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Article publié le : lundi 22 février 2010 - Dernière modification le : mercredi 17 mars 2010

Crotone, porte ouverte et délabrée de l’Europe

Le Cengiz Han, un cargo turc que squattent des immigrés dans le port de Crotone.
Le Cengiz Han, un cargo turc que squattent des immigrés dans le port de Crotone.
Laurent Geslin

Par Jean-Arnault Dérens

Du 15 fevrier au 15 juin, deux journalistes, Jean-Arnault Derens et Laurent Geslin vont sillonner l'Adriatique et la mer Noire, le long d'une frontière majeure de l'Europe, celle du Sud-Est de notre continent. Émigration, déplacements de populations, conflits récents ou plus anciens, intégration européenne : pour aborder ces problèmes majeurs, ils ont choisi le rythme lent et aléatoire d'un voyage à la voile. Leur bateau, le Vetton 3, un voilier de 17 mètres, parcourra ces mers qui unissent autant qu'elles séparent les peuples riverains, en essayant de retrouver, derrière les défis du présent, les traces de l'histoire. Première escale : Crotone, dans le sud de l'Italie.

Face à l’Afrique, le port de Crotone, en Calabre, est une porte ouverte et délabrée de l’Europe. Nul endroit ne pouvait être plus indiqué pour entamer le long tour de l’Adriatique et de la Mer Noire que nous allons entreprendre, longeant la frontière sud-orientale de l’Europe.

 
Nous avons convoyé depuis Monastir, en Tunisie, notre bateau, le Vetton 3, un voilier de 17 mètres, croisant au large de Malte et de l’île italienne de Lampedusa. Par une forte mer, nous n’avons croisé que quelques cargos. Au large de Syracuse, toutefois, un hélicoptère éclairait la mer de ses phares, à la traque des clandestins qui tentent de gagner le « paradis » européen. Pourtant, le port de Crotone, notre première escale, est ouvert comme un moulin. En deux jours à quai, aucun policier, aucun douanier n’est venu s’enquérir de notre identité.
 

Quelques uns des clandestins à bord du Cengiz Han.
Laurent Geslin

Un vieux cargo turc rouillé, le Cengiz Han, est à quai à côté de notre bateau. La coque porte la trace de nombreux chocs, la tourelle a été récemment incendiée, une odeur de brûlé traîne toujours autour du bateau. Pourtant, nous voyons peu à peu d’improbables passagers descendre du navire.
 
Les squatters du Cengiz Han sont une quinzaine : des Kurdes et trois Iraniens, tous en attente de droit d’asile. Mahmud parle bien anglais et s’exprime au nom de ses compatriotes. A bord du navire, il nous montre l’étroit espace où dorment ses trois compatriotes, un réduit d’un mètre sur deux rongé par la rouille. Mahmud était journaliste à Téhéran, il a quitté son pays il y a un an. Il a traversé la Turquie, la Grèce, la Macédoine, la Serbie et la Hongrie avant de se retrouver dans le no man’s land du port de Crotone. Lui-même ne dort plus sur le bateau, il a trouvé une place dans l’immense « Centre de premier accueil » de Sant’Anna, à quelques kilomètres de Crotone. Ce centre serait le plus grand d’Europe, avec une capacité théorique de 1 300 places, et près de 2 000 résidents.
 
Les demandeurs d’asile sont dirigés depuis toute l’Italie vers le centre de Sant’Anna. « Comme par hasard, l’Italie préfère envoyer les problèmes en Calabre, une région pauvre », explique avec amertume Angela De Lorenzo, journaliste au Crotonese, le bihebdomadaire local. « Les demandeurs d’asile sont une proie toute destinée pour les réseaux criminels qui les exploitent, ils grossissent aussi les rangs de la petite délinquance, de la prostitution ». Le squat du Cengiz Han est connu de tous, et certainement de la police, mais dans cette Calabre dominée par la toute-puissante mafia locale, la ‘ndranghetta, chacun préfère fermer ses yeux. Les clandestins sont une main d’œuvre précieuse pour les agriculteurs de la région.
 



Ecouter l'intervention de Jean-Arnaud Derens dans Accents d'Europe

Retrouvez toutes les étapes du voyage dans notre dossier spécial

tags: Immigration - Italie
Commentaires (1)

Crotone : port ionien, accueillant et bien équipé

Crotone, "port délabré, face à l'Afrique" ? Vraiment, n'importe quoi ! Crotone se trouve en face la Grèce ! Pas de l'Afrique ! En allant sur Google Earth, chacun pourra le constater.
Quand au port, il n'est pas du tout "délabré", mais au contraire très bien équipé ! C'est même le seul de cette cote ionienne ! Il y a aussi de très longues plages de sable fin, très accueillantes pour les touristes.
La sule chose de vraie dans ce reportage : on n'est pas harcelé par la maréchaussée. Elle est bien présente mais fiche une paix royale aux touristes. Crotone est une ville tranquille.
http://www.mediapart.fr/club/blog/philippe-leger/051109/crotone-vers-la-...

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