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    Asie-Pacifique

    Jeunes cinéastes « Viet kiêu » : l’autre regard

    media Le jeune réalisateur d'origine vietnamienne, Lê Van Kiêt vaala.org

    Alors que le jeune réalisateur vietnamien Phan Dang Di concourt à Cannes pour la Caméra d’or dans la sélection «Semaine de la critique», d’autres jeunes cinéastes vietnamiens vivant à l’étranger ont percé dans le milieu du 7e art. Issus de la grande diaspora des « Viet kiêu » aux Etats-Unis, ces réalisateurs évoquent sans détour le problème de la transmission et posent un regard lucide sur la double culture.

    Ils sont jeunes et indépendants. Certains sont autodidactes, d’autres sont formés dans les meilleurs universités aux Etats-Unis. Mais en choisissant la voie du cinéma, ils vont à l’encontre des souhaits de leur famille. Posez la question à un parent vietnamien : quel métier souhaitez-vous pour vos enfants ? Vous obtiendrez toujours la même réponse et dans cet ordre précis : docteur, avocat, ingénieur au mieux…pharmacien et informaticien au pire.

    Contre vents et marées, le jeune réalisateur Mark Trân (25 ans) l’a appris à ses dépens. Installé à San Jose, il a d’abord entamé des études de médecine sur les conseils de ses parents, puis se reconvertit dans l’informatique avant de devenir assistant-réalisateur. L’expérience du tournage puis du montage lui a tellement plu qu’il a décidé de passer derrière la caméra pour tourner son premier scénario Binary City en 2007. Mais le film qui l’a vraiment révélé à travers différents festivals américains du cinéma asiatique c’est All about Dad (Tout sur mon père).

    Le cinéaste a puisé dans son propre parcours une multitude d’éléments autobiographiques, passés au crible de l’écriture pour retenir les plus savoureux, le tout dosé d’un soupçon d’humour féroce. All about Dad raconte l’histoire d’une famille vietnamienne vivant en Californie. Le père est un catholique pratiquant, se saigne aux quatre veines pour que ses enfants réussissent. Le benjamin de la famille poursuit ses études pour devenir médecin, mais en secret, rêve de tourner des films.

    Né aux Etats-Unis en 1985, études secondaires à San Jose.
    2004 : Abandon des études de médecine pour se tourner vers le cinéma
    2005 : assistant réalisateur, monteur (Glory boys day, Promisse me)
    2007 : écriture et réalisation de son premier film Binary City
    2009 : réalisation de All about Dad
    2010 : préproduction de son 3e film Saigon, CA
    Premier prix au Festival du cinéma Asie-Pacifique à Los Angeles
    Meilleur jeune réalisateur au Festival des films asiatiques de San Diego
    Prix du Public au Festival Cinequest (Etats-Unis)

    Une de ses filles se voit en chanteuse dans des télé-crochets. Une autre n’ose pas avouer qu’elle veut se marier avec un homme dont le grand défaut est d’être bouddhiste fervent. Les repas de famille se transforment vite en champ de bataille. Les parents en sortent déboussolés, non seulement ils doivent gérer une rébellion de l’intérieur, mais en plus ils doivent faire front contre des voisins américains hargneux. La maison bien rangée, le jardin parfaitement entretenu ne sont donc qu’une harmonie de façade. Dans le « Nouveau monde », ce père pétri de valeurs anciennes est vite dépassé, ses paroles ne sont plus des évangiles depuis que ses enfants se sont convertis à la trinité sacro-sainte F.B.I (Facebook, Blogging et iPod).

    Avec un sens du rythme et une narration maîtrisée, Mark Trân va au-delà d’une chronique familiale, pour parler au plus grand nombre. La transmission entre les générations n’est pas qu’un problème propre aux familles asiatiques, c’est le dénominateur commun de la plupart des immigrants. Bousculant les valeurs traditionnelles et familiales, il va à l’encontre des préceptes de Confucius. Dans son regard, l’individuel devance et prend le pas sur le collectif. Si chacun doit garder sa juste place et passe sous silence ses aspirations personnelles pour préserver l’harmonie familiale, alors les mensonges ne sont rien d’autre que des vérités non-dites.

    Poussière de vie pour Lê Van Kiêt

    Dans un autre registre mais tout aussi poignant, le film Dust of Life (Poussière de vie) du jeune réalisateur Lê Van Kiêt (31 ans) a suscité de nombreux débats dans la diaspora. Diplômé de UCLA (département cinéma et télévision), Lê Van Kiêt a quitté le Vietnam depuis son plus jeune âge. Ayant grandi en Californie, il a choisi une école de cinéma après ses études dans le secondaire, malgré les réticences de sa famille. Sorti major de sa promotion, il se lance dans le tournage de son premier long métrage. Dust of Life est une œuvre âpre et dense, une fiction filmée comme un documentaire, retraçant le parcours des jeunes vietnamiens désoeuvrés sur leur terre d’accueil. Les années 1990 marquent la seconde vague d’immigration vietnamienne aux Etats-Unis.

    Né au Vietnam en 1978, s’installe en Californie avec sa famille à l’âge de 2 ans
    2005 : décroche une bourse à UCLA, département Cinéma et Télévision
    2007 : Major de la promotion avec le court-métrage The Silence
    2008 : Réalisation du premier long métrage Dust of Life
    2010 : vient de finir son deuxième long métrage Sad Fish
    Premier prix court-metrage au Festival des cinémas vietnamiens VIFF
    Prix du jury Vietnamese American Film Industry
    Nomination Meilleur espoir à Austin Film Festival

    Certains sont boat people, d’autres sont accueillis soit dans le cadre du regroupement familial, soit dans le cadre humanitaire pour les anciens combattants (HO - Humanitarian Organization). Certaines familles arrivant sur le tard, sont confrontées aux difficultés d’intégration, l’eldorado dont ils ont tant rêvé n’est qu’une illusion, la réussite éclatante des premiers immigrants ne sont apparemment pas pour eux, et se faire une place au soleil est devenu difficile tant le terrain reste occupé et la concurrence bien rude. Alors, les parents cumulent plusieurs boulots pour joindre les deux bouts et consacrent peu de temps à leur famille. Les enfants sont livrés à eux-mêmes, sombrent vite dans la délinquance, les gangs ou l’école du crime, surtout quand on veut gagner de l’argent facile.

    Basé sur des faits réels, Dust of Life dit tout haut ce que nombreux pensent tout bas. Le cinéaste braque la lumière sur un phénomène que la communauté vietnamienne à Orange County (Californie) souhaiterait voir resté dans l’ombre. C’est le portrait d’une jeunesse désenchantée, filmé sans compromis et sans concessions, qui dérange car il tord le cou à de nombreux clichés (les Vietnamiens ne sont pas tous travailleurs, les brebis galeuses ont leur voix au chapitre). De ce point de vue, Dust of life est un manifeste d’indépendance et d’ouverture d’esprit, bravant les tabous imposés par une majorité silencieuse, jetant aux orties les règles de bienséance et du politiquement correct. Non, la réussite exemplaire des Vietnamiens aux Etats-Unis n’est pas sans tache.

    De Nadine Truong (Shadow Man) à Nguyen Minh Duc (Touch), de Victor Vu (The Anniversary) à Dô Khoa (Footy Legend), les jeunes talents cherchent à mener à bien leur projet de réalisation. A la différence de leurs aînés (Tony Bui, Charlie Nguyen, Ham Trân…), leur point de vue cinématographique s’inscrit davantage dans le moment présent, reflète le monde dans lequel ils vivent, ne s’encombre pas d’idéologie ou ne cherchent pas forcément à témoigner sur les années de guerre. La plupart d’entre eux font partie de la « génération une et demi », quelque part entre les parents, donc la première génération, et les enfants de la seconde génération, complètement assimilés car nés aux Etats-Unis.

    De leur double culture, naît parfois des conflits d’identité (l’éducation au sein de la famille est si différent de ce qui est enseigné à l’école), mais c’est là un matériau précieux pour leurs œuvres. Ce phénomène est encore plus visible dans l’écriture littéraire que ce soit des romans ou des nouvelles. A l’instar de Nam Lê avec son recueil de nouvelles The Boat, les auteurs d’origine vietnamienne posent un regard perspicace et libérateur sur le problème de la transmission générationnelle.

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