GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Mardi 13 Novembre
Mercredi 14 Novembre
Jeudi 15 Novembre
Vendredi 16 Novembre
Aujourd'hui
Dimanche 18 Novembre
Lundi 19 Novembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Dernières infos
    Tirailleurs

    James Campbell contre l’oubli

    media Georges Lambert

    Disparu le 7 avril à Dakar, à 78 ans, l’acteur James Campbell Badiane était une figure célèbre, entre Paris et Dakar, de la scène où il a connu une carrière exceptionnellement riche, parcourue de nombreux rebondissements. Il s’était passionnément impliqué depuis les années 2000 dans le combat pour la mémoire des anciens combattants d’Afrique noire.

    James Campbell était un pur artiste, pour lequel la scène et la vie se mêlaient étroitement : la moindre apparition de cette physionomie longiligne, le visage surmonté d’un inusable chapeau, barbe et cheveux en broussaille, était en soi un spectacle. Élégant, éloquent et sarcastique, James Campbell ne laissait pas indifférent, et restait un séducteur résolu. C’était la même chaleur lorsqu’il recevait des visiteurs dans son appartement de Saint-Denis, en banlieue parisienne, ou au théâtre : on se souviendra ainsi d’une rencontre fort arrosée au Théâtre de Paris, où il jouait aux côtés de Bernard Tapie (Vol au-dessus d’un nid de coucou en 2004), sa loge envahie de cadavres de bouteilles de champagne…

     
    Sa longue carrière, souvent brillante, parfois errante, était à l’image du personnage et de ses enthousiasmes et coups de tête. Elle commence dans le Paris des années 50 où le jeune homme fraîchement débarqué du Sénégal fait l’animation nocturne dans les cabarets, tout à la fois danseur, musicien (il jouait de la batterie), et finalement acteur. Il est révélé au public lorsqu’il tient le rôle d’Hugonin dans la pièce d’Aimé Césaire La tragédie du Roi Christophe, montée en 1964 par Jean-Marie Serreau, et présentée en 1966 au Festival des Arts nègres. James Campbell enchaînera dès lors les compositions au théâtre et au cinéma (où il jouera pour Roger Vadim ou Yves Allégret), et signe au passage quelques compositions musicales (Play Time, de Jacques Tati).
     
    On le retrouve dans les années 80 en Afrique, basé au Nigeria où il se lie avec le musicien Féla, puis au Togo, où entre autres activités il touche à la presse, un domaine qui n’a cessé de le passionner : un de ses grands amis est Mame Less Dia, fondateur au Sénégal du journal satirique Le Politicien. Puis c’est le retour en France, où au milieu des années 90 il vit plus difficilement, accepte des rôles ici ou là (1), monte des projets, rêve et s’irrite avec une énergie communicative, retrouvant pour des débats enfiévrés son vieux complice, le sociologue et agitateur d’idées Jean-Pierre Ndiaye, alors chroniqueur à Jeune Afrique.
     
    La dette : lutter contre l’oubli
     

    Georges Lambert

    Une expérience décisive est son interprétation du personnage de Léopold Abdou Diallo, un ancien combattant, dans le téléfim La Dette, tourné en 2000 par Fabrice Cazeneuve, sur un scénario d’Eric Orsenna. Cette fiction évoque le terrible sacrifice, durant la Première Guerre mondiale, des tirailleurs sénégalais tombés dans les combats du Chemin des Dames, en Picardie : 6 000 d’entre eux, sur 10 000, auraient été tués sous le feu allemand, le 16 avril 1917. L’offensive, due au général Nivelle qui sera ensuite destitué, a en effet massivement engagé les tirailleurs de la Force noire, conçue par le général Mangin qui en assure alors le commandement.
     
    Dans le film, qui relate une commémoration de la bataille, l’administration française s’efforce d’occulter le rôle des Africains. Pour le quotidien Le Soleil, James Campbell raconte : «J’arrive dans cette ville de l’Aisne, non loin du Chemin des Dames, pour cette commémoration. Des compagnons, anciens tirailleurs sénégalais, m’ont donné de l’argent pour ce voyage et pour que je vienne honorer nos morts. Je dois rapporter, au retour, un peu de terre de ce champ de bataille». L’objectif des Français est tout autre, eux entendent sceller lors de cet épisode la réconciliation franco-allemande. «Il y a donc là un malentendu. On croit que je suis revenu réclamer la dette de sang et l’on ne tient pas à ce que j‘assiste à cette cérémonie».
     
    La fiction rejoint alors la réalité : au sortir de cette aventure filmique, l’acteur prélève lui-même un peu de terre du Chemin des Dames et la rapporte au Sénégal en 2001. Il a tôt fait de sensibiliser les autorités, et organise une cérémonie, déposant cette terre au cimetière militaire de Sor, à Saint-Louis. Les forces françaises au Sénégal sont mises à contribution : des soldats du Bataillon d’infanterie de marine (Bima) rendent les honneurs.
     
    Depuis cette date, James Campbell a fait de la mémoire des tirailleurs un de ses combats. Il entend lutter contre l’oubli, et faire prendre conscience aux jeunes générations du sacrifice de leurs aînés. C’est un des objectifs de l’association culturelle Agisymba, qu’il avait créée dès 1966, pour «raviver le souvenir, valoriser l’héritage, honorer la mémoire».
     
     
     
    (1) James Campbell a notamment joué ces dernières années dans Le Prix du Pardon, réalisé en 2002 par le Sénégalais Mansour Sora Wade et Le Sifflet (voir extrait) de son compatriote As Thiam (2005). En France, il était à nouveau sur les planches en 2007 dans le spectacle de Jérôme Savary, A la recherche de Joséphine. Hors scène, il avait vécu douloureusement en 2001 l’affaire juridico-diplomatique des « 101 mannequins » qui avait impliqué ses deux filles, aux côtés de la styliste Oumou Sy, finalement innocentées.

     

     

    Sur le même sujet
    Commentaires

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.