La relance du nucléaire civil
La Conférence internationale sur l’accès à l’énergie nucléaire civile s’est ouverte le 8 mars 2010, au siège de l'Organisation de coopération et de développement économique à Paris. Organisée par l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), cette réunion a pour objectif de promouvoir l’usage pacifique de l’atome sur toute la planète.
Le président français a accueilli, ce lundi 8 mars 2010 à Paris, en présence du nouveau directeur général de l’AIEA, le Japonais Yukiya Amano, une soixantaine de pays souhaitant recourir à l’énergie nucléaire. La Syrie était présente aux côtés d’Israël, de la Chine, de la Russie, du Brésil ou bien encore des Etats-Unis. En revanche, l’Iran et la Corée du Nord qui ont violé leurs obligations internationales, n’ont pas été conviés à cette grande messe du nucléaire civil. Selon l’AIEA, une soixantaine d’Etats dans le monde envisagent de développer l’électricité nucléaire. Le but de cette conférence est de créer une plate forme de discussion entre les pays qui souhaitent acquérir du nucléaire civil et ceux qui détiennent cette technologie.
Après 25 ans de gel des investissements à la suite des accidents de Three Mile Island en 1979 et surtout de Tchernobyl en 1986, le nucléaire civil semble connaître un second souffle. Pour répondre aux besoins énergétiques croissants et à la lutte contre le réchauffement climatique, la renaissance du nucléaire est en marche. Le nucléaire représente aujourd’hui 16% de la production électrique. Et en 2050, cette part pourrait s’élever à 22%. Cette énergie est globalement compétitive par rapport aux autres sources. L'électricité qui sort d'un EPR, le réacteur de troisième génération, est de 30% à 50% moins chère que l'électricité qui provient d'une centrale à gaz ou au charbon.
Le nucléaire civil, une priorité pour les Etats-Unis
Selon la World Nuclear Association, plus de 450 nouveaux réacteurs devraient être construits dans le monde d'ici à 2030, soit un marché de plusieurs centaines de milliards de dollars. Dernier exemple en date : les Etats-Unis. Contrairement à son prédécesseur George Bush, Barack Obama a fait du nucléaire civil une priorité. Le président américain a annoncé, le mois dernier, une enveloppe de 54 milliards de dollars de prêts pour la construction de nouvelles centrales. Les pays émergents s’activent également. En tête, on retrouve les deux géants asiatiques, la Chine et l’Inde, boulimique d’énergie pour les besoins de leur économie. Pékin devrait ainsi se doter de 20 à 30 réacteurs supplémentaires.
Il y a également ce que l'AIEA appelle « les nouveaux arrivants ». Parmi lesquels, on trouve principalement des pays arabes. L’Algérie, l’Egypte, le Maroc, l’Arabie Saoudite, la Tunisie et les Emirats arabes unis, cherchent à construire des centrales. Quatre autres pays du Conseil de coopération du Golfe –Bahrein, le Koweit, Oman et le Qatar, leur ont emboîté le pas.
De gros investissements
Mais la difficulté du nucléaire est qu’il impose de très gros investissements. Technologie complexe, ce type d’énergie a besoin d’une infrastructure de pointe. Ce qui implique des investissements étalés sur une période de 10 à 15 ans. Selon l’AIEA, construire une centrale coûte près de 3 milliards d’euros. Or les risques sont nombreux dans ce type de projets, entre les délais de certification des réacteurs, les chantiers de construction sans parler du coût du stockage des déchets radioactifs. C’est d’ailleurs en raison du prix que la France a perdu, l’an dernier, un contrat de 20 milliards de dollars pour la construction de quatre réacteurs aux Emirats arabes anis, au profit de la Corée du Sud. Abu Dhabi a écarté l’EPR français pour lui préférer le réacteur coréen, moins puissant, moins avancé technologiquement mais surtout moins coûteux.
La concurrence est rude pour les grands acteurs de cette filière. En décembre 2006, le français Areva s'est fait souffler par son concurrent Westinghouse, contrôlé par le Japonais Toshiba, un contrat de près de 8 milliards de dollars pour la livraison de quatre centrales en Chine. Et les deux grands rivaux sont également en concurrence en Inde, un pays qui souhaite doubler sa capacité d'ici 2030 en construisant 17 nouveaux réacteurs. Outre les pays émergents, les deux groupes concurrents se disputent également le marché des Etats-Unis. L'objectif d'Areva est d’y construire quatre réacteurs EPR, mais aussi de se positionner sur le marché de la maintenance et du recyclage des combustibles usés, secteur où le groupe français est leader mondial.
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