GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Dimanche 17 Novembre
Lundi 18 Novembre
Mardi 19 Novembre
Mercredi 20 Novembre
Aujourd'hui
Vendredi 22 Novembre
Samedi 23 Novembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.
    Culture

    Sotigui Kouyaté : L’héritage du premier Prospero noir

    media Sotigui Kouyaté. Antoine Tempé

    Un regard lointain, des cheveux tressés, une silhouette de géant maigre, personne ne résistait à l’apparition de Sotigui Kouyaté. Né en 1936 à Bamako au Mali, il avait grandi dans un village de brousse au Burkina Faso. Il était déjà célèbre en Afrique avant d’être reconnu comme un des plus grands comédiens dans la troupe de Peter Brook et de recevoir à la Berlinale en 2009 l’Ours d’argent du meilleur acteur pour le film London river du Franco-algérien Rachid Bouchareb. Sotigui Kouyaté est décédé à Paris le 17 avril à l’âge de 74 ans suite à une maladie pulmonaire.

    « Je suis guinéen d'origine, malien de naissance et burkinabè d'adoption. Je ne suis passé par aucune école de théâtre, si ce n'est la grande école de la rue, de la vie », se définissait ainsi le comédien qui était aussi acteur pour le cinéma et metteur en scène. Son père, un griot, lui enseignait de ne jamais se retourner, de vivre toujours devant soi, d’aller au bout de ce qu’on entreprend dans la vie.

    Le sage du théâtre

    Il a pu présenter quelque chose qui est universel.

    Sharmila Roy

    Artiste musicienne, qui a collaboré au «Mahabharata» mis en scène par Peter Brook

    19/04/2010 Écouter

    Une présence aigüe du présent qu’il avait retrouvé chez Peter Brook au Théâtre des Bouffes du Nord. Dans la fameuse mise en scène du Mahabharata de Peter Brook en 1985, il incarnait le sage Bhisma, se souvient Sharmila Roy, artiste musicienne, qui avait partagé cette aventure et a sympathisé avec ce « bonhomme avec une grande culture et un savoir-faire » : « Dans la vie, il était chaleureux, amical, avec beaucoup de sens de l’humour, de présence. Mais il n'a joué que des rôles austères, rigoureux, des caractères d’épopées comme Prospero dans La TempêtedeShakespeare ou Bishma du Mahabharata. Il a dû répondre à la nécessité de ces rôles. Il était un gardien de temple, un gardien des valeurs, un gardien qui protège les autres, qui dirige, qui maîtrise les situations adverses. »

    « La perfection n’est pas à notre portée » avait déclaré Sotigui Kouyaté, « mais on peut être à la recherche d’une qualité ». Au début, il n’aimait pas le théâtre, il préférait la danse. Un jour, un ami lui demande de régler dans sa pièce de théâtre une chorégraphie d’une danse guerrière. Il s’avère que les comédiens ne savent pas danser. Kouyaté ammène ses danseurs et se met à jouer dans le théâtre.

    Avec mon maigre salaire, j’alimentais mes deux compagnies de théâtre

    Avant de devenir comédien, il a exercé beaucoup de métiers : il était menuisier, chanteur, boxeur, danseur, chorégraphe de ballet, il a joué deux fois en tant que footballeur professionnel dans l’équipe nationale de la Haute-Volta contre la France, et il était agent de la fonction publique burkinabé : « Avec mon maigre salaire de fonctionnaire, j’alimentais mes deux compagnies de théâtre. J’avais ma troupe de Volta et un trio d’art dramatique que l’ambassade de France me finançait, qui me permettait d’aller les week-ends dans les villages les plus éloignés où les enfants étaient dépourvus de distractions et d’animations. Je faisais des représentations avec des paravents, des lampes à pétrole. Je faisais trois spectacles le samedi et dimanche et je rentrais. C’était en 1966. Jusqu’à mon départ en France, j’avais la troupe de la Volta. Ensuite je suis fortuitement venu au cinéma. »

    C'était un être merveilleux : il attirait les gens, parce qu'il avait une figure, parce qu'il avait une intelligence, une façon de percevoir les choses.

    Christian Richard

    Cinéaste, ancien enseignant à l'Institut africain d'éducation cinématographique à Ouagadougou (INAFEC)

    19/04/2010
    Emotion après la mort de l'acteur Sotigui Kouyaté. Le comédien burkinabé s'est éteint à Paris samedi d'une maladie pulmonaire. Il avait 74 ans. Il avait joué dans de nombreuses pièces de Peter Brook et avait reçu l'année dernière l'Ours d'argent du meilleur acteur.Christian Richard, cinéaste, ancien enseignant à l'INAFEC, l'Institut africain d'éducation cinématographique à Ouagadougou. Il a tourné "le courage des autres" en 82-83 avec Sotigui Kouyaté devenu ensuite son ami.micro Marie-pierre Olphand
    Écouter

    Après plusieurs films burkinabès, notamment de Mustapha Diop, Sotigui Kouyaté a été à l'affiche en 1986 de Black Mic Mac, comédie du Français Thomas Gilou, avant de crever l’écran dans IP5 de Jean-Jacques Beineix avec Yves Montand, Tombés du ciel de Philippe Lioret, Le Maître des éléphants de Patrick Grandperret, La Genèse d'Oumar Sissoko ou Little Senegal de Rachid Bouchareb. Ce n’est qu’en 2009 qu’il fut récompensé avec l’Ours d’argent du meilleur acteur dans London river.

    Il était modeste comme les plus grands

    Le théâtre comme moyen universel de partage et communication possible, cela, je l'ai trouvé chez Peter Brook.

    Sotigui Kouyate

    Comédien, à propos de son travail avec Peter Brook

    19/04/2010 Écouter

    Chez Peter Brook, il avait appris l’exigence artistique à la manière occidentale et l’ouverture vers le monde. Kouyaté est devenu en Occident un symbole de sagesse et d’exigence morale se montrant toujours modeste comme les plus grands. Ses derniers 17 ans, il avait vécu aux Lilas près de Paris. Dans cette commune il avait créé une association « La voix du griot ». Un signe extérieur, sa mission continuera aussi après sa mort. Ses dix enfants sont tous devenus artistes comme le réalisateur Dani Kouyaté ou le conteur Hassane Kassi Kouyaté.

    Tout le monde joue un rôle dans sa vie

    En Occident on dit : il faut tuer le père pour être. Chez nous on dit : sois ton père mais dépasse-le

    Sotigui Kouyate

    A propos de ses enfants

    19/04/2010 Écouter

    « Sotigui est l'un des plus grands sages de la culture qui ont apporté la renaissance aux arts vivants en Afrique », a estimé Baba Hama, le ministre burkinabè, ancien délégué général du Festival panafricain du cinéma et de la télévision d’Ouagadougou (Fespaco). Le ministre de la Culture du Burkina Faso, Filippe Sawadogo, a déploré « une grande perte pour le cinéma et le théâtre dans le monde, en Afrique et au Burkina Faso ». Kouyaté s’est considéré comme fils d’Afrique et citoyen du monde. Il avait toujours souligné que « tout le monde est acteur et tout le monde joue un rôle dans sa vie. » Pour lui, un acteur, c’était d’abord un être humain. « Le cinéma n’a pas de couleur. Il n’y a pas un cinéma africain, il y a un cinéma. »

    Sotigui, c'était un "sage" dans la famille du cinéma africain.

    Abderahmane Sissako

    Réalisateur mauritanien

    19/04/2010
    Emotion après la mort de l'acteur Sotigui Kouyaté. Le comédien burkinabé s'est éteint à Paris samedi d'une maladie pulmonaire. Il avait 74 ans. Il avait joué dans de nombreuses pièces de Peter Brook et avait reçu l'année dernière l'Ours d'argent du meilleur acteur. Pour Abderahmane Sissako, réalisateur mauritanien, Sotigui Kouyaté était un pèremicro marie-pierre Olphand.
    Écouter

     

    Le pilier de Peter Brook

    Souvent Kouyaté s’est interrogé sur le rôle du comédien : « Je suis censé être Dieu et homme. Homme, d’accord, ça ne me pose aucun problème, mais Dieu ? Je n’ai jamais vu un Dieu. Ils disent "incarner le personnage, c’est se mettre dans la peau du personnage". Je ne peux pas me mettre dans la peau d’un Dieu ! Je ne peux pas m’imaginer un Dieu. Alors prendre l’attitude, le temps, la démarche d’un Dieu ? Peter Brook, m’a demandé calmement : "Qu’est-ce que tu en penses toi-même ?" Je lui ai dit : "Je crois, que chaque personne a une part de Dieu en elle". Alors il m’a regardé en mettant la main sur mon épaule : "Fais donc comme tu penses !" ».

    Le metteur en scène anglais avait découvert Sotigui Kouyaté dans le film Le Courage des autres du réalisateur Christian Richard. Kouyaté jouera pendant quatre ans le rôle du sage Bhisma dans le Mahabharata avant de devenir chez Brook le pilier de ses créations (La Tempête, L'Homme Qui, Qui est là, Antigone, Hamlet, Le Costume, Tierno Bokar).

    Chronologie et chiffres clés
    Sur le même sujet

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

    Republier ce contenu

    X

    Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

    Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

    Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.

     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.