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La presse malienne est unanime pour saluer les réformes politiques annoncées par le président Amadou Toumani Touré. « La machine prend de la vitesse », titre L’Essor qui annonce que le projet de réformes, « une fois adopté par l’Assemblée nationale, sera soumis à l’approbation du peuple par voie référendaire au dernier trimestre de cette année. » Pour L’Essor ces réformes sont destinées «à consolider la démocratie», avec, entre autres, un réaménagement du pouvoir exécutif, la création d’un Sénat, d’une Cour des comptes et d’une autorité indépendante de régulation de l’audiovisuel.
L’article 30 de la constitution malienne qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels reste en l’état. Le président ATT devrait donc rendre son tablier à la prochaine échéance électorale de 2012. Ce qui prend le contre-pied des rumeurs qui couraient ici et là au Mali…

« ATT met fin aux spéculations », s’exclame L’Indicateur Renouveau. « Les supputations autour d’un troisième mandat du président de la République vont finalement s’éteindre. » En effet, dans le projet, note le journal «nulle part, il n’est question du déverrouillage de la limitation du mandat présidentiel.»
«Le président a parlé, Dieu l’entende !», implore pour sa part Le Républicain. «Si le président met les bouchées doubles pour que nous ayons un référendum constitutionnel qui corrige en partie les déséquilibres institutionnels et le processus démocratique, et ce à partir de listes électorales acceptables et acceptées, alors ATT sera-t-il le fondateur et le refondateur de la démocratie malienne ?», s’interroge Le Républicain.

Evolution politique majeure ?

Autre pays, autre politique… A Djibouti, les parlementaires ont voté en début de semaine à l’unanimité la révision de la constitution, permettant ainsi au président Ismaïl Omar Guelleh de briguer un troisième mandat. Pour La Nation, l’un des rares journaux djiboutiens disponibles sur internet, «l’Histoire est en marche». La Nation qui parle «d’évolution politique majeure et digne des grandes démocraties occidentales.» Avec, poursuit-il, «d’un côté, un peuple uni comme un seul homme, manifestant par dizaine de milliers (…) Et de l’autre, des parlementaires qui, soucieux de répondre le plus vite possible aux aspirations légitimes de ce peuple (…), procèdent rapidement à la ratification de cette modification constitutionnelle.»
L’Observateur au Burkina fait la comparaison Mali-Djibouti… Et son verdict est sans appel : «l’exemple et le contre-exemple», titre le quotidien burkinabé.

L’Observateur examine les arguments du pouvoir djiboutien : volonté populaire et poursuite des grands chantiers engagés… «Ce genre d’inepties, affirme-t-il, était seriné à longueur de journée par les partisans de Mamadou Tandja (au Niger). La suite, on la connaît : le putsch du 18 février (…). Malheureusement, l’histoire n’a jamais servi de leçon aux hommes. Le cercle des tripatouilleurs ne fait donc que s’agrandir avec ce nouveau venu. (…) Fort heureusement, souligne L’Observateur, tout le monde n’est pas gagné par le virus de la 'tripatouillite'. Au mauvais exemple de Djibouti s’oppose le bon exemple du Mali, qui fait honneur à l’Afrique à travers son projet de révision constitutionnelle qui va dans le bon sens. » Et le quotidien burkinabé de tresser des couronnes de lauriers à ATT : « ce putschiste bien reconverti à la démocratie semble animé du souci de quitter le Palais de Koulouba, laissant un pays où les règles du jeu politique ne sont pas modifiées pour servir les intérêts d’un homme ou d’un clan. Puisse son exemple de révision vertueuse inspirer ceux qui ont l’intention, comme chez nous au Burkina Faso, s’exclame L’Observateur, de toucher à la Loi fondamentale afin qu’ils renoncent à leur projet, (…) surtout que les pouvoirs à vie n’ont rien apporté d’autre à l’Afrique que des crises sociopolitiques. »

Pourquoi cette boulimie de révision ?

Analyse similaire pour Le Pays, toujours au Burkina : «tout bien considéré, le Mali et Djibouti ont à tout le moins le mérite de la clarté du choix : le premier, résolument, opte pour un ancrage de l’alternance démocratique. Le second, tout aussi résolument, opte, si l’on lit bien ses textes, à conserver son Omar Guelleh au pouvoir au moins jusqu’en 2026.» Et, «entre les deux positions, poursuit le quotidien ouagalais, se trouve le Pays des hommes intègres qui hésite, balance et peut-être ne sait plus sur quel pied danser. Le débat sur la question de l’alternance politique y fait rage, même si officiellement, rien n’en est dit.» déplore Le Pays qui s’interroge : «que signifie cette boulimie de révisions et de réformes constitutionnelles dans le but de rester ad vitam aeternam au pouvoir ? Le chef d’Etat au pouvoir qui refuse de le quitter estime-t-il qu’il est providentiel au point que le pays qu’il dirige disparaisse si d’aventure un autre que lui devait tenir les rênes ?»

Enfin, on revient au Mali avec ce coup de chapeau du tri-hebdomadaire togolais Liberté : « l’Afrique peut se réjouir, écrit-il, et être fière de certains de ses dirigeants qui, par leurs actes, montrent que la démocratie n’est pas un mot, mais un comportement. (…) On est submergé d’admiration, poursuit Liberté, face à une telle expression de démocratie au Mali et cet amour d’ATT pour sa patrie. (…) Ceci prouve à suffisance que les vrais démocrates ne sont pas ceux qui s’accrochent comme des chauves-souris au pouvoir en défigurant dangereusement leur constitution. Les vrais démocrates, conclut le journal togolais, sont ceux qui permettent à leur pays de mieux fonctionner, lorsque eux, ils ne seront plus aux affaires.»

Fiche Pays :
Commentaires (3)

A

ATT sait rebondir au bon moment et coupe court a tous les rumeurs. Bravo il est le messie de tout un peuple.

Ne nous réjouissons pas

Ne nous réjouissons pas autant, attendons la fin du mandat d'ATT. Les dirigeants africains changent vite de décisions en deux ans.

bel analyse

Je félicite le peuple malien. Bel exemple que devraient suivre tous les candidats au pouvoir en Côte d'Ivoire. Le pays se porterait mieux et on en finirait avec ces reports de dates. Imaginons un instant que les Présidents Gbagbo, Bédié et Allasane ne soient plus candidats (histoire de laisser la place à d'autres pour aussi faire leur part de la gestion du pays), on serait déjà allé aux élections.
Une fois de plus bravo, à ATT qui fait honneur à l'Afrique, lui qui après le coup d'état contre Traoré, à céder le pouvoir à un civil avant de revenir se présenter sans parti politique, et qui aujourd'hui sait encore se retirer quand il le faut.

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