Vis en Croatie : l’île des plus grands pêcheurs de l’Adriatique

L’île de Vis est l’une des mieux préservées du littoral dalmate. Jusqu’au début des années 1990, cette base de la marine yougoslave était interdite d’accès aux touristes étrangers, ce qui l’a préservée de l’invasion touristique. Pêcheurs réputés, les habitants de l’île essaient de préserver leurs traditions et leur patrimoine maritime.
L’île de Vis est un petit monde, aimanté par deux pôles, le port de Vis et celui de Komiza. Ce dernier ne compte guère plus d’un millier d’habitants, mais depuis des décennies, des milliers de pêcheurs originaires de Komiza sont partis s’installer aux USA. « Les gens de Komiza ont révolutionné le monde de la pêche en Californie. Ils ont créé les plus grandes conserveries de San Diego », explique Dinko Bozanic, un jeune homme passionnément attaché à son île, qui enseigne le cinéma à l’Académie de Split, sur la côte, mais revient chaque semaine à Vis pour naviguer, pêcher et s’occuper de ses vignes. Avec son père, il produit en effet un somptueux vin rouge. Dinko milite activement pour un tourisme durable : « nous n’avons pas besoin de discothèques ou de nouveaux hôtels, il y en a déjà suffisamment en Croatie. Nous voulons accueillir comme des amis des touristes prêts à découvrir notre culture et nos traditions ».
La famille de Dinko est à l’origine du projet de restauration d’un vieux gréement, la Gajeta Falkusa Lisboa. « La Gajeta Falkusa est le bateau typique de Komiza », explique-t-il. Cette embarcation non pontée d’une dizaine de mètres, gréée d’une voile latine et d’un foc sur bout dehors, peut porter jusqu’à 90 m2 de toile. Les Gajeta Falkusa partaient pêcher la sardine dans les îlots de Palagruza, au milieu de l’Adriatique, à mi-distance entre les côtes croates et italiennes. « C’était de véritables régates, encore au début du XIXe siècle », explique Voji, un vieux marin qui sert maintenant de guide au petit musée de la pêche. « Une centaine de bateaux partaient pour Palagruza, à 42 milles. Il fallait 5 heures à la voile, ou une grosse journée à l’aviron s’il n’y avait pas de vent. La course avait une motivation économique : les premiers arrivés prenaient les meilleurs emplacements de pêche. Les bateaux partaient aussi ensemble pour échapper aux pirates qui venaient du sud de l’Adriatique, principalement des côtes monténégrines ou albanaises ».
Presque toutes les Gajeta Falkusa ont disparu, car la tradition voulait que les vieux bateaux soient brûlés devant l’église de Saint-Nicolas le 6 décembre. La Gajeta Falkusa Lisboa, restaurée il y a une dizaine d’années, a participé à de nombreux rassemblements de vieux gréements, notamment à Brest, en 2000, 2004 et 2008, ranimant la fierté des vieux pêcheurs de Komiza.
Aujourd’hui, le port de Komiza abrite encore plus d’une centaine de bateaux de pêche, mais la concurrence est rude et le poisson se fait rare, en raison de la surpêche et de la pollution en Adriatique. Les habitants de l’île de Vis restent pourtant attachés à un mode de vie basé sur la mer et ne veulent pas que l’économie de leur île repose uniquement sur le tourisme.

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