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Article publié le : lundi 15 mars 2010 - Dernière modification le : mardi 16 mars 2010

Croatie : peut-on tout miser sur le tourisme ?

Le chantier naval de Pula
Le chantier naval de Pula
Laurent Geslin

Par Jean-Arnault Dérens

La Croatie possède une très longue façade maritime, qui attire chaque année des millions de touristes de toute l’Europe. Le pays possède pourtant une tradition maritime aujourd’hui mise à mal. Les travailleurs des chantiers navals – en cours de privatisation – sont en grève et beaucoup d’habitants du littoral sont convaincus que le pays ne peut pas vivre seulement du tourisme.

 

Depuis l’indépendance de la Croatie, le pays a perdu l’essentiel de sa flotte marchande. « En 1991, les 25 bateaux de la compagnie de navigation de notre ville, la Slobodna Plovidba, sont passés sous pavillon de complaisance, pour ne pas rester sous pavillon yougoslave, alors que le pavillon croate n’était pas encore reconnu », explique le vice-maire de Sibenik, lui-même ancien capitaine. « Ensuite, ces bateaux ont été revendus par des amis du régime, nul ne sait qui a empoché l’argent. Les privatisations ont été un immense vol effectué au détriment du pays et de ses citoyens ».
 
Marquée par les combats avec les sécessionnistes serbes, en 1991, la ville de Sibenik a longtemps été un bastion du HDZ, le parti nationaliste croate. Une coalition de gauche a cependant emporté la mairie au printemps dernier. La relance de l’économie locale est la priorité de la nouvelle équipe, mais le développement de la ville ne peut pas reposer uniquement sur le tourisme. « Regardez les commerces du centre : un sur deux est fermé », s’indigne Josip, le gérant d’un petit bar. « Tout repose aujourd’hui sur les deux mois de la courte saison touristique, mais cela ne peut pas suffire à faire vivre notre ville ».
 

Ouvriers sur la chantier naval de Pula.
Laurent Geslin

Depuis la fin du mois de février, les chantiers navals de Croatie sont en grève. Les chantiers de Pula, Rijeka, Kraljevica, Trogir et Split ont été épargnés par les privatisations mafieuses des années 1990. Alors que la Croatie se rapproche de l’intégration européenne, Bruxelles exige l’ouverture de ce marché à la concurrence. Après l’échec d’un premier appel d’offres, un second s’est ouvert le 15 février. Tous les chantiers sont mis en vente au prix symbolique d’une kuna (0,15 euros), mais les repreneurs éventuels doivent s’engager à assumer 40% des dettes.
 
Seuls les chantiers de Pula, en Istrie, sont mis à prix pour 370 000 kuna (environ 50.000 euros). Pourtant, ces chantiers sont largement bénéficiaires et ont encore six navires sur leur carnet de commandes. Gino Sverko, le président du syndicat des chantiers de Pula, explique que son organisation ne s’oppose pas par principe à la privatisation, mais entend soumettre de strictes conditions sociales à tout éventuel repreneur. « Les chantiers employaient près de 10 000 personnes il y a vingt ans. Aujourd’hui, nous sommes encore 3 000, et chaque emploi direct sur les chantiers représente quatre emplois induits. Cela signifie que 12 000 personnes vivent de la construction navale à Pula, une ville de 65 000 habitants ».
 
L’enjeu ne se limite pas aux emplois. Tout le front de mer de Pula est occupé par les chantiers. Or, nul ne sait à qui appartiennent les terrains, qui ne sont pas formellement notifiés dans l’appel d’offres. On imagine l’intérêt que des promoteurs immobiliers pourraient y trouver.
 

Un dragueur commandé par l’émirat de Dubaï est en cours de construction : « c’est un prototype unique, nous avons un savoir-faire mondialement reconnu », souligne Gino Sverko qui est lui aussi convaincu que la Croatie ne peut pas baser tout son développement sur le tourisme.

 

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tags: Croatie - Industrie - Tourisme
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