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Article publié le : vendredi 19 mars 2010 - Dernière modification le : vendredi 19 mars 2010

L’expulsion de chrétiens suscite la controverse

Le « Village de l’Espoir », l’un des orphelinats dont vingt-trois étrangers ont été expulsés.
Le « Village de l’Espoir », l’un des orphelinats dont vingt-trois étrangers ont été expulsés.
Léa-Lisa Westerhoff/RFI

Par Léa-Lisa Westerhoff

Cela s’est passé en début de semaine dernière : officiellement, on parle de 27 personnes, mais selon des sources diplomatiques, il s’agirait plutôt d’une cinquantaine de chrétiens de 7 nationalités différentes, qui ont été expulsés du pays. C’est la première expulsion d’une telle ampleur dans le royaume. Le motif ? L’État les accuse d’avoir tenté de convertir les Marocains au christianisme. Les chrétiens protestent. Prosélytisme ou liberté de culte ? La frontière est délicate.

Ils sont Américains, Néerlandais, Anglais, Néo Zélandais, Coréens, Egyptiens et Brésilien. Tous ont été expulsés entre le 8 et le 9 mars pour avoir tenté de convaincre des marocains de se convertir au christianisme, selon les autorités. Officiellement vingt-sept d’entre eux ont été priés de quitter le territoire. Selon des sources diplomatiques concordantes, c’est une cinquantaine. Les interpellations ont eu lieu dans six villes du royaume. C’est une vague d’expulsions sans précédent au sein de la mouvance évangélique.
Les voix de chrétiens se sont élevées pour protester, et parmi elles les ambassades. Le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Maxime Verhagen, a dénoncé « le non-respect de la liberté de culte » et regretté qu’aucun des expulsés n’ait eu droit à un avocat. A Rabat, l’ambassadeur américain, Samuel Kaplan, s’est dit « découragé et peiné ».

« Ce n’est pas une campagne contre les chrétiens au Maroc », justifie Khalid Naciri, le ministre de la Communication, à Rabat. « C’est une opération ciblée pour faire respecter la loi : tout le monde sait que le prosélytisme religieux est interdit au Maroc ». Les chrétiens étrangers ont le droit de pratiquer leur foi et de s’occuper d’œuvres caritatives à la condition de ne pas faire la promotion de leur religion. « Ebranler un musulman dans sa foi » est passible de six mois à trois ans de prison, selon le code pénal marocain.

Le « Village de l’Espoir », c’est l’un des orphelinats dont vingt-trois étrangers ont été expulsés en quelques heures le 8 mars. Ils ont tenté de convertir les trente-trois orphelins dont ils s’occupaient, selon le ministère de l’Intérieur. Etabli depuis plus de dix ans à Aïn Leuh, un bourg du Moyen Atlas, une vingtaine de volontaires de différentes confessions protestantes venaient du monde entier pour prendre en charge les enfants abandonnés. Avec l’accord des autorités et en respect de la loi marocaine, selon eux. « Nous ne sommes pas des missionnaires », martèle Chris Broadbent au téléphone à Malaga où il a atterri avec sa famille depuis son expulsion. « Nous sommes venus pour nous occuper d’enfants abandonnés, pas pour les convertir », affirme le néo zélandais, ex-administrateur du centre. « Tous les employés signaient un document de non prosélytisme ». A l’école gérée par l’orphelinat, les enfants apprenaient l’arabe marocain et étudiaient le Coran comme l’exige la loi marocaine, selon M. Broadbent. Dans leurs familles d’accueil, ils étaient en milieu chrétien. « Les autorités savaient tout cela ».

« Pourquoi les a-t-on laissé faire pendant dix ans ? »

Dans le petit village d’Aïn Leuh, à 200 km à l’est de Rabat, Adil, un ancien bénévole de l’orphelinat, admet son embarras. « Personne ne nous demandait de nous convertir », raconte le jeune de 26 ans. Mais il y avait un climat favorable à la décision de devenir chrétien. J’ai préféré partir ». L’institution aujourd’hui reprise en main par l’Etat marocain bénéficiait également de forts soutiens de la part des Etats-Unis. En 2005, l’établissement avait reçu pas moins de 180 000 dollars d’un fonds d’aide de l’armée américaine pour la construction de… la salle à manger.

« Pourquoi les a-t-on laissé faire pendant dix ans ? », s’interroge, de son côté, Jean-Luc Blanc, le chef de l’Eglise protestante au Maroc. Selon lui, il était évident que des enfants élevés par des chrétiens avaient de grandes chances de devenir un jour chrétien à leur tour, en violation de la loi marocaine. « Pendant 25 ans on a laissé faire un certain nombre de missionnaires qui faisaient très ouvertement du prosélytisme », regrette ce pasteur à Casablanca. « Si on était intervenu plus tôt, il n’y aurait pas eu besoin de les expulser ».

Pourquoi le royaume a-t-il laissé faire pendant dix ans ? « Le Maroc a eu une attitude équivoque ces dernières années », confirme Zineb Rhazoui, chercheuse en sociologie des religions. Certaines sources affirment qu’après le 11 septembre 2001, le pouvoir marocain aurait fermé les yeux sur la présence de missionnaires évangélistes américains en échange d’un soutien de Washington sur le dossier du Sahara occidental. A Rabat, une source proche du palais royal confirme qu'en 2005, le Maroc a invité des hautes personnalités évangéliques américaines pour qu'elles « changent de position sur le Polisario, parler de l'islam, et construire un dialogue inter religieux ». Le télé-évangéliste américain Josh McDowell, du mouvement prosélyte Crusade for Christ International faisait partie des invités.

Le problème n’est pas récent. Depuis 2005, il y a eu des appels répétés des islamistes modérés contre la présence de missionnaires au Maroc. En janvier dernier un nouveau ministre de l’Intérieur a été nommé par le roi Mohamed VI, peut-être l’occasion de faire le ménage. La défense de l’islam est un thème très fédérateur au sein du royaume. Il y aurait environ 800 marocains convertis au christianisme au Maroc, selon le ministère de l’Intérieur.

tags: Maroc - Religion
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Commentaires (1)

l'expulsion des chrétiens au Maroc

Il est de plus difficile dans ce monde de parler de liberté. Car certaines personnes ou un groupe d'individus pensent qu'ils ont le monopole idéologique. La liberté de culte est reconnue par la déclaration universelle des droits de l'homme. En claire même les athées ont droit à la vie. Bien sûr que certaines personnes penseraient que je le dit parce que je suis chrétien. Or ce n'est pas le cas. Les marocains ont le droit de choisir librement leur religion. Car la foi n'est une obligation, mais une adhésion. Dès lors que nous assistons à l'expulsion d'autres hommes de foi, nous constatons qu'il ne s'agit de problème religieux, mais plutôt un problème politique. Car nous reconnaissons que le Maroc est un royaume et que l'autorité du Roi est basée sur le respect des principes du coran. Mais pour une bonne gestion des Hommes, je pense que la communauté marocaine doit revoir sa décision et surtout ouvrir une voie de dialogue avec d'autres religions afin de trouver un terrain d'entente.
C'est de la part de Raoul P. depuis Yaoundé au Cameroun.

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