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Musée d’Orsay/Justice - 
Article publié le : vendredi 19 mars 2010 - Dernière modification le : vendredi 19 mars 2010

« Crime et châtiment » infligés au Musée d’Orsay

"Etude de pieds et de mains" (1818-1819), de Théodore Géricault
"Etude de pieds et de mains" (1818-1819), de Théodore Géricault
Musée Fabre Montpellier Agglomération/Photo Frédéric Jaulmes

Par Siegfried Forster

L’exposition explore le regard fasciné des artistes sur le crime et questionne la réalité troublante de l’homme criminel et de la société punitive. De l’introduction de la guillotine à la Révolution française jusqu’à la Seconde Guerre mondiale: 457 dessins, tableaux, sculptures de Goya, Géricault, Delacroix, Moreau, Munch, Dix, Picasso, Warhol… mais aussi des têtes coupées et des crânes phrénologiques. Jusqu’au 27 juin 2010 au musée d'Orsay.

Dès le début de l’exposition le ton est donné ! Les visiteurs sont dirigés vers la guillotine, la vraie. La machine en bois se dresse dans l’espace sur trois mètres, à peine cachée derrière un voile noir. Le macabre collier en forme de cercle qui enfermait le cou du condamné nous coupe encore le souffle. La lame a été en service jusqu’en 1977 et a tranché des têtes au nom de la République. La France abolit la peine de mort en 1981 à l’initiative de l’ancien Garde des Sceaux Robert Badinter ; c’est lui qui a imaginé l’exposition : « La guillotine, transformée en objet de musée ! On ne peut pas rêver un symbole plus éclatant de l’abolition de la peine de mort ».

L’idée très étrange de dangerosité

"Obsession n°1" (vers 1870), anonyme
RNM/Hervé Lewandowski

Trente ans plus tard la guillotine trouve pour la première fois sa place dans une exposition d’art, conçue par Jean Clair, commissaire de l’exposition. Pour lui, la question du « Crime et châtiment » reste résolument actuelle: « C’est aussi une exposition qu’on a décidé pour poser un certain problème face à une situation d’aujourd’hui, tout-à-fait contemporaine. A la fois sur le statut du criminel, sur le statut du crime, sur la judiciarisation, sur la médicalisation du crime et aussi sur le fait que des lois seraient éventuellement en préparation sur l’idée très étrange de dangerosité des individus. Comme si on pouvait mesurer chez les individus un taux de dangerosité dès les premiers moments de leur existence et les mettre dans un fichier anthropométrique. »

Tu ne tueras point

"Lady Macbeth somnanbule" (vers 1784) de Johann Heinrich Füssli
RNM/Hervé Lewandowski

Toutefois, l’approche reste historique et illustrative : le grand peintre académique Alexandre Cabanel nous montre le « Paradis perdu », l’anglais William Blake nous effraie avec « Le Blasphémateur » lapidé, le peintre britannique d’origine suisse Johann Heinrich Füssli brandit « La punition des voleurs », l’artiste dauphinois Jean-Baptiste Augustin Nemoz révèle la bête humaine « Avant le crime ». Au-dessus de tous ces crimes se trouve un tableau où s’inscrit le Sixième Commandement : « Tu ne tueras point », suivi de l’explication - qui tue : « Les crimes fondateurs de l’humanité : infanticide, parricide, fratricide, régicide, déicide, génocide ». Et le visiteur se demande : sans crime pas de l’humanité ? « Non, ce n’est pas ça », tempère Jean Clair. « Je crois que la civilisation – qu’on le veuille ou non – se fondait sur un certain nombre de crimes qui étaient des crimes à l’origine des grandes civilisations humaines et des grandes interdictions, des grandes lois humaines. Le premier crime, c’est l’infanticide commis par Cronos, le père des dieux, quand il dévore ses enfants. Ensuite vous avez Œdipe qui tue son père, premier exemple de parricide. Puis dans la tradition judaïque, dans la Bible, le premier crime qui fonde l’humanité, le premier crime de l’homme sur la terre à l’origine des temps, c’est Caïn qui tue Abel, son frère, pour rester seul. Et ensuite vous avez des variations. »

"L'homme descend vers la brute" (1843) de Jean-Jacques Grandville
Musée Orsay/RNM/Patrice Schmidt

Equilibre cruel et fragile

Le crime entraîne le châtiment. Théodore Géricault peint des natures mortes opulentes avec des bras et des jambes coupés. Antoine Wiertz étudie « Une tête coupée » sur la paille. Rodin façonne ses « Bourgeois de Calais » prêts à se sacrifier. Le philosophe Diderot déclame : « Qu’a d’inhumain la dissection d’un méchant ? » Dostoïevski réplique dans « Les Frères Karamazov » : « Si le juge était juste, peut-être le criminel ne serait pas coupable. » L’exposition démontre aussi que la perception de la violence était souvent soumise à des modes, qui ont créé des catégories: crimes romantiques, brigands, femmes fatales, sorcières, crimes sexuels. Elle montre l’esthétique et l’effroi de la violence dans les œuvres, mais n’explique pas le rôle des artistes dans l’équilibre cruel et fragile entre le crime et le châtiment. Un parti pris assumé par Jean Clair : « Je ne crois pas que les peintres soient là ni pour justifier, ni pour dénoncer. Si on veut dénoncer ou justifier, il vaut mieux être philosophe ou appartenir à la justice, être un juge soi-même. Non, le peintre est là pour apporter un témoignage de ce qu’il voit, de ce qu’il peut rendre par l’œuvre d’art. Et en plus de ça, il ne faut pas sous-estimer le fait que le peintre est fasciné par le crime, comme l’un des sujets privilégiés, un des sujets les plus étonnants qui puissent se présenter à ses yeux. C’est peut-être choquant de dire ça, mais le fait est que le crime est un thème élu de la peinture en Occident. »

La fascination est toujours la même

Jean Clair

Commissaire de l'exposition

Il y a eu une fascination des surréalistes pour le crime.

 

19/03/2010 par Siegfried Forster

Quand Gustave Courbet est condamné pour la destruction de la colonne Vendôme, il se peint avec chapeau et pipe dans la prison parisienne Sainte-Pélagie. Honoré Daumier dessine l’arrogance de la justice « bourgeoise », les eaux-fortes de Goya fustigent la sécurité qui malmène le prisonnier, Cézanne saisit « Le Meurtre », Käthe Kollwitz rend palpable « Le Viol ».

Est-ce que l’art évolue avec l’histoire des crimes ? « Non », répond Jean Clair : « Ce n’est pas le regard qui change, c’est la façon de dire, d’écrire, de transcrire ce qui est vu, ce qui est connu. C’est le style qui change. Mais la fascination est toujours la même, que ce soit chez David, chez Hugo ou chez Picasso, c’est toujours la même fascination pour la violence et pour le sang qui est là, mais qui est exprimée d’une façon différente. »

« L'acte surréaliste le plus simple consiste à descendre dans la rue revolver au poing, et à tirer tant qu'on peut au hasard dans la foule. » (André Breton)

A la fin de l’exposition s’installe un malaise. Les 457 pièces ont défilé, illustré l’histoire du crime et du châtiment sans avoir fait avancer véritablement le débat, qui se résume pour Jean Clair dans la phrase : « Nous traitons du crime, suivi de son châtiment qui est un autre crime. »

"Marat assassiné ! 13 juillet 1793, 8h du soir" (1880), de Jean-Joseph Weerts
Roubaix/Musée d'art et d'industrie/Photo Arnaud Loubry

tags: Arts Plastiques

Commentaires (4)

Crime e t châtiment à Orsay

Bonjour, c'est une exposition, pas un débat. D'ailleurs il n'y a pas de préjugé avancé , on prend ce qu'on peut et ce qu'on veut: mais il est certain que faire des expositions sur de tels sujets conduit à se poser pas mal de questions.... De très belles œuvres, une guillotine emballée dans un voile, des documents très intéressants, une exposition très bien faite.
A bientôt.
Jocelyne ARTIGUE

le crime et le surréalisme.

La suite d'une expo encore non répertorié…
Le crime et le surréalisme.
Le Dahlia noir, Le Dr Hodel, Man Ray, Duchamp.

Question par rapport au dernier article

« Nous traitons du crime, suivi de son châtiment qui est un autre crime. » Pour le commun des mortels, le crime est une infraction a part entière. Le châtiment peut être une infraction qualifiée de crime ou de délit. Comment faites vous l'analogie selon laquelle il y a un crime et il y a un châtiment de ce crime. Je ne Comprends pas. Essayez de m'éclairer un peu. Merci et Bonsoir.

je l'ai vu l'expo

Ce matin j'allais voir mes copins les impressionnistes
et par hasard j'ai vu cette expo !
Le travail accompli est fabuleux
Mais à la sortie j'avais comme un gout de sang ds la bouche
Je pense que vu la difficulté à faire sortir les gens
il faut proposer des thèmes plus cools que la laideur
de l'être humain..
Il y en a de tellemnt beaux !
a+
Jack l'eventreur éventré (lol)

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