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50 ans de politiques d'éducation en Afrique francophone

En 1960, 39% des enfants d’Afrique francophone étaient scolarisés à l’école primaire, contre en moyenne 60 % aujourd’hui. Depuis les indépendances, les États ont réussi à développer l’offre éducative, pourtant il reste difficile d’apprendre et d’enseigner de Dakar à Kinshasa. L’éducation est l’un des enjeux majeurs du continent : aujourd’hui en Afrique, 41 % de la population a moins de 15 ans.
Les contextes éducatifs diffèrent énormément selon les pays et même à l’intérieur d’entre eux, selon les aires géographiques, les zones rurales et urbaines, les niveaux de scolarité ou le sexe des élèves. Certaines données structurelles ou économiques concernent l’ensemble des pays francophones et permettent de dégager des problématiques communes.
Du soutien à l’austérité
À l’époque des indépendances les nouveaux leaders ont souvent misé sur l’émancipation de la jeunesse. Dans les années 60/70, l’éducation a bénéficié de politiques volontaristes de soutien. Des bourses étaient attribuées aux élèves, les manuels scolaires souvent prêtés par les établissements et le métier d’enseignant bénéficiait d’un certain prestige.
À cette période, certains penseurs de l’éducation comme le professeur burkinabé Joseph Ki-Zerbo souhaitaient «décoloniser l’éducation» et réfléchir à des modes éducatifs endogènes, qui valoriseraient les cultures africaines pour rompre définitivement avec les schémas de l’école coloniale. Joseph Ki-Zerbo prônait une démocratisation globale de l’éducation, tous niveaux confondus – de l’école primaire à l’université, et le développement de l’enseignement en langues locales. En témoigne son étude pour le compte de l’Unesco, Éduquer ou Périr, qui aurait directement influencé la réforme éducative de 1979 au Burkina Faso.
Mais dans le courant des années 80, les politiques d’ajustements structurels de la Banque Mondiale et du FMI ont incité les états africains à limiter leurs dépenses publiques. Le secteur de l’éducation en a fait durablement les frais : les recrutements de professeurs titulaires ont été freinés voire gelés, leurs conditions salariales se sont se dégradées alors que les effectifs des classes n’ont cessé d’augmenter.
Selon l’UNESCO, les dépenses en matière d’éducation publique représentaient en 1980 3,8 % du PIB des états d’Afrique sub-saharienne francophone, contre 3,1 % en 1988... Contrairement aux espoirs soulevés par la conférence de Jomtien (1990) puis par le Forum de Dakar (2000) les objectifs de l’Éducation pour tous -un cycle complet d’éducation de base par enfant, l’accroissement des niveaux d’alphabétisation de 50% et l’équité entre les sexes dans l’éducation à l’horizon 2015 - semblent d’ores et déjà irréalisables.
Des conditions pénibles
En effet, plusieurs obstacles freinent encore le développement d’une éducation équitable et de qualité. En faisant le choix de la gratuité, des pays comme le Bénin, le Sénégal ou la République démocratique du Congo (pour les anglophones, le Kenya et la Tanzanie) ont réussi à accroître fortement leur taux de scolarisation ces dernières années.
Dans les pays où la scolarité est payante, envoyer tous les enfants de la famille à l’école s’avère souvent trop onéreux. Pourtant, l’explosion démographique entraîne une augmentation régulière du nombre d’enfants par classe depuis cinquante ans.
Aujourd’hui, les effectifs de 60 élèves en milieu urbain sont devenus une moyenne, tandis qu’en milieu rural plus de 100 enfants peuvent écouter la leçon d’un seul professeur.
La langue d’enseignement forme aussi une barrière difficilement franchissable.
Dans la plupart des pays francophones, souvent composés d’aires linguistiques multiples, l’enseignement se fait majoritairement en français. Mais beaucoup d’enfants ou de jeunes maîtrisent mal la langue de l’ancienne puissance, qu’ils ne parlent pas nécessairement chez eux.
Le manque de matériel éducatif complique conjointement l’enseignement et l’apprentissage : peu d’élèves possèdent des livres et les bibliothèques sont rares. Internet permet de pallier certains manques, mais toutes les régions d’Afrique ne sont pas encore connectées… Ces différents facteurs rendent l’apprentissage difficile : de plus en plus d’élèves sortent de leur cycle primaire sont avoir acquis l’apprentissage de base. Enfin, les filles sont encore sous-représentées à tous les niveaux de la scolarité, malgré des progrès notables depuis le début des années 90.
Proportionnellement à l’accroissement de l’offre éducative, le phénomène de pénurie des professeurs, commun à toute l’Afrique sub-saharienne n’a cessé de s’aggraver. Le métier d’enseignant s’est précarisé ces 20 dernières années et beaucoup de jeunes diplômés s’en détournent pour privilégier une carrière dans le secteur privé. La formation des professeurs pose également problème : face à la pénurie d’enseignants, dans certains zones on recrute des enseignants vacataires ou volontaires, après le bac ou le BEPC (appelés aussi «auxilliaires communautaires»).
Parents pauvres
Enfin, l’éducation secondaire et l’université sont les parents pauvres de l’éducation.
Les effectifs des amphithéâtres d’université ont explosé ces dernières années. À titre d’exemple, l’université Cheikh Anta Diop de Dakar accueillait 27 000 étudiants en 2000, contre 56 620 en 2008. Pour beaucoup d’entre elles, il est très difficile de faire face à cet afflux d’étudiants.
Dans ces conditions, souvent calamiteuses, beaucoup de professeurs d’université préfèrent enseigner à l’étranger (États-Unis, Maroc, Angleterre), plutôt que dans leurs pays respectifs. Les étudiants suivent la même logique et ceux qui ont les moyens étudient à l’étranger. L’émigration vers la France devient de plus en plus compliquée, les jeunes se tournent donc davantage vers les universités anglophones d’Afrique, d’Europe ou d’Amérique.
La majorité des étudiants africains suit cependant son cursus dans la sous-région, dans des amphithéâtres surchargés, en espérant qu’un conflit social ou politique ne viendra pas «blanchir» leur année universitaire. Triste ironie de l’histoire, quand on sait qu’au XIIIè la ville de Tombouctou, véritable capitale intellectuelle africaine, attirait 25 000 étudiants dans près de 180 écoles et universités, où l’on apprenait le droit, l’astronomie, la musique ou les mathématiques.

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Commentaires (4)
Revenu petrolier et Education
Les revenus petroliers dans certains pays peuvent aider a resoudre la plupart des problemes de l'education nationale. C'est une question de leadership qui se pose en ce moment.
taux de scolarisation en 1960
Ayant retrouvé les statistiques relatives à cette période, je vous confirme que le taux de 39 % est exagérément élevé.
Très cordialement.
Pierre D.
Demande de financement
Bonjour,
Je m'appelle MOUNODJI NGARHOIRA, j'ai 28 ans de nationalité tchadienne. Suis actuellement Assistant Administrateur chez Médecins du Monde France Mission Tchad.
Je voudrai avoir plus d'information sur la procédure de financement. Car, je viens d'etre admis à Bioforce Intitut Développement Lyon en France et suis à la recherche de financement pour suivre cette formation.
Merci pour tout aide que vous pourriez m'apporter.
Coordiallement,
Mounodji
Cher internaute, voici un
Cher internaute,
voici un extrait d'un document émanant du département d'information des Nations unies :
Merci de nous faire partager votre information sur le pourcentage de scolarisation en Afrique dans les années 1960. Sans oublier de nous citer la source.
"Une autre raison tient au fait que l'Afrique ne s'est mise que fort récemment à construire des écoles modernes -- distinctes des formes traditionnelles d'éducation -- lentement durant la période coloniale, et plus sérieusement après l'indépendance, dans les années 1960. A cette époque, le taux brut de scolarisation dans les écoles primaires d'Afrique subsaharienne (tous les élèves inscrits à l'école primaire, y compris les écoliers plus jeunes ou plus âgés, en pourcentage du groupe d'âge correspondant au niveau primaire) n'était que de 39 %, contre 67 % en Asie et 73 % en Amérique latine."
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