Catherine Ashton : le Service d’Action extérieure, «un levier pour l’Europe»
A l’occasion de ses cent premiers jours au poste de haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères, Catherine Ashton évoque, au micro de RFI, les dossiers prioritaires de la politique extérieure de l’Union.
RFI : Vous occupez votre poste depuis cent jours. Quel est, selon vous, votre plus grand succès durant cette période ? Et, en ce qui concerne les critiques que vous avez subies, lesquelles sont, à votre sens, justifiées, et lesquelles vous semblent inutilement blessantes ?
Catherine Ashton : Tout d’abord, il s’agit de cent jours en tant que Haute représentante (pour les Affaires étrangères et la Sécurité), car la nouvelle Commission (européenne) vient seulement d’être nommée. Elle n’existe que depuis un mois. Je pense donc que le plus grand succès est pour moi d’avoir défini et établi mes priorités : le Service d’Action extérieure, le travail que nous faisons sur notre voisinage et nos partenariats stratégiques. Et puis, j’ai commencé à démontrer l’importance de ces dossiers par mon travail. Ainsi, les premiers documents sur le Service (d’Action Extérieure) ont été adoptés, les premières visites chez nos voisins ont été effectuées afin de s’assurer qu’un dialogue approprié s’est installé entre nous, et la construction de partenariats stratégiques – tellement importante – continue. Tout cela est déjà en cours et je crois que le démarrage de la nouvelle institution est un succès.
Quant aux critiques à mon égard… C’est compréhensible, les gens ont des points de vue différents sur ce que devrait être mon travail. Et je l’apprécie. Je ne peux pas être en deux endroits différents à la fois. Pour une invitation que j’accepte, je refuse plusieurs autres. C’est la nature même de ce métier. Je ne considère donc pas ces critiques comme blessantes. Ce que les gens disent n’est parfois tout simplement pas vrai. Donc, j’aimerais bien qu’ils ne le fassent pas.
RFI : Parmi les nombreuses priorités de la diplomatie européenne, quelles sont les trois que vous citeriez comme les plus importantes ?
C.A. : Je pense que c’est avant tout la construction de ce nouveau Service. Nous sommes en train de créer le Service d’Action extérieure qui va devenir, sur le terrain, un soutien et un levier pour l’Europe. Ce qui veut dire un soutien pour les institutions – la Commission, le Conseil et le Parlement européens – mais aussi une garantie que le travail que nous faisons ensemble soit incarné et relayé par nos représentants sur le terrain. En deuxième lieu, notre voisinage. Regardez le travail que nous avons fait avec le nouveau président de l’Ukraine pour l’aider à avancer sur quelques problèmes économiques, difficiles pour lui, mais aussi pour nous. Regardez les Balkans occidentaux, où nous travaillons avec ces pays pour les amener tous à l’Europe. Je pense que cela compte beaucoup. Enfin, ce que nous appelons les grandes relations : avec les Américains – une relation à laquelle je pense beaucoup – mais aussi avec la Russie, le Brésil, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Ces pays sont très importants stratégiquement, bien qu’il y en ait d’autres qui soient également importants.
RFI : Pourquoi êtes-vous allée si tard en Haïti ?
C.A. : Parce que c’était cela que je devais faire. Ce qui est intéressant, c’est que quand je suis allée en Haïti la semaine dernière, tout le monde me remerciait de ne pas être venue plus tôt au risque de causer des embouteillages sur les routes en rendant la diffusion de l’aide plus difficile. J’y suis allée car mon métier, c’est l’évaluation de ce que nous pouvons faire pour ce pays à long terme. Je suis totalement certaine d’avoir pris la bonne décision. Le plus important, c’est que le peuple d’Haïti s’en sorte.
RFI : Quelles impressions emportez-vous d'Haïti ?
C.A. : Bon, évidemment Haïti souffre de problèmes sévères. Quand vous parcourez le pays, vous voyez le degré de dévastation, vous voyez des tas de ruines, vous voyez les restes des habitations, des magasins, des immeubles, des écoles – et vous n’avez aucun doute que cela prendra beaucoup de temps à reconstruire tout cela. Mais vous voyez aussi les débuts d’un formidable travail qui est en train d’être effectué par l’Europe. Vous voyez les efforts conjoints des civils et des militaires, des associations, des volontaires, des infirmières et des médecins. Ils travaillent tous ensemble en essayant d’apporter le soutien nécessaire.
RFI : Vos prochains défis dans votre activité courante sont vos visites au Proche-Orient et en Russie. Comment les préparez-vous, quels sont vos objectifs ?
C.A. : Le voyage au Proche-Orient est très important. Je vais visiter les pays voisins de la Palestine et d’Israël, mais évidemment aussi ces deux pays eux-mêmes. Cela me donne une occasion de parler avec tous et de promouvoir la nécessité d’avancer dans le cadre des entretiens de proximité, ainsi que de promouvoir ce que George Mitchell est déjà en train de faire sur place. Et après, je vais aller à Moscou. Ce sera dans le cadre du même voyage, car mes entretiens avec le Quartet vont permettre de discuter et d’avancer sur les mêmes sujets.
Propos recueillis par Piotr Moszynski

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