Nicolas Sarkozy en Chine pour sceller la réconciliation avec Pékin
Pour cette 4e visite en Chine, le président français, d’ordinaire si pressé, joue les prolongations. Tourisme, rencontres à Pékin avec les leaders chinois puis inauguration du pavillon français à Shanghai. La normalisation des relations entre Paris et Pékin reste cependant fragile.
Si l’objectif de Paris était de ne passer inaperçu, c’est réussit ! Nicolas Sarkozy fait partie des « (trop) rares visiteurs de l’Europe » note le China Daily dans un éditorial. Parmi les 21 chefs d’Etat et de gouvernement qui seront présents à la cérémonie d’ouverture de l’exposition universelle de Shanghai, le président français est le seul en effet à se rendre spécialement à Pékin.
Pour l’Elysée, ce voyage marque définitivement « le retour à une relation de partenariat stratégique global sans nuage » et clôt le retour « à la normal » initié il y a cinq mois par le voyage du Premier ministre français François Fillon. C’est aussi, pour la plupart des commentateurs chinois, une manière de confirmer la fin officielle de la brouille de 2008 entre les deux pays. Le chahut autour de la flamme olympique à Paris, puis la rencontre la même année en Pologne, entre le président français et le Dalai Lama, feraient partie désormais de l’histoire ancienne.
Un nouveau partenariat entre la France et la Chine ?
S’agit-il pour autant du début d’un nouveau chapitre des relations bilatérales comme le martèlent les deux capitales ? C’est au moins un début, affirme avec un grand sourire Zheng Ruolin : « On voit ici les prémices de nouvelles relations sino-françaises parce que les bases de notre partenariat ont changé et surtout, le contexte international a changé », explique le correspondant à Paris du quotidien shanghaïen la Confluence des esprits .
Une autre façon de dire que la Chine a changé de statut depuis l’établissement du « partenariat stratégique France-Chine » établi sous Jacques Chirac. Cette nouvelle autorité, que certains n’hésitent pas à qualifier de nationalisme, a pu être mesuré lors du sommet sur le climat de Copenhague fin 2009. Les autorités chinoises avaient alors fait basculer les pays africains en leur faveur et isolé la position des Occidentaux.
Paris veut évidemment éviter que ce scénario ne se reproduise et espère obtenir la coopération de Pékin au moment de la présidence française du G20. « C’est vrai qu’aujourd’hui, le G20 a pratiquement remplacé le G8, lance dans un grand sourire Zheng Ruolin. Avec la crise, la voix de la Chine à plus de poids, c’est dans ce cadre qu’il faut redéfinir la nature de la relation franco-chinoise ». Oui, mais avec quelle place pour la France ?, s’interroge Valérie Niquet de l’Institut des relations internationales (IFRI).
Sur tous les sujets, la diplomatie chinoise reste très sourcilleuse pour ne pas dire susceptible. A Pékin, Nicolas Sarkozy veut par exemple convaincre la Chine de le suivre dans sa croisade en faveur d’une réforme du système monétaire. Le président français peut, en même temps, difficilement renouveler ses attaques récentes contre un yuan considéré comme sous évalué et qui plomberait les exportations des entreprises européennes. Un mot de trop et cela pourrait fragiliser la normalisation en cours.
La diplomatie française sous surveillance
« La France demeure sous observation, considère Valérie Niquet. Les autorités chinoises reconnaissent volontiers que les choses vont mieux avec Paris, mais on a l’impression que c’est au prix d’une surveillance très pointilleuse des positions françaises. Comme si toutes critiques venant de la France étaient désormais interdites ; sous peine de réactiver cette menace qui plane toujours, de la dégradation des relations avec Pékin ». Absence encore de dialogue approfondi, nationalisme chatouilleux de Pékin, la relation France-Chine reste relativement déséquilibrée en particulier sur le plan commercial.
La visite de Nicolas Sarkozy doit aussi permettre de relancer les échanges économiques entre les deux pays, largement déficitaires côté français. « Les entreprises françaises sont sur ce plan très loin de réaliser les performances de leurs homologues allemandes », rappelle à ce sujet Marie Holzmann qui a prévu d’aborder ce sujet lors d’une conférence sur les relations Europe-Chine vendredi prochain au Petit Palais à Paris. « Il faudra faire preuve de modestie, conseille la sinologue et présidente de l’Association Solidarité Chine. Il ne faut surtout pas que Nicolas Sarkozy affirme que la France est redevenue l’interlocuteur privilégié de la Chine. La France ne représente plus que 1,3 % des parts du marché chinois. C’est donc un tout petit partenaire, même si Paris reste un contournable du fait de sa présence au sein du Conseil de sécurité de l’ONU ».
Visite « politique » et grands contrats
Le président français n’est pas venu seul à Pékin. Outre son épouse, il est accompagné par cinq ministres, dont Christine Lagarde (Economie), Bernard Kouchner (Affaires étrangères) et Jean-Louis Borloo (Ecologie), ainsi que par des chefs d’entreprises qui ont parrainé le pavillon français de l’exposition universelle de Shanghai.
Cette visite est d’abord « politique ». A Pékin, le chef de l’Etat français et les dirigeants chinois vont parler de l’international et notamment de la question du nucléaire iranien où les deux pays ont des visions opposées. La Chine qui achète du pétrole à l’Iran est hostile à des sanctions renforcées. La France pousse au contraire pour une résolution au Conseil de sécurité.
Mais il sera aussi question des relations commerciales où les divergences sont encore très nombreuses. La Chine a acquis des compétences dans des domaines –le nucléaire, le ferroviaire, l’aéronautique- et sur certains marchés où les entreprises des deux pays se retrouvent en concurrence notamment en Afrique. « On peut avoir des intérêts opposés comme par exemple sur les matières premières reconnaît Zheng Ruolin. En même temps, en Afrique, la Chine s’est lancée dans des travaux d’infrastructures qui n’intéressent pas la France. Dans certains domaines, on observe des convergences. C’est le cas par exemple de la téléphonie mobile au Cameroun. Le français Orange est très présent mais il propose des communications chères et accessibles uniquement aux élites camerounaises. Une société chinoise coopère désormais avec Orange pour fournir des services à coût réduit ».
Ces exemples de coopérations restent malheureusement très rares. Le bilan de la visite sera définitivement tiré à l’automne prochain avec la venue prévue de Hu Jintao à Paris. C’est là que seront éventuellement annoncés les « grands contrats » discutés en coulisse à l'occasion du voyage de Nicolas Sarkozy à Pékin. Pour l’instant les médias chinois retiendront surtout la promenade du président français et de son épouse sur une partie « sauvage » de la grande muraille. Zheng Ruolin a, lui, trouvé le titre de son papier du jour : « Bienvenue à Nicolas et Carla Sarkozy ! ».

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