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    Afrique

    Afrique francophone : guerre des langues ou cohabitation solidaire ?

    media Bénin. Alibori. "Les élèves inscrits à l'école de la Madone doivent avoir une bonne conduite, bien écrire et bien parler la langue de Molière". (CC) Felix Krohn/Flickr

    Imposée par la colonisation, la langue de Molière a réuni un grand nombre d' Etats africains,  au sein de la communauté francophone, après les indépendances. Pour autant,  le Français n’est pas la langue maternelle ni même d’usage de tous les peuples appartenant à un espace francophone multilingue. Comment gérer cette cohabitation linguistique, dont l’enjeu n’est pas seulement culturel et éducatif, mais aussi économique et politique ?

    «La coexistence entre le français et les langues africaines, née de l’Histoire, ne doit pas se vivre en termes de conflit ou de "guerre des langues", mais bien en termes de solidarité et de complémentarité», a déclaré un jour Rakissouiligri Mathieu Ouedraogo, alors ministre de l’Enseignement de base et de l’alphabétisation du Burkina Faso.

    La grande richesse des langues nationales

    Afrique de l'OIF
    Cliquez pour agrandir.

    Le français n’est la langue maternelle d’une part importante de la population que dans un petit nombre de pays (France, Monaco, et dans une moindre mesure Belgique, Canada, Suisse). Aussi dans nombre d’États membres de la Francophonie, en Afrique particulièrement, le français cohabite-t-il avec les langues locales dont certaines peuvent être qualifiées, en raison de leur importance véhiculaire et/ou du nombre de leurs locuteurs, de nationales par les textes officiels.

    Au Sénégal par exemple, selon la Constitution de 2001, la langue officielle est le français et «les langues nationales sont le diola, le malinké, le pular, le sérère, le soninké, le wolof et toute autre langue nationale qui sera codifiée». 

    À Sao Tome et Principe, la langue officielle est le portugais, les créoles santoméen et principéen sont langues nationales.

    Au Cameroun, entre 200 et 300 langues ont été identifiées ; les principales langues véhiculaires sont le foulfouldé (peul), en usage au Nord, le béti et le bassa dans le Centre-sud, le boulou et le pidgin-english (créole d’anglais africanisé) dans l’Ouest et sur le littoral. On utilise aussi l’ewondo dans la région de Yaoundé et le douala sur la côte. Même si le français et l’anglais sont reconnus officiellement à égalité, la balance penche en faveur du français, d’autant que Yaoundé, la capitale politique, et Douala, la capitale économique, sont situées en zone francophone.

    La démocratie au cœur de la cohabitation linguistique

    Délégation générale de la langue française et des langues de France. Spécial 40 ans OIF. © DGLFLF

    Favoriser le plurilinguisme au sein de l’espace francophone par le développement équilibré du français et des langues partenaires n’est pas seulement une question de respect de la diversité culturelle et linguistique, mais constitue aussi un enjeu de développement économique et de démocratie.

    «Comment assurer, s’interroge Robert Chaudenson, coordonnateur du réseau Observation du français et des langues nationales de l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF), à une majorité de citoyens qui ne parlent pas la langue officielle de l’État, non seulement les droits civiques mais aussi et surtout les droits à l’information, à l’éducation, au travail, à la santé que leur garantit pourtant la Déclaration des droits de l’homme de 1948, signée par l’État dont ils sont les ressortissants ? »

    Si la maîtrise de la langue française constitue une clé essentielle pour l’accès au savoir, au développement et à la démocratie dans les pays qui l’ont choisie comme langue officielle, là où le français cohabite avec d’autres langues maternelles, une alphabétisation ignorant ces dernières (et l’influence qu’elles exercent sur les capacités d’apprentissage des élèves) serait vouée à l’échec.

    Langue seconde ou langue étrangère ?

    Là où le français a un statut de langue officielle, co-officielle ou est utilisé comme langue administrative, il est enseigné comme langue seconde, dès le primaire, à des élèves qui ont une langue locale comme langue maternelle, première. C’est le cas des pays d’Afrique sub-saharienne anciennes colonies de la France.

    Dossier 50 ans Indépendances

    Le français langue seconde est souvent en même temps langue d’enseignement, particulièrement dans le supérieur. Dans les pays où le français n’a pas de statut ou de rôle officiel, il est enseigné comme langue étrangère.

    Là où le français, langue d’enseignement, voisine avec les langues maternelles des élèves, l'Organisation internationale de la francophonie (OIF) favorise la prise en compte dans les systèmes éducatifs africains d’une articulation entre ces langues et le français. Les ministres de l’Éducation d’Afrique subsaharienne francophone, réunis à Libreville (Gabon) en mars 2003, tout en reconnaissant la nécessité d’une «langue française fonctionnelle, forte et puissante», ont en effet affirmé qu’il était impératif d’établir un partage des rôles avec les langues nationales pour atteindre l’efficacité pédagogique.

    La promotion du français auprès des Africains non francophones

    En Afrique, un projet de relance du français cherche à renforcer le français au sein de la Commission africaine et d’organisations comme l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad, selon son acronyme en anglais), la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), le Marché commun d’Afrique orientale et australe (Comesa) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) ainsi que le secrétariat, à Bruxelles, du Groupe des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Les axes d’intervention dans ces organisations visent les non-francophones : formation intensive à la langue française, cours annuels sur place, stages intensifs en milieu francophone soit en Afrique même soit en France.

    La Francophonie travaille aussi avec une dizaine de ministères des Affaires étrangères, dont celui d’Afrique du Sud qui a demandé, depuis le début, une véritable coopération en la matière et a fait du chinois et du français deux langues étrangères à apprendre. Le Nigeria, l’Éthiopie et la Tanzanie sont également sur les rangs.
     


    La francisation totale, un frein à l’éducation pour tous

    Car il est désormais admis que la politique de francisation totale issue de l’aventure coloniale a été un frein à l’éducation pour tous. Le dysfonctionnement linguistique entre le milieu familial de l’enfant et l’école est tel que la scolarisation produit des élèves désorientés, sans fondement culturel. Valoriser les langues nationales en enseignant mieux le français, tel est le but de l’éducation bilingue qui reste cependant encore expérimentale dans la plupart des pays.

    Le saviez-vous ?

    Le Congo belge est le 1er pays africain à avoir ouvert des écoles bilingues, en 1922.

    Une expérimentation d’écoles bilingues français-langue nationale a ainsi été conduite au Burkina Faso (voir détails).

    Le taux de succès des élèves des écoles bilingues après cinq ans de scolarité était de 94,59%, contre 73,73% pour les élèves des écoles classiques qui avaient six ans de scolarité (chiffres 2004). En prime, le taux de réussite des filles est plus élevé dans le système bilingue, 90,36% contre 65,36% dans le classique.

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    Source : L’Atlas mondial de la francophonie, par Ariane Poissonnier et Gérard Sournia, cartographie de Fabrice Le Goff, Collection Mini Atlas. Autrement/RFI.

     

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