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Article publié le : lundi 29 mars 2010 - Dernière modification le : jeudi 06 mai 2010

Soudou-Gueye

« La consigne est sacrée. Et c’est ainsi que l’entend Soudou-Gueye, homme de corvée d’une des compagnies sénégalaises qui se battent devant Dixmude. Il est 7 heures : les camarades s’inquiètent quelque peu de ne pas l’avoir vu revenir avec sa précieuse provision de café, car il fait grand jour, et il est douteux que Soudou-Gueye puisse désormais s’aventurer impunément "dans le bled" (dans cette plaine inondée il n’y a point de boyaux !). Et voici tout à coup entre deux éclatements de "gros noirs" deux coups de fusil partent de la tranchée d’en face. On sait ce que cela signifie. Un des nôtres s’est montré quelque part et les Allemands s’exercent sur la cible mouvante. Vingt paires de regards attentifs inspectent aussitôt la plaine et vingt voix poussent aussitôt la même exclamation : On vise Soudou ! C’était un type superbe d’Ouoloff qui mesurait pas loin de deux mètres de haut. Le grand diable, dressé de toute sa gigantesque stature, le nez en l’air, s’avance à pas comptés, portant sa marmite pleine aussi religieusement qu’une châsse de saintes reliques... Rien de plus horripilant qu’un pareil flegme pour ceux qui en sont témoins. Cela ressemble à du parti pris. Aussi de nos lignes part une belle clameur à l’adresse du pauvre noir : - Espèce d’idiot, crétin, abruti, mais dépêche-toi donc ! Tu vas te faire descendre. L’autre ne se hâte pas le moins du monde... jusqu’au moment où il remet aux camarades la provision de café, et où il explique son équipée. Dans l’obscurité, une première fois, il avait culbuté dans un trou d’obus, entraînant avec lui la marmite et son contenu... Pouvait-il arriver les mains vides ? Il n’y avait pas songé un seul instant et s’en était retourné à la cave lointaine où s’élaborait le fameux moka... Puis, malgré la consigne, il s’était amené tranquillement comme on sait, et tout heureux d’y voir, afin d’éviter un nouvel accident ».

Yves de Boisboissel, Balimatoua et Compagnie, Paris-Limoges-Nancy, Lavauzelle, 1934.

tags: Tirailleurs sénégalais
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