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    Asie-Pacifique

    Exposition universelle : Shanghai a changé, de gré ou de force

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    C’est l’événement de l’année en Chine. L’Exposition universelle de Shanghai est inaugurée le 30 avril 2010 au soir, en présence d’une centaine de chefs d’Etat dont Nicolas Sarkozy.

    Les Shanghaiens veulent faire encore plus impressionnant que les JO de Pékin. La ville s’en trouve donc transformée, avec ses avantages et ses inconvénients…

    Les ouvriers ajoutent les derniers pavés qui manquent encore aux trottoirs. C’est la touche finale avant le début de l’Exposition universelle. La fin de 3 ans de travaux, de bruit, et de poussière. Shanghai, mégalopole de 19 millions d’habitants, a subi un lifting intégral. Tout ce qui était passé, usé, abîmé a été rafraichi ou détruit.

    Intérieur d'un taxi moderne de Shanghai avec écran vidéo Jan Langhaug/ Creative Commons (by-nc-sa)

    La ville offre désormais son meilleur visage aux visiteurs du monde entier.
    Il suffit d’embarquer à bord d’un taxi pour s’en rendre compte. Wang Lishan sillonne Shanghai depuis 20 ans. Cela valait la peine de subir tous ces travaux, dit-il. « La ville et la route sont plus belles qu’avant. Les maisons sont mieux aussi… La circulation est plus fluide. Avant tous ces travaux, il y avait beaucoup de trafic, et les routes étaient en mauvais état. Plein de bouchons, on n’avait pas le choix…».

    Wang Lishan se rappelle du site de l'exposition avant les travaux : « A Pudong il y avait une aciérie. Et de l’autre côté du fleuve, à Puxi, il y avait une centrale électrique. Et un chantier naval. Avant l’expo, cet endroit-là, c’était le bordel, c’était dégueulasse. Tu vois, là-bas, on peut voir ce qui reste de la centrale électrique. Maintenant la cheminée est illuminée… ».

    L’ancienne usine accueille désormais un musée, où l’on retrace l’histoire du site de l’exposition, ancien fleuron de l’industrie shanghaienne… Une surface de 5 km2 située au cœur de la ville, sur les berges du fleuve Huangpu. La municipalité voulait s’en débarrasser depuis longtemps, explique Xu Bo, le commissaire général-adjoint de l’exposition universelle. Il y avait 272 usines. Il fallait donc dépolluer Shanghai, mais aussi la dépoussiérer.

    Le Bund, les piétons

    Le Bund, par exemple, a retrouvé sa splendeur passée. 33 mois de travaux et 500 millions d’euros ont été nécessaires à la rénovation de cette avenue et de sa promenade de près de 4 km. Le Bund, c’est l’un des endroits les plus touristiques de Shanghai où les édifices coloniaux des années 30 font face à la modernité des gratte-ciel de Pudong, de l’autre côté du fleuve.

    Chen Xiaohong est ingénieur à l’université de Tongji. Depuis 8 ans, elle repense l’organisation des transports à Shanghai. « Le Bund est très important pour la ville de Shanghai. Il est témoin, à la fois, de l’histoire et du développement de la ville. L’objectif de la rénovation était d’accorder plus d’espace aux piétons pour qu’ils puissent de promener le long de la rivière. On a enterré le trafic, on est passé de 10 à 4 voies de circulation ».

    L’extension du métro

    70 % des voitures qui circulaient sur l’avenue ont donc disparu. Et fin mars, les touristes ont repris possession du Bund. Depuis, sa promenade fait le plein chaque week-end. Jusqu’à 2 millions de personnes par jour, dont ce couple de Shanghaiens. « Nous sommes venus voir la transformation du Bund. Le nouveau Bund est plus grand et la vue plus dégagée… il y a beaucoup de gens. C’est très populaire. C’est une vitrine pour Shanghai et nous sommes fiers. On n’est pas venu ici depuis des années », précise l’homme.

    Mais ce qui a vraiment changé la vie des Shanghaiens, c’est le développement du métro. Avec l’Exposition universelle, 4 nouvelles lignes ont vu le jour. Les autres ont été prolongées. Le métro de Shanghai n’a que 15 ans, et pourtant, avec ses 420 km, il est déjà le plus long de Chine. « Bien sûr, ça fait gagner beaucoup de temps, dit l'homme. Le métro est plus rapide que n’importe quel autre moyen de transport. Avec la ligne 9, c’est plus pratique pour moi de sortir, et je gagne aussi du temps pour aller travailler. Avant je mettais une heure et demie pour aller au travail, maintenant je mets moins d’une demi-heure ».

    Le nouveau métro de Shanghai avec toutes les technologies modernes. AFP/ Philippe Lopez

    Autre avantage de ce nouveau réseau. Il permet de s’éloigner du centre de Shanghai, et ainsi de payer son loyer moins cher. Commentaire de Chen Xiaohong, ingénieur dans les transports : « Avant, parce que c’était pratique pour aller au travail, on vivait dans un vieil appartement dans le centre-ville. Maintenant qu’on a le métro, donc on peut habiter un peu plus loin du centre ville… et donc améliorer sa condition de vie. Vous vous apercevrez que dans Shanghai, beaucoup de nouveaux appartements sont construits près des nouvelles lignes de métro. Si nous n’avions pas eu l’Exposition universelle,  le réseau de métro n’aurait pas été construit aussi vite. D’ici 2012, 4 lignes supplémentaires seront construites. L’expo a donné à Shanghai l’opportunité d’investir davantage dans les transports publics ».

    Côté infrastructures, 3 tunnels supplémentaires traversent le Huangpu. L’aéroport de Hongqiao s’est doté d’un deuxième terminal. Et pour les visiteurs de l’expo, 4.000 taxis flambant neuf sont sur le pied de guerre. Certains chauffeurs auraient même appris quelques mots d’anglais pour l’occasion.

    Mais Shanghai s’est-elle vraiment transformée de son plein gré ?
    La Chine dit avoir dépensé un peu plus de 3 milliards d'euros pour l'expo.
    Mais si l’on inclut la transformation de la ville, la facture s’élève à 44 milliards d’euros. Un investissement faramineux aux yeux des Shanghaiens dont le salaire moyen est de 250 euros mensuels…

    Certains ont même perdu leurs maisons dans cette frénésie de rénovation. A commencer par ceux qui habitaient sur le site de l’exposition, à côté des usines.
      « J’habitais ici, au bout de cette avenue, c’était mon appartement, là tout droit, racconte Li Ling, une grand-mère expropriée. Et maintenant, c’est là où se trouvent les pavillons étrangers, le français ou l’allemand ». A 80 ans, Li Ling est l’une des expropriées de l’exposition, l’une des victimes aussi. En 2005, elle a vu 50 ans de sa vie partir en poussière, sous les bulldozers.

    Bien sûr, comme ses voisins, elle a reçu une offre de relogement, moyennant une participation, beaucoup trop élevée pour son budget de retraitée. « On m’a proposé un appartement de 51 m2. Et ils m’ont demandé de payer 17.000 euros. C’était impossible pour moi d’accepter. Selon la loi, les Chinois sont sous la protection de l’Etat, tout le monde a droit à un appartement. Donc je n’étais pas d’accord. Mais ils m’ont forcé à déménager. Ils ont démoli mon appartement. De 2005 à maintenant, on n’a rien reçu. Ils font comme si je n’existais pas. Je n’ai nulle part où aller, je vis à l’hôtel…. ».

    Un lifting de la ville et ses ratés

    Si le Bund a été préservé, on ne peut pas en dire autant des autres quartiers de la ville. Paul French est un écrivain britannique, passionné du vieux Shanghai… du moins de ce qu’il en reste. Pour lui,  « 2009 n’a pas été une très bonne année pour le patrimoine. La majeure partie de ce qui constituait le ghetto juif a été détruit maintenant. Dans un autre quartier, l’un des bâtiments les plus intéressants était le club d’aviron qui était censé être protégé, c’est dire la valeur des règles de conservation du patrimoine à Shanghai… Eh bien, il a été détruit lui aussi pour construire - et c’est assez drôle - un quartier nommé le « Bund historique ». Donc pour construire une zone historique, il faut détruire des bâtiments historiques, je ne saisis pas bien la logique ».

    AFP

    La logique est celle de la spéculation immobilière, un mal qui touche toutes les grandes villes de Chine. « Quand ils le veulent, les Chinois savent préserver le patrimoine, que ce soit de l’architecture chinoise ou occidentale. Mais le cœur du problème, c’est l’argent. Les immeubles qui sont détruits sont assez bas. Bien sûr, vous gagnez plus d’argent si vous construisez 40 étages. Vous savez, Shanghai et Pékin regorgent de promoteurs immobiliers, et ils ont besoin d’espaces pour se développer…. ».

    Avec l’Exposition universelle, Shanghai s’est aussi transformée en forteresse. Ce mois-ci, plus de 6.400 personnes ont été arrêtées lors d’une opération anti-délinquance ; des prostituées, des voleurs à la tire, des vendeurs de DVD pornographiques, tout ce qui serait susceptible d’importuner les visiteurs.

    La controverse sur les pyjamas dans la rue

    Il faut donner une bonne image de la ville et les habitants n’y couperont pas. Les affiches de propagande sont partout. On peut également y lire des leçons de bonne manière : « Ne crache pas dans la rue », « parle avec élégance » et « habille-toi de manière civilisée »…Référence aux pyjamas portés dans la rue, une tradition shanghaienne, qui exaspère la mairie. Zhang Lianfang coordonne la campagne anti-pyjama dans son quartier. « Je me suis beaucoup documentée sur les cultures étrangères, et je me suis rendue compte qu’il était impensable, dans les pays occidentaux, que quelqu’un porte un pyjama dans la rue. Nous allons accueillir l’Exposition universelle, avec des visiteurs du monde entier. Nous devons donc nous habiller de manière civilisée pour donner une bonne image aux touristes. C’est pourquoi nous avons recruté des bénévoles pour faire de la sensibilisation. Au début, la plupart des gens n’acceptaient pas qu’on leur dise d’enlever leur pyjama. Mais on ne s’est jamais disputé, on les a convaincu en souriant ».

    Le nombre de pyjama dans les rues de Shanghai a effectivement diminué ces derniers mois, et cela ne fait pas sourire Lin Jian. Ce Shanghaien est chroniqueur chez Vogue, le célèbre magazine de mode. « Je pense que le gouvernement de Shanghai est étrangement obsédé par cette histoire de civilisation. La question est de savoir qui définit ce qui est civilisé ou pas ? L’Occident, ou notre tradition ? Shanghai a longtemps été une ville coloniale, donc c’est une coutume de vivre à travers le regard des Occidentaux ».

    Une chanson subversive

    La censure se fait aussi plus dure. Critiquer publiquement l’exposition, c’est prendre le

    risque de représailles… Le groupe shanghaien Top Floor Circus en a fait l’expérience avec cette chanson, une gentille parodie de l’hymne des Jeux Olympiques de Pékin intitulée « Shanghai ne vous souhaite pas la bienvenue ». Fin 2009, le groupe punk la joue sur scène, son dernier concert avant longtemps.

    Jake Newby, chroniqueur musique au Time Out était dans la salle. « Cette nuit-là, ils ont joué une version complètement différente, intitulée « Shanghai ne vous souhaite pas la bienvenue »… avec des paroles anti-expo très explicites à propos des prix de l’immobilier qui se sont envolés, en gros, à cause de l’expo. Le problème avec cette chanson, c’est qu’elle a été filmée par quelqu’un dans le public. Elle s’est alors retrouvée sur tous les blogs, les forums. Parce qu’elle parle vraiment aux Shanghaiens qui commencent à penser que l’Exposition universelle apporte plus d’emmerdements que d’avantages. Et donc, la chanson a fait un tabac. Le gouvernement a invité le groupe à prendre un thé, comme ils disent. Ils ont été interdits de jouer à Shanghai pour les 6 prochains mois. Et la moindre trace de la chanson a été effacée d’internet, comme de l’histoire d’ailleurs ».

    Le week-end dernier, deux salles de concert shanghaiennes, le Yuyintang et le Shelter, ont dû interrompre leurs concerts à la demande de la police. Elles resteront fermées, jusqu’à nouvel ordre, peut-être pendant toute la durée de l’exposition, d’où l’inquiétude de Jake Newby. « Pour les Jeux Olympiques, les salles de concert ont été fermées environ 1 mois. Juste après ça, quand la scène (rock) a rouvert, c’était vraiment fort. Mais si vous fermez la scène pendant 6 mois… Beaucoup de ces groupes locaux sont des gamins qui ont un autre travail, ils ne gagnent pas d’argent avec la musique. Alors, ça peut détruire la scène (rock), et pour un long moment ».

    Les Shanghaiens devront donc se passer de rock pendant 6 mois. Et se contenter de chansons moins subversives. L’hymne de l’Exposition universelle résonne déjà dans toute la ville. Il est interprété par une poignée d’artistes chinois, dont Jackie Chan. 

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