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    Afrique

    L'histoire méconnue des hymnes nationaux africains

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    Porteurs d’un idéal de liberté concrétisé par l’accès à l’indépendance, les hymnes des pays d’Afrique francophone résultent d’un processus de création qui met en lumière des images souvent oubliées de l’histoire de ce continent.

    L’Abidjanaise, La Nigérienne, La Congolaise, La Tchadienne…. Jusque dans la construction de leur dénomination, l'hymne national français, La Marseillaise a servi à l’évidence de modèle aux hymnes de certains pays d’Afrique francophone. À travers le prisme particulier de ces chants à valeur régalienne se devine en fait toute la complexité des relations parfois paradoxales entre les jeunes États et leur ancienne puissance coloniale.

    En 1960, l’accession à l’indépendance n’est pas forcément synonyme de rupture et de nombreux Français apportent leur contribution, sous des formes diverses, à l’élaboration des hymnes. Certains sont des hommes de terrain à l’image de l’ethnomusicologue Herbert Pepper impliqué dans cette mission au Sénégal et en Centrafrique. D’autres, en revanche, n’ont aucun lien avec le pays en question.

    Au Niger, pour se doter d’un hymne, les nouvelles autorités décident de passer par la voie du concours international. Les œuvres soumises par les candidats ne s’enracinent guère dans le terroir, mais cette distance potentiellement préjudiciable n’est pas un argument pris en considération dans le choix final. Et c’est lors des fêtes de l’indépendance à Niamey, où il avait été convié sans aucune autre information, que le Français Nick Frionnet découvre que sa version a été retenue lorsqu’elle est jouée en ouverture des cérémonies ! Auteur de textes interprétés entre autres par Tino Rossi et Lisette Keray, il avait collaboré cette fois-ci avec le compositeur Maurice Thiriet, habitué à travailler pour l’opéra et le cinéma.

    Ailleurs sur le continent, on préfère utiliser les compétences locales disponibles pour exalter le sentiment national. Au Mali, l’écrivain Seydou Badian Kouyaté, proche du premier président Modibo Keita, écrit les paroles de Pour toi l’Afrique et pour toi, Mali. Il s’associe pour l’occasion au griot et joueur de ngoni Bazoumana Sissoko, figure respectée de la culture traditionnelle.

    Le Guinéen Fodeba Keita, fondateur des Ballets africains, s’est également inspiré du folklore pour Liberté tandis qu’au Togo le musicien Alex Casimir Dosseh remporte le concours national avec Terre de nos aïeux.

    Sur cette terre d’Afrique qui s’apprête à voir naître une multitude de républiques déterminées à chanter leur indépendance, le rôle joué par les hommes d’église dans la conception de ces hymnes fait figure de dénominateur commun à de nombreux pays. Sans doute s’explique-t-il, au-delà de leur fonction sociétale, par leurs acquis tant sur le plan des idées et de la pensée que sur leur capacité à écrire une musique dans un registre solennel. Ils ont inscrit leurs noms au patrimoine national sur l’île de Madagascar, avec le pasteur Rahajason (Ô notre patrie bien aimée); en Haute Volta, futur Burkina, avec l’abbé Ouedraogo...

    Au Tchad, ce sont les élèves-instituteurs des missionnaires jésuites de Fort-Archambault qui fournissent la matière de La Tchadienne, finalisée par le père Gidrol.

    Un autre jésuite, le père Boka, rédige Debout Congolais et plus tard La Zaïroise.

    Le spirituel fait alliance avec le temporel en Côte d’Ivoire : les abbés Coty et Pango signent la partie musicale, alors que les ministres Ekra et Bony se chargent du texte de L’Abidjanaise dont chaque mot contient une forte dose de lyrisme patriotique :«Tes légions remplies de vaillance ont relevé ta dignité. Tes fils, chère Côte d’Ivoire, fiers artisans de ta grandeur, tous rassemblés pour ta gloire, te bâtiront dans le bonheur».

    La séparation entre le religieux et le politique devient même inexistante au Dahomey, futur Bénin, où l’abbé Dagnon défend les valeurs qu’il évoque dans L’Aube nouvelle en tant que député : 

    «Jadis à son appel, nos aïeux, sans faiblesse
    Ont su avec courage, ardeur, pleins d’allégresse
    Livrer au prix du sang des combats éclatants
    Accourez vous aussi, bâtisseurs du présent,
    Plus forts dans l’unité, chaque jour à la tâche,
    Pour la prospérité, construisez sans relâche
    »

    Du Sénégalais Senghor au Gabonais Georges Aleka Damas, père de La Concorde, les dirigeants des jeunes États africains ont été souvent actifs dans l’élaboration des hymnes, conscients qu’il s’agissait d’un élément – au même titre que le drapeau – susceptible de fédérer une jeune nation encore à la recherche de son identité. Lorsque la Haute-Volta devient le Burkina en 1984, après l’accession au pouvoir de Thomas Sankara, il est évident pour le nouveau régime que l’adhésion à sa cause passe désormais par Dintayè (L’Hymne de la Victoire).

    Les changements s’avèrent parfois temporaires : en 1991, La Congolaise est réhabilitée après avoir été remplacée pendant plus de 20 ans par Les Trois Glorieuses. Au Togo, la parenthèse dure de 1979 à 1991. Dans d’autres pays, l’évolution du contexte qui avait présidé à la naissance de ces textes conduit aussi à des modifications légères sur la forme et néanmoins essentielles sur le fond.

    Dans le cas du Chant du Ralliement camerounais, trois vers suffisent à transformer l’ensemble :«Autrefois tu vécus dans la barbarie. Comme un soleil, tu commences à paraître. Peu à peu tu sors de la sauvagerie», affirmait la version originale écrite en 1928. Celle qui est officielle depuis 1970 fait place à des sentiments plus apaisés : «Va debout, et jaloux de ta liberté. Comme un soleil, ton drapeau fier doit l’être. Un symbole ardent de foi et d’unité». Le faible ancrage dans la mémoire collective permet peut-être d’avoir cette souplesse.

    En 2009, les Ivoiriens évoquaient la possibilité de substituer l'Ode à la Patrie à l'Abidjanaise.

    Il n’en serait sûrement pas de même pour All Hail, Liberia Hail, doyen des hymnes d’Afrique chanté pour la première fois en 1847.


     

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