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Article publié le : lundi 29 mars 2010 - Dernière modification le : lundi 29 mars 2010

Le parti d’Aung San Suu Kyi décide de boycotter les élections

Le vice-président de la Ligue nationale pour la démocratie s'adresse à la presse, le 29 mars 2010.
Le vice-président de la Ligue nationale pour la démocratie s'adresse à la presse, le 29 mars 2010.
Soe Zeya Tun/Reuters

Par RFI

La Ligue nationale pour la démocratie, le parti d’Aung San Suu Kyi décide de boycotter les prochaines législatives en Birmanie, les premières depuis vingt-ans ans. La junte birmane avait promulgué début mars des lois encadrant le scrutin. Ces lois  plaçaient la LND devant un choix impossible : participer aux élections, prévues fin octobre ou début novembre, en excluant la lauréate du prix Nobel de la paix ou alors risquer la dissolution par la junte.

Ce sont les généraux qui se frottent les mains. La junte est passée maître dans la manipulation politique. Cette fois le piège tendu à l’opposition birmane pouvait se résumer dans ce choix cornélien : soit vous allez aux élections sans Aung San Suu Kyi, soit vous passez à côté des premières législatives organisées depuis 20 ans dans le pays.

On imagine combien les débats ont dû être houleux. Toute la journée les membres de la Ligue nationale pour la démocratie étaient réunis pour affronter cette décision, ô combien déchirante. Là encore, les militaires marquent un point. Car forcément le parti en ressort divisé. Les plus anciens ont décidé de suivre la décision de leur leader et donc de boycotter ces élections, d’autres ont fait savoir au contraire qu’ils avaient choisi d'aller à la bataille pour « sauver le parti ».

Cela fait deux décennies maintenant que la LND survit avec un manque de moyens et des bureaux en province qui sont restés jusqu’à ces derniers jours fermés sur ordre du gouvernement. Choix cornélien, donc.

Nous ne pouvons pas participer à des élections « sous des lois injustes », a martelé Aung San Suu Kyi, la lauréate du prix Nobel de la paix, toujours assignée à résidence. Un message que la LND répète depuis plusieurs mois. Le texte de la nouvelle Constitution prévoyait déjà d’écarter les leaders de l’opposition et de réserver un quart des sièges de la future Assemblée à l'armée.

Le parti d’Aung San Suu Kyi risque de se marginaliser lui-même

Avec notre correspondant à Bangkok,
Arnaud Dubus

Personne ne pense sérieusement que les élections qui doivent se tenir à la fin de l'année vont permettre d'établir un gouvernement civil indépendant des militaires. De même, il est clair que le scrutin ne sera ni juste ni libre et que la junte favorisera ses candidats.

Pour autant, ces élections sont la seule voie ouverte pour permettre de faire évoluer le régime, même si cette évolution est très limitée. En s'excluant du scrutin, la Ligue Nationale pour la démocratie prend le risque de manquer une opportunité unique de participer au processus de changement. Les candidats des autres partis d'opposition se sont empressés, eux, de s'enregistrer, désireux de pouvoir travailler à l'intérieur du système après le scrutin.

De leur côté, certains membres pragmatiques de la Ligue souhaitaient que, malgré les conditions injustes, le parti participe au scrutin. Déçus, ils pourraient rejoindre d'autres formations de l'opposition.

Aux yeux des pays occidentaux, le boycott du scrutin par la Ligue ôte toute crédibilité aux futures élections. Mais la junte a désormais beau jeu de rétorquer que le parti s'est exclu de lui même.
 

tags: Aung San Suu Kyi - Birmanie
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