Zone euro/Grèce - 
Article publié le : mercredi 05 mai 2010 - Dernière modification le : mercredi 05 mai 2010

L’euro, victime collatérale de la crise grecque

Des liasses de billets de 100  et 200 euros.
Des liasses de billets de 100 et 200 euros.
AFP/ Pedro ARMESTRE

Par Myriam Berber

Malgré le plan de sauvetage de la Grèce, les places boursières sont dans le rouge. L’euro évoluait toujours à la baisse face au dollar, au plus bas depuis un an. La monnaie européenne est aujourd’hui sur la sellette, bon nombre d’économistes s’interrogent sur sa longévité.

L’Europe pensait être sortie de l’ornière avec l’adoption du plan d’aide de l’Union européenne et du Fonds monétaire international en faveur de la Grèce. Mais mardi la spéculation a repris de plus belle, pariant sur l’incapacité de la Grèce à redresser ses finances. Résultat, toutes les bourses européennes sont en net recul. Première victime de cette crainte des marchés : l’euro a chuté, mercredi, sous la barre des 1,29 dollar, son niveau le plus bas depuis un an. Soit une décote de 11% depuis le début de l’année.

Les investisseurs désertent la monnaie unique. Ils craignent que la crise ne se propage à d’autres pays à risque de la zone euro comme l’Espagne et le Portugal, dont la note pourrait être dégradée par l’agence Moody’s. Et les dernières rumeurs concernant un possible appel au FMI de l’Espagne qui ont agité, mardi, les marchés, n’ont fait qu’aggraver le trouble. Une rumeur démentie par le Premier ministre espagnol José-Luis Rodriguez Zapatero ainsi que par le FMI qui a assuré qu’il n’y avait « aucune vérité ».

« La fin possible de l’euro »

Mais la nervosité n’est pas retombée. Un autre élément joue contre l’euro : la décision de la Banque centrale européenne (BCE) d’assouplir ses règles de crédit pour la Grèce, en acceptant toutes les obligations grecques, quelle que soit leur note, dans ses opérations de refinancement. Pour Steven Barrow de Standard Bank Pic à Londres, « la crédibilité de la BCE en a pris un coup ».

Dans cette tourmente financière, les voix mettant en cause la survie même de la monnaie unique se font de plus en plus nombreuses. Certains diagnostics commencent à être pessimistes sur la monnaie unique. A commencer par celui du prix Nobel d’économie, Joseph Stiglitz, qui prédit la fin possible de l’euro, si l’Europe ne parvient pas à « régler ses problèmes institutionnels fondamentaux ». Interrogé mardi sur la radio BBC 4, Joseph Stiglitz a estimé que « le plan d’aide à la Grèce ne ralentirait pas la spéculation sur un affaiblissement de la zone euro »

Des réformes structurelles

Pour les détracteurs de l’euro, la crise grecque pose une question essentielle : quel est le bien-fondé d’une monnaie réunissant des pays aux performances économiques aussi contrastées que l’Allemagne et la Grèce ? « Il est temps de reconnaitre l’échec de l’euro », estime ainsi l’économiste Jean-Jacques Rosa dans les colonnes du quotidien économique Les Echos, pour qui « la sortie de la Grèce de la zone euro est la seule solution ». Selon lui, l’euro fort étouffe littéralement la compétitivité du pays. Au fil des années, les Grecs se sont retrouvés incapables de vendre leurs produits et leurs services à l’extérieur.

Pour les défenseurs de la monnaie unique, la survie de la zone euro est possible, mais passe par des réformes structurelles. Les Européens semblent de plus en plus disposés à tirer les leçons de la crise grecque. Mercredi matin, la chancelière allemande Angela Merkel a évoqué devant les députés du Bundestag « la nécessité de changer le Pacte de stabilité ».
 

tags: Crise économique - Grèce - Union Européenne
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Commentaires (3)

Necessité de decoupler la force de la monnaie et l'économie

La très grande majorité des commentateurs européens considère comme un début de catastrophe le fait que l’euro se soit déprécié par rapport au dollar. Regardons-y de plus près.
L’euro qui valait 1$45 en début d’année ne vaut plus que 1$28 aujourd’hui. Un américain pourra avec 1$28 aujourd’hui acheter une marchandise européenne valant un euro, il ne le pouvait pas en début d’année. Un Européen ne pourra plus acheter comme il le faisait en début d’année une marchandise américaine valant 1$45. Le commerce extérieur de l’Europe ne peut que s’en trouver raffermit et, de ce point de vue, la perte de valeur de l’euro par rapport au dollar est tout à fait bénéfique.
Certaines considérations peuvent toutefois tempérer ce premier constat, par exemple la considération que les entreprises européennes sont plus faciles à acheter pour les fonds de pension américain. Cette considération ne paraît toutefois pas de nature à emporter la conviction tant il apparaît que l’euro est depuis longtemps surévaluer par rapport au dollar.
Les inquiétudes quant à la baisse de l’euro peuvent s’expliquer de trois façons :
-Une ignorance du mécanisme fondamental des échanges internationaux
-Voir la spéculation internationale attaquer l’euro, monnaie extrêmement forte, non pas seulement des pays comme l’Allemagne qui pour des raisons historiques ont une tradition socio-économique de monnaie forte. Mais aussi monnaie de pays qui comme la Grèce, l’Italie, l’Espagne, voir la France sont des pays de monnaies faciles ou la chute du cours de la monnaie était souvent la solution donnée à des contradictions internes, sociales ou économiques. La chute de la monnaie n’étant plus possible quand leur monnaie est devenue l’euro, les contradictions doivent trouver les solutions ailleurs et par exemple, dans le cas de la Grèce, dans un déficit des finances publiques incontrôlé. La crainte est alors que la spéculation n’attaque une construction monétaire plaquée sur des types de fonctionnement sociaux et économiques extrêmement différents.
-Qu’une pratique continue de monnaie fondante et facile n’entraîne une dissolution des liens sociaux comme dans l’Allemagne de l’après 1ere guerre mondiale ou certains observateurs voient dans l’hyper-inflation un des éléments qui ont permis l’avènement du nazisme.

La réflexion sur l’euro doit prendre en considération ces éléments sous peine de voir se creuser le fossé entre une construction monétaire rigide et sans articulations et la réalité économique très contrastée des pays qui composent l’Europe monétaire d’aujourd’hui.
Plus précisément l’affaiblissement de la valeur de l’euro dans une situation de crise est de risque de spéculation, est un facteur qui permet de mieux résister à cette spéculation et à cette crise.

C'est très bien

L'Euro, à plus de 1,40 $, était surévalué. Entre 1,20 et 1,30, c'est très bien et il faut espérer qu'il se maintienne longtemps à ce niveau. Les exportations européennes ne s'en porteront que mieux et les importations seront plus chères. Tant mieux.
PSB France Normandie

ah bon ?

Tant mieux pour les commerçants qui exportent, mais pour un particulier qui achète ses articles moins chers aux etats unis grace à internet, c'est la panique...

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