Guinée - 
Article publié le : vendredi 19 mars 2010 - Dernière modification le : vendredi 19 mars 2010

Deux sociétés rivales se réconcilient pour une mine de fer

Le groupe minier Rio Tinto s’associe à Chinalco sur une exploitation en commun du gisement de minerai de fer de Simandou en Guinée.
Le groupe minier Rio Tinto s’associe à Chinalco sur une exploitation en commun du gisement de minerai de fer de Simandou en Guinée.
Reuters

Par Frédéric Garat

Mariage de raison entre deux sociétés minières Chinalco et Rio Tinto pour exploiter l'un des plus grands gisements mondiaux de fer en Guinée Conakry. On attendait cette annonce depuis plusieurs jours, c'est fait.

Selon l’accord passé entre le Chinois et l’Anglo-Australien, 1,35 milliards de dollars, soit 6 700 milliards de francs guinéens, seront investis par la société Chinalco dans le projet du Simandou. Une mine dont la concession a été accordée il y a près de dix ans à Rio Tinto, mais le groupe peine à démarrer son exploitation. L’apport financier chinois et l’expertise technique de Chinalco devraient permettre de lancer enfin l’exploitation. Les premières tonnes de minerai devraient être extraites en 2013. À terme, selon la nouvelle distribution des cartes, Rio Tinto reste majoritaire avec 50,35% des parts, Chinalco prendra 44,65% des parts et la SFI, la structure de financement privé de la Banque mondiale figurera à hauteur de 5% dans le projet.

Le communiqué publié à Sydney en Australie précise que cette prise de participation de Chinalco permettra d'accélérer l'exploitation du gisement de fer et l'apport de l'expertise chinoise sera particulièrement cruciale dans la mise en place d'infrastructures comme le chemin de fer et le port minéralier pour évacuer le minerai.

Un enjeu énorme

L'enjeu de ce contrat minier en Guinée est énorme. Il s'agit d'un des plus gros gisements de fer du monde. Ses réserves sont estimées à 2,5 milliards de minerai de fer. Autant dire que l'industrie chinoise a les yeux de Chimène pour le sous-sol de cette province guinéenne. Les Guinéens eux-mêmes espèrent beaucoup de l'exploitation du site, en termes de rentrées fiscales mais aussi en créations d'emplois puisque 4 000 salariés à temps plein devraient être embauchés au plus fort de l'extraction minière.

Mais l'exploitation du fer en Guinée n'est pas pour Rio Tinto un long fleuve tranquille. Depuis que la société a obtenu le permis d'exploitation en 2006, elle a connu un bras de fer quasi ininterrompu avec les autorités guinéennes. En 2008, la présidence, à l'époque le président Lansana Conté et ses proches, demande la rétrocession d'une partie de l'exploitation de Rio Tinto pour l'attribuer à la société BSGR dirigée par le Franco-Israélien Benny Steinmetz. Une mesure qui a fait couler beaucoup d'encre puisque certains observateurs soulignaient que cette rétrocession devait être soumise à un accord du Parlement.

Deux sociétés qui s’opposent

En 2009, la junte militaire dirigée par Dadis Camara annonce qu'il y aura bien révision et renégociation des contrats miniers passés sous la présidence Lansana Conté. Soumis à cette pression, Rio Tinto, qui connait par ailleurs de sérieux problèmes d'endettement, annonce qu'il va procéder à la relocalisation d'une partie de ses équipements sur les gisements nord du Simandou. Enfin, et ce n'est pas le moindre des paradoxes, Chinalco et Rio Tinto sont opposés dans un procès qui doit s'ouvrir lundi prochain à Shanghai. Un haut responsable de Rio Tinto et trois collègues chinois ont été arrêtés et inculpés pour corruption et violation de secrets commerciaux.

tags: Australie - Chine - Coopération et Développement - Guinée
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Commentaires (1)

Quand je regarde les parts

Quand je regarde les parts des actionnaires, je constate que l'Etat ne possède aucune part. Franchement, je trouve cela déplorable pour le peuple guinéen. Ils vont se contenter seulement des revenus provenant de la fiscalité, alors qu'ils auraient pu avoir plus en entrant dans le capital.

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