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Article publié le : samedi 06 mars 2010 - Dernière modification le : dimanche 07 mars 2010

Législatives irakiennes : en finir avec le communautarisme?

Un attentat meurtrier a frappé la ville sainte chiite de Najaf, le 6 mars 2010.
Un attentat meurtrier a frappé la ville sainte chiite de Najaf, le 6 mars 2010.
Ali Abu Shish/Reuters

Par Toufik Benaichouche

Environ 19 millions d'Irakiens sont appelés aux urnes dimanche 7 mars 2010 dans les 18 provinces, qui constituent autant de circonscriptions, lors des deuxièmes législatives depuis le renversement de Saddam Hussein en 2003. Le scrutin se déroule sous haute surveillance par crainte d'attentats. A Bagdad, environ 200 000 membres des forces de sécurité irakiennes sont mobilisés alors que la circulation sera interdite aux véhicules dans les villes. Un nouvel attentat sanglant a fait au moins 4 morts et 54 blessés samedi dans la ville chiite de Najaf. 

 De notre envoyé spécial à Bagdad

Un dispositif de sécurité important : pas moins de 200 000 soldats et policiers ont été déployés dans la capitale. 750 000 dans tout le pays. Des hélicoptères survolent sans cesse Bagdad... Un ballon dirigeable que l’on devine bourré d’appareils électroniques de surveillance, immobile, surplombe éternellement le ciel... Chaque quartier est ceinturé de barrages, ce qui rend les déplacements extrêmement difficiles. Il faut mille et une fois montrer patte blanche, être soumis à des fouilles et passer au détecteur d’explosifs… 

Voter demandera du courage aux Irakiens

Deux mouvements extrémistes al-Qaïda et el-Ansar el-Islam ont averti la population : quiconque ira voter sera tué. Ces derniers jours, des voitures piégées et des kamikazes ont causé la mort d’une cinquantaine de personnes.

C’est dans les parcs, sous haute surveillance, où quelques familles ont amené leurs enfants, que l’on rencontre les gens. Entourée de rires d’enfants qui tentent d’oublier la violence, nous y avons rencontré Kawthar. Elle a 24 ans. Assise sur une balançoire esseulée, elle est venue se détendre un peu. « J’irais voter malgré tout pour désigner l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, dit-elle. Je ne voterai pas pour l’équipe sortante. Vous savez, les urnes peuvent désigner un chiite, un chrétien ou un kurde, peu importe. Même Ariel Sharon, pour peu qu’il gouverne avec justice, je serais d’accord. Pourvu qu’il nous donne ce dont le peuple a besoin ».  

A quelques pas de là, sous des palmiers, Nada, professeur de lycée. Elle a la quarantaine. Vêtue d’un voile, elle ne quitte à aucun moment ses enfants des yeux. Tout affairés à glisser sur un toboggan rouge qui finit dans un bac à sable, ils oublient pour un court moment les soldats et les bombes. « Vous savez, dit-elle, comparé aux pays qui nous entourent, notre niveau de vie est ridicule, alors que nous regorgeons de pétrole. Plusieurs d’entre nous vivent entassés dans des appartements surpeuplés. Nous manquons de tout. Des coupures d’électricité, et d’eau, tout le temps. Et surtout nos jeunes n’ont pas de travail ».
 
Selon l’ONU, l’Irak compte en effet 2,8 millions de logements pour 30 millions d’habitants, soit un déficit de 1,3 million de logements. Or, le pays devrait pouvoir construire 3,5 millions de logements d’ici  2015. Or, 90 % du budget de l’État part en salaires.
 
Nada votera tout de même pour l’Alliance de l’état de droit du Premier ministre sortant, Nouri al-Maliki. Elle estime qu’il n’a pas eu suffisamment de temps pour faire du bon travail.
 
En finir avec le communautarisme ?
 
C’est dans un café que nous rencontrons Djacem. Il est sunnite, et il a beaucoup souffert de la « débaassification » qui a écarté du pouvoir les membres de sa communauté. C’est sans doute pour cela qu’il parle à voix basse. Il n’a pas voté en 2005, comme la majeure partie des siens, mais cette fois il ira aux urnes. « Ces élections seront meilleures que les dernières. Cette fois les élections ne sont pas basées sur le communautarisme. Avant les partis étaient chiites d’un côté, sunnites de l’autre et kurdes. Maintenant, il y a des listes communes. J’espère qu’un candidat qui ne fera pas de différence entre sunnite, chiite ou kurde sera élu », confie-t-il. 
 
Qui de l’Alliance pour l’état de droit du Premier ministre chiite Nouri al-Maliki ou de l'Alliance nationale de l'ancien Premier ministre chiite Iyad Allaoui - pour ne citer que les deux grandes formations - l’emportera ? Difficile de trancher. Quoi qu'il en soit, le vainqueur sera forcé de former une coalition.
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Type de scrutin du 7 mars 2010 : proportionnel

Quelque 6 218 candidats dont 1 801 femmes briguent 325 sièges.

Quatre-vingt-six listes sont en compétition. 

Les électeurs doivent choisir une liste et un candidat de la liste.

Les alliances en lice pour les législatives irakiennes

L’ETAT DE DROIT (EDD) - alliance mise sur pied par le Premier ministre chiite Nouri al-Maliki autour de son parti islamiste Daoua et d'autres mouvements, dont certains qui sont dirigés par des chefs tribaux sunnites, des Kurdes chiites, des chrétiens et des indépendants.  L'Etat de droit se veut non confessionnel et compte recueillir les fruits du recul de l'insécurité depuis deux ans en Irak, mais la récente recrudescence des attentats, notamment à Bagdad, pourrait remettre en cause cet espoir. L'alliance conduite par al-Maliki pourrait aussi pâtir de son implication dans les démarches pour rendre inéligibles certains candidats sunnites soupçonnés de liens avec l'ancien régime baassiste de Saddam Hussein. L'Etat de droit a été le grand vainqueur des élections provinciales de janvier 2009 après avoir fait campagne sur le thème de la sécurité et d'un Etat central fort. 

L'ALLIANCE NATIONALE IRAKIENNE (ANI) - L'ANI est la principale coalition à dominante chiite. Elle réunit le Conseil suprême islamique irakien (CSII), le plus
puissant parti de cette communauté religieuse majoritaire en Irak, les militants chiites anti-américains fidèles à l'imam radical Moqtada Sadr, le mouvement Fadhila implanté à Bassorah, le dirigeant Ahmed Chalabi, ex-poulain des Etats-Unis avant l'invasion de 2003, et un poignée de personnalités sunnites. L'ANI est le principal adversaire électoral de l'Etat de droit. Si aucune des deux formations n'est en mesure de former seule un gouvernement, ce qui est probable, elles pourraient constituer une coalition.
 
LA COALITION KURDE est dominée par les deux mouvements nationalistes rivaux qui contrôlent le Kurdistan autonome: le Parti démocratique kurde (PDK) du président de la région, Massoud Barzani, et l'Union patriotique du Kurdistan (UPK) du président irakien Jalal Talabani. L'emprise sur le Kurdistan de ces deux mouvements pro-occidentaux a toutefois été entamée par le bloc réformiste Changement, qui a réalisé une bonne performance lors des élections provinciales, l'an dernier, et se présente seul cette fois aux élections nationales. Les Kurdes jouent le rôle d'arbitre au Parlement de Bagdad depuis l'invasion de 2003 et il est probable qu'ils conserveront assez d'influence dans la nouvelle législature pour participer encore à la coalition au pouvoir.
 
IRAKIA est une alliance laïque et nationaliste co-dirigée par le vice-président sunnite Tarek al6Hachémi, l'ancien Premier ministre chiite Iyad Allaoui, et l'homme politique sunnite en vue Saleh al Moutlak. Irakia a souffert des démarches de l'ancienne commission de « débaassification » pour faire déclarer Moutlak et d'autres candidats de cette alliance inéligibiles en raison de leurs liens supposés avec l'ancien régime. Elle devrait néanmoins réaliser un bon score.
 
UNITE DE L'IRAK (UDI) - Cette alliance laïque réunit le ministre de l'Intérieur
Djaouad al-Bolani, un chiite, Ahmed Abou Richa, un chef de tribu sunnite de la province occidentale d'Anbar et un responsable des biens religieux sunnites, Ahmed Abdoul Ghafour al Samaraï. Comme Irakia, cette alliance a été affectée par le grand nombre de ses candidats jugés inéligibles en raison de leurs liens supposés avec le Baas interdit.
   
LES CHEFS TRIBAUX - Les chefs tribaux forment une force politique notable mais n'ont pas constitué de front uni. Ils sont courtisés par les principaux partis et devraient rallier pour la plupart les blocs existants avant ou après les élections.
 
LE FRONT DE LA CONCORDE (FDC) - Cette coalition, premier mouvement sunnite après les élections de 2005, a subi depuis de nombreuses défections. Elle réunit aujourd'hui le Parti islamique irakien et certains chefs tribaux. Le FDC, qui compte parmi ses dirigeants le président du Parlement, Ayad al-Samaraï, devrait perdre des sièges en raison des divisions au sein de l'électorat sunnite.
   
MINORITÉS - Là où elles ne prédominent pas, les petites minorités irakiennes, notamment turkmène, chrétienne, yazidie et sabéenne, entre autres, s'allieront probablement aux listes électorales plus importantes.
 
(AFP : Souadad al Salhi et bureau de Bagdad, version française Marc Delteil)

 

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