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    Culture

    Photo-Romance : une leçon de catharsis par la pratique

    media © Sarmad Louis

    Les Libanais - livrent avec leur nouvelle pièce, inspirée d’un film de l’Italien Ettore Scola, une lecture ludique et grave de la dérive fasciste de leur pays, pris entre le marteau de l’histoire et l’enclume d’un présent chaotique et sans espoir.

    La salle Boris-Vian de la Grande Halle de la Villette, à Paris, accueille du 13 au 24 avril 2010 une des pièces les plus intelligentes et les plus inventives de la saison. Créée par le couple d’artistes libanais, Linah Saneh et Rabih Mroué, au Festival d’Avignon 2009, Photo-romance transpose dans le Liban contemporain écartelé entre différentes formes d’extrémismes, l’intrigue d’Une journée particulière de l’Italien Ettore Scola, qui mettait en scène, on s’en souvient, la faillite de l’humain dans l’Italie fasciste des années 1930.

    Le rôle de la femme au foyer malmenée par une société patriarcale, interprété par Sophia Loren dans le film, est joué ici par Linah Saneh elle-même, qui incarne le personnage d’une jeune femme libanaise, divorcée et contrainte de revenir dans sa famille, proche du milieu Hezbollah. Quant à Marcello Mastrioanni, il devient, sous les traits de l’autre metteur en scène et acteur de la pièce, Rabih Mroué, un Libanais de gauche, athée mais de culture chrétienne.

    Une société machiste, en cours de fascisation

    Photo-romance raconte l’histoire de leur rencontre invraisemblable... Par une journée particulière. Nous sommes dans le Beyrouth de 2006, peu de temps après l’attaque israélienne contre le Liban. Tous les Libanais sont invités à participer à deux grandes manifestations, opposées l’une à l’autre. Les quartiers se vident de leurs habitants, partis manifester pour leurs partis respectifs. C’est sur fond de cette confrontation idéologique que se rencontrent les deux voisins : la femme et l’intellectuel pacifiste, deux âmes solitaires, marginalisés par la société machiste, en cours de fascisation.

    « La plupart des partis sont à tendance fasciste : repliés sur eux-mêmes, racistes et intolérants envers les autres, avec des pointes d’hystérie et des affirmations de virilité agressive, explique Lina Saneh dans un entretien accordé lors de la première représentation de la pièce à Avignon. (...) Face à la vie politique désordonnée, chaotique et corrompue, on [la population] trouve refuge dans le fantasme d’un leader fort, El Zaïm, El Rayess, El Sayyed, etc., symbole de la force virile, et qu’on pense capable d’imposer l’unité, l’ordre, la discipline, la loi et la justice, par la seule force de sa volonté inébranlable, de son honnêteté naturelle, innée et donc insoupçonnable, de sa foi implacable tant en Dieu qu’en lui-même, et enfin, en espérant que tant de qualités ne pourront qu’avoir un effet de contagion enthousiaste chez les gens (quitte à aider cette contagion naturelle et spontanée par quelques nécessaires et inévitables « coups de bâton » si besoin est) ».

    Un nouvel ordre musclé et viril

    Ce nouvel ordre musclé et viril, que la société civile appelle de tous ses vœux, a déjà fait des victimes : la liberté, la démocratie, le progrès social... Ce sont ces valeurs qui sont représentées sur scène par l’intellectuel communiste abandonné dans sa tour d’ivoire, et la femme cantonnée dans sa domesticité et épuisée autant par le travail que le manque de considération des siens. Tous les deux s’inscrivent en faux par rapport à l’ordre dominant dont ils donnent à voir le caractère totalitaire à travers le récit mélancolique de leur propre défaite.

    Or ce qui fait l’originalité de ce récit, c’est moins son sujet que l’économie de sa structuration moderniste et vertigineuse, toute en abîmes. Au premier plan, les personnages des deux metteurs en scène, Saneh et Mroué, qui jouent respectivement le rôle d’une réalisatrice en train de finaliser un projet de spectacle et celui du responsable de la commission de censure des productions artistiques. Ce dernier a été sollicité par la réalisatrice pour donner son avis sur les passages sensibles concernant la religion, la sexualité et les partis politiques.

    La réalité complexe et problématique du Liban contemporain

    Au milieu du plateau, l’écran vidéo sur lequel est projetée une suite d’images en plans fixes, racontant une histoire inspirée du film italien et interprétée par les acteurs sur scène. En outre, Lina Saneh lit le dialogue en voix off, établissant ainsi une passerelle entre le plateau et l’écran. Le sens est créé par la dialectique incessante entre les différents niveaux de narration qui renvoient à leur tour à la réalité complexe et problématique du Liban contemporain.

    Le spectateur est vite happé par ce spectacle à la fois visuel et narratif, ludique et distancié, qui déconstruit habilement les codes conventionnels de la représentation et de l’illusion théâtrale, pour mieux interroger l’art, son statut et sa capacité de transformation du réel. Bref, une formidable leçon de catharsis par la pratique!

    Photo-Romance, un spectacle mis en scène par Linah Saneh et Rabih Mroué. Durée 1h 20. Salle Boris-Vian, Grande Halle de la Villette à Paris. Du 13 au 24 avril, 2010. Billetterie : 01.40.03.75.75.

    Trois questions à Lina Saneh, réalisatrice de « Photo-romance »

    A la frontière de la fiction et du réel

    RFI : Vous êtes à la fois metteur en scène, actrice, et vous interprétez la voix off qu’on entend tout au long de votre spectacle. Comment vous définir ?
    Lina Saneh : Je me définis tout simplement comme quelqu’un qui fait du théâtre. Je suis également « performeuse », dans la mesure où je suis présente sur scène en mon propre nom. Je ne joue pas un rôle, je raconte en puisant mon matériau dans la vie réelle. Pour moi et mon équipier Rabih Mroué, la scène fait partie du vivant. C’est ce qui explique que nous ne revenons pas saluer le public à la fin du spectacle. Le faire serait en contradiction avec notre travail de perturbation de la frontière entre la fiction et le réel.

    RFI : Diriez-vous que le thème de Photo-Romance est la politique libanaise ou une histoire d’amour qui aurait pour cadre la vie politique de votre pays ?
    L.S. : Je crois que tout est politique. L’histoire d’amour est un moyen pour nous de parler de la complexité de la vie politique libanaise. Il y a tellement de clichés sur le Liban. A longueur de journée, les médias à l’étranger diffusent des informations simplifiées sur ce pays difficile, marqué par son histoire compliquée. A travers notre pièce, nous proposons une approche alternative de la réalité libanaise, avec pour ambition de transmettre son épaisseur, sa vitalité.

    MFI : La prochaine étape de votre tournée vous conduira-t-elle justement à Beyrouth...
    L.S. : Nous attendons avec intérêt la réaction du public libanais. C’est un public très complice, mais qui sait être en même temps extrêmement exigeant. Il aime polémiquer, critiquer, montrer du doigt ce qui ne va pas. Ce sera un test décisif.

    Propos recueillis par Tirthankar Chanda

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