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Article publié le : vendredi 05 mars 2010 - Dernière modification le : mardi 16 mars 2010

Les Brésiliens redécouvrent Anita Malfatti

La rétrospective Anita Malfatti présentée à Brasilia ira en mai à Rio de Janeiro puis à Curitiba
La rétrospective Anita Malfatti présentée à Brasilia ira en mai à Rio de Janeiro puis à Curitiba
Annie Gasnier/ RFI

Par RFI

Pour la première fois au Brésil, une grande rétrospective est consacrée à la peintre Anita Malfatti. Organisée par le Centre culturel Banco do Brasil, CCBB de Brasilia, cette exposition marque les 120 ans de la naissance d´une artiste qui avait osé épouser la modernité avant l´heure. A partir de mai, ces œuvres devraient être présentées à Rio de Janeiro et Curitiba.

De notre correspondante à Brasilia, Annie Gasnier 

Dans la salle arrondie du CCBB, le Centre culturel Banco do Brasil de Brasilia, les couleurs et les formes des tableaux exposés sautent aux yeux, et Anita Malfatti capte l´attention par des œuvres qui témoignent de la permanente évolution de son art, moderne, cubiste, classique puis naïf. Elle ne signait jamais son travail de la même façon.
 
Née en décembre 1889 dans une modeste famille d´Italiens, Anita Malfatti a été surnommée « la martyre du mouvement moderniste », car elle fut plus décriée que respectée de son vivant. Ses peintures proviennent essentiellement de collections privées : les musées l´ont oubliée, mais peut-être cette rétrospective servira-t-elle à sa réhabilitation nationale.
 

L'expo Anita Malfatti dans la presse brésilienne
L'expo Anita Malfatti dans la presse brésilienne
Annie Gasnier

Anita Malfatti faillit ne jamais être peintre, puisqu´elle était née avec la main et le bras droits atrophiés, elle qui était droitière. Dès l´enfance cependant, on lui apprend à être habile de la main gauche, et c´est donc avec cette main gauche qu´elle exprimera tout son talent, comme le montre de manière touchante, une grande photo noir et blanc, de cette vieille dame aux cheveux blancs face à une grande toile.
 
Ses parents avaient rêvé d´en faire une professeur d´art, et ils l´envoyèrent étudier en Allemagne en 1910, puis aux Etats-Unis. Le choc : elle découvre l´expressionnisme et l´impressionnisme en même temps, puis le modernisme. « En Europe, j´ai vu la peinture pour la première fois... non parce qu´elle m´impressionne mais parce que face à l´inconnu, elle me perturbe et me fatigue », confiera-t-elle. Sa première œuvre, naturaliste,  « L´Ane qui court », signée Babynha, ne laissait rien pressentir.
 
En 1917, de retour de voyages, elle expose à Sao Paulo : les cinquante trois œuvres modernes, dont « L´Homme jaune », tranchent avec le classique encore en vogue, et elles seront décrochées, certaines même détruites. Les critiques parlent « d´art dantesque, caricatural ». La rédemption viendra avec la Semaine de l´art moderne en 1922, et notamment son « Nu cubiste », où les modernistes brésiliens, unis dans le Club des cinq, sont enfin appréciés. (Grupo dos Cinco : Tarsila do Amaral, Mário de Andrade, Menotti del Picchia, Oswald de Andrade et Anita Malfatti). 
 
En France, elle expose aux Salon d´automne en 1924 et au Salon des Indépendants en 1928, la faisant revenir, comme elle l´avoue, au classique. Anita rentre au Brésil, et ne cessera jamais de travailler.
 
Sur le tard, cette femme qui ne s´est pas mariée et n´a pas eu d´enfant, qui s’est retirée de la vie urbaine pour vivre à la campagne, cette femme se rapproche de l´art populaire brésilien, plus primitif, et sa peinture devient naïve. « Je veux peindre de plus en plus simplement », disait Anita Malfatti, en ajoutant avec amertume, dans la société patriarcale autoritaire où elle vécut : « Aujourd´hui, une femme seule, sans argent mais honnête, ne peut faire fortune, et je me résous à être une artiste sans popularité et sans argent, incomprise... ». Elle est morte dans un hospice de Sao Paulo, à 74 ans. 

 

Anita et ses contemporains

Dans un Brésil encore très rural et peu peuplé, l´art moderne, qui éclatera dans les années 30, dans l´architecture de Lucio Costa et Oscar Niemeyer, est encore méconnu en 1917 dans ce pays.
 
Décriée, Anita Malfatti provoque aussi la solidarité et les éloges de ses contemporains : Oswald de Andrade, Mario de Andrade, Candido Portinari, Di Cavalcanti, Flavio de Carvalho, Victor Brecheret. Son amie Tarsila do Amaral, une riche bourgeoise de Sao Paulo, est la plus connue des peintres brésiliennes, grâce notamment à sa fameuse toile ‘anthropophage’ Abaporu qui signifie ogre en langue amérindienne.

tags: Arts Plastiques - Brésil
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