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    Cuba : danser sa liberté

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    La danse contemporaine cubaine est en plein renouveau. Elle dit les peurs et les rêves d'une génération qui n'a connu que la « révolution ». Elle est aussi un espace vital de liberté.

    De notre envoyée spéciale à La Havane,

    Cuba. A ce nom, une série de clichés se mettent au garde-à-vous : cigares, rhum, socialisme tropical, et l'image mondialisée du Che. Entre autres. Il y a aussi la danse bien sûr, avec la salsa, emblème d'une île qui exporte bien sa culture. Ce que l'on connaît moins, c'est la nouvelle génération de danseurs et chorégraphes de danse contemporaine qui bousculent à la fois l'académisme du ballet cubain, réputé dans le monde entier, et l'imagerie de pacotille associée à la salsa. Lors de la 2e biennale Danse Caraïbe, organisée par CulturesFrance à La Havane, du 25 au 28 mars, c'est la pièce « MalSon » de la chorégraphe Susana Pous, avec la compagnie cubaine DanzAbierta, qui a reçu le prix de la meilleure oeuvre collective. « MalSon » ou « mauvais son », « mauvaise musique » (le « son » étant le rythme classique de Cuba) ou bien  encore « cauchemar » en catalan, la langue d'origine de la chorégraphe.
     
    "MalSon" de Susana Pous Antoine Tempé
    Une pièce où les danseurs se battent pour avoir leur place au soleil de La Havane, et dans laquelle les images, qui se répètent comme une routine quotidienne et qui symbolisent le manque de changement, sont projetées sur écran géant. Une pièce qui parle d'amour mais aussi d'isolement, d'égoïsme et de solitude. Fragments du quotidien, désirs matériels et désirs d'ailleurs... « MalSon » évoque une jeunesse cubaine coincée sur la plus grande île des Caraïbes qui survit au jour le jour. Susana Pous, danseuse et chorégraphe née à Barcelone et mariée à un Cubain, explique : « 
    Après dix ans passés ici, je me sens très proche des Cubains. Je voulais parler de leurs sentiments profonds, de leurs peurs, de leurs rêves... c'est ma vision mais aussi celle des danseurs : je leur pose des questions, puis nous improvisons à partir de leurs réponses et, enfin, je chorégraphie ces idées. Danser, c'est vital ici. Les Cubains réfléchissent beaucoup, pensent au futur, à l'avenir. La danse, c'est un espace de liberté totale. Ici, les gens sont à fleur de peau. Ils vivent de façon très intense le bien et le mal. S'exprimer est très important pour eux. C'est pour cela que les danseurs donnent tout sur scène. Ils jouent leur vie. 
     
    DanzAbierta, fondée il y a 20 ans par la Cubaine Marianela Boán, est aujourd'hui l'une des compagnies les plus inventives de la scène contemporaine. « Dès les années 80, on a fait avancer l'avant-garde artistique, d'abord dans les arts plastiques puis dans les arts visuels », note Noel Bonilla, directeur artistique associé de la biennale et conseiller pour la danse du Conseil national des arts scéniques. « Même si nous avons peu accès aux informations via Internet (Cuba a le taux d'accès à la Toile le plus bas d'Amérique Latine, ndlr) et si nous avons du mal à nous confronter à ce qui se fait ailleurs, grâce à l'impulsion de jeunes chorégraphes, nous pouvons nous exprimer de façon personnelle. Nous suivons notre propre chemin, avec un esprit de recherche, d'écriture contemporaine et d'ancrage dans la réalité. Le spectateur a besoin de se voir vivant sur scène. Nous avons l'espoir d'un avenir plus ouvert. Grâce à la création, on peut s'exprimer même si on est en travaux. »
     
    "Lea" de Yanoski Suarez dans la catégorie solos Antoine Tempé
    « Etre en travaux », voilà une expression imagée pour dire la difficulté de vivre dans une île, après plus de 50 ans de « révolution », et avec un embargo économique américain qui entraîne des pénuries régulières de toutes sortes de produits, une liberté d'expression réduite à la portion congrue. Et des spécificités que l'on ne trouve qu'ici, comme la double monnaie. En effet, coexistent à Cuba le peso convertible (CUC) et la moneda nacional.
     
    Peso, c'est le titre de la pièce présentée lors de la biennale par Sandra Ramy. Formée à l'Ecole de danse de La Havane, cette toute jeune chorégraphe au minois de moineau et au visage dévoré par de grands yeux noirs y explore « la relation que nous avons avec l'argent, qui régente toute vie sociale ». « Mais en espagnol, "peso" veut aussi dire "poids"  ; c'est à la fois le poids du corps et la responsabilité de vivre. La danse, c'est mon laboratoire, mon espace d'étude de la société et un moyen de communication », affirme-t-elle.
    A Cuba, il n'existe pas à proprement parler de compagnies indépendantes : tous les artistes sont liés d'une manière ou d'une autre au ministère de la Culture, qui leur verse un petit salaire mensuel. Une « compromission » selon la plupart des danseurs interrogés, qui répugnent pourtant à critiquer le régime (comme la majorité des Cubains), et préfèrent mettre en avant la gratuité et l'excellence des formations artistiques.
    "Oroyo Sô" (Peut-être ma soeur) de Julie Adami dans la catégorie solos Antoine Tempé
    « A Cuba, on a beaucoup de bons danseurs mais pas encore de bons chorégraphes. Dans les années 90, à cause des problèmes économiques, nos grands chorégraphes ont quitté l'île et se sont installés aux Etats-Unis. Aujourd'hui, la danse cubaine est comme un enfant sans père. Il n'y a pas de centre chorégraphique où l'on peut étudier ce qui se fait ailleurs dans le monde. Dans ces conditions, c'est difficile de devenir chorégraphe, d'arriver à se réinventer soi-même  », explique Abel Berenguer. Membre de la compagnie DanzAbierta, il a aussi proposé un solo, « Instinto de conservacion » (Instinct de conservation) dans lequel il parle du corps du danseur, en mettant, tout au long de sa chorégraphie, des protège-coudes, genoux,
    poignets... puis en les enlevant d'un coup. « On se bat constamment contre notre corps. On se blesse souvent. Alors, on se protège, c'est dans la nature humaine de vouloir être en sécurité. Mais, à un moment, vous décidez d'enlever toutes vos protections et d'être vous-même. Il faut parfois prendre des risques... » Comment ne pas voir, là-encore, une métaphore de la vie à Cuba... Se protéger des coups. Tomber mais se relever, puis se retrouver sans carapace. Le danseur s'écroule à la fin. On peut voir ça comme un suicide. Ou une lutte pour la liberté.

     

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