du logement social au palace
A Paris, rue de Turenne, dans le Marais, « des logements sociaux ont été aménagés dans un bâtiment réhabilité et une parcelle attenante. Les deux architectes (agence Chartier-Corbasson) ont plaqué en façade une résille qui vient intégrer des espaces extérieurs et de circulation pour les logements ».
A Bordeaux, C'est un ancien entrepôt qui a été réhabilité en 18 logements et cinq commerces. « Les architectes ( l’agence bordelaise Bernard Bühler ) ont intelligemment conservé l’entrepôt, intégré dans le rez-de-chaussée les communs et le stationnement des véhicules et créé un nouveau niveau de référence au premier étage, en posant dessus des sortes de petites maisons qui s’empilent… On est vraiment là dans la notion de collages successifs, de couches successives entre les différentes époques et les différents usages. Une manière de jouer sur les contrastes : habiter dans un « caisson neuf », avec en regard les pierres du bâtiment ancien ».
Pour Philippe Croisier, c’est là l’exemple même de la troisième voie : « on ne s’efface pas devant l’existant, on ne le massacre pas non plus : on est dans un rapport d’équilibre et d’hybridation entre les différentes époques» …
![]() Ecole d'Architecture du Val de Seine D.Birck/RFI |
Hybridation réussie également avec l’Ecole d’architecture du Val de Seine, installée à l’emplacement de l’ancienne usine d’air comprimé Sudac, dans le 13ème arrondissement de Paris, dans le cadre du projet Paris-rive gauche. « Là on a un peu tout, l’usine re-habillée à l’intérieur, avec à côté un bâtiment neuf, très contemporain, le tout dans une recomposition générale, non par superposition, mais juxtaposition des architectures, des écritures, des usages »…
A l’hôpital parisien Trousseau, il s'agissait d'une simple mise aux normes de sécurité avec la création de trois escaliers de secours. Sur un bâtiment datant des années 1970-1980, l’agence BP Architectures (Bocabeille-prego) a réalisé une « intervention intéressante », aux yeux de Philippe Croisier, puisque " d’un équipement technique au départ est née une architecture qui à l’arrivée dynamise l’ensemble du site. C’est aller au-delà de la question qui est posée »…
Une autre « histoire d’entrepôt », avec la Cité de la Mode et du Design, sur la rive gauche de la Seine, à l’est de Paris. Pour Philippe Croisier, « c’est un projet-manifeste de la manière dont on peut aujourd’hui aborder la question de la réhabilitation : les architectes ont laissé dans leur état les anciens entrepôts et plaqué sur la façade un objet un peu surprenant qui intègre toutes les circulations et permet de trouver de nouveaux usages au bâtiment ».
Côté palace, il y a bien sûr l’exemple du Fouquet’s Barrière, avec les fameuses « façades feintes » de l’architecte Edouard François. Une gageure que ce projet « Moulé/troué » qui a consisté, entre autres, à unifier des bâtiments disparates dans la zone hyper-délicate que sont les Champs-Elysées.
Un village dans le ciel
A Rotterdam, aux Pays-Bas, les architectes de l’agence MVRDV (Winy Maas), ont créé sur un immeuble industriel « une sorte de village dans le ciel, posé sur le toit, quelque chose de très sympathique. On est vraiment dans le placage, la superposition des couches ». De couleur bleue, ce village perché introduit de la légèreté et presque une dimension ludique avec le reste de l'édifice en briques.
Au Danemark, à Copenhague, deux anciens silos portuaires ont été transformés en 86 appartements d’environ 100 m². Le coeur de ces bâtiments cylindriques est devenu un « atrium-lobby » éclairé par un toit de verre et qui dessert les différents appartements, les ouvrant ainsi sur le port et la ville de Copenhague.
Petit retour en France, avec la Cité de la mode et de la dentelle à Calais : « une extension très contemporaine sur un bâtiment patrimonial, et côté cour, une intervention par touches de couleur sur les ouvertures, tout en respectant le bâtiment existant ».
Sans oublier le bunker … l’étonnant Ghost Bunker (bunker fantômr) de Block Architectes à Nantes. Quelques traces de végétation, une superstructure métallique : une juxtaposition de matériaux qui fait apparaître ce témoignage de la Seconde guerre mondiale comme une construction contemporaine…
On regrettera l’absence d’une version « papier » de l’exposition, un catalogue, pour s’attarder plus longuement et confortablement sur les exemples exposés…

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