Cinéma / 63e Festival de Cannes - 
Article publié le : jeudi 20 mai 2010 - Dernière modification le : vendredi 21 mai 2010

«Fair Game», histoire d’une incroyable trahison, entre en compétition à Cannes

Doug Liman, réalisateur américain de « Fair Game », et l’actrice principale du film, Naomi Watts.
Doug Liman, réalisateur américain de « Fair Game », et l’actrice principale du film, Naomi Watts.
RFI / Kèoprasith Souvannavong

Par Kèoprasith Souvannavong

Plongée au cœur d’un scandale politique avec Fair Game, de Doug Liman, seul long métrage américain en lice pour la Palme d’or au 63e Festival de Cannes. Thriller d’espionnage et chronique familiale, le film revient sur les mésaventures de Valerie Plame dont le statut d’agent de la CIA avait été révélé par l’administration de George W. Bush pour discréditer son époux, le diplomate Joe Wilson, opposé à la guerre en Irak.

De notre envoyé spécial à Cannes

Bataille entre vérité et mensonge, Fair Game, dernier long métrage de l’Américain Doug Liman, s’inspire de l’affaire Valerie Plame, incarnée par Naomi Watts. Agent de la CIA travaillant au département chargé de la non-prolifération nucléaire, Valerie Plame enquête sur l'existence d'armes de destruction massive en Irak.
 

Festival de Cannes

En février 2002, son époux, l’ex-diplomate Joe Wilson, se voit confier par la CIA la mission de vérifier une rumeur de vente d'uranium enrichi par le Niger à l'Irak. Une rumeur qui se révèle fausse. Mais l’administration Bush décide de ne pas tenir compte de ses conclusions ni des doutes de la CIA et lance une offensive contre Saddam Hussein en mars 2003.
 
Moins de quatre mois après le déclenchement de l'opération, alors qu'aucune arme de destruction massive n'a encore été découverte, Joe Wilson publie une tribune dans le New York Times pour dénoncer la guerre en Irak, engagée sous de faux prétextes, selon lui. La polémique est lancée. L'administration Bush réplique en le discréditant : l’identité de son épouse est révélée dans le Washington Post le 14 juillet 2003.
 
Une « histoire fascinante »
 
 « Fair Game

Festival de Cannes

n’est pas un film politique mais plutôt une fiction sur deux personnes qui se retrouvent au cœur d’un énorme scandale politique. Cette histoire est fascinante et le sera encore dans cent ans », affirme Doug Liman. « Le récit se base sur ce qu’ont vraiment vécu Valerie Plame et Joe Wilson, des personnages passionnants : elle, est secrète, et lui, extraverti ».
 
Le réalisateur américain s’attache à retracer l’atmosphère des Etats-Unis à l’époque, sans prendre parti. « Le film ne défend aucun camp. Il retrace juste une histoire qui a eu lieu, sans aucune autre intension », précise-t-il en référence au battage médiatique suscité par cette affaire, certains médias n’hésitant pas à se ranger du côté de la Maison Blanche.
 

Festival de Cannes

« Valerie Plame est une femme d’une complexité invraisemblable. Elle avait un poste à haute responsabilité. Secrète sur son travail et sa famille, elle a trahi les autres avant de l’être elle-même », estime pour sa part Naomi Watts. « Même si je la connaissais à travers les médias, j’ai dû entrer en contact avec elle pour approfondir mon personnage. Mais elle ne m’a pas pour autant dévoilé tous ses secrets, puisque juridiquement elle n’en a pas le droit. Je suis admirative de sa force, de son courage et de son combat aux côtés de son mari pour faire éclater la vérité. C’est une occasion rare de jouer un personnage tel que le sien », ajoute la comédienne de 41 ans, née en Grande-Bretagne et révélée à Cannes en 2001 par Mulholland Drive de David Lynch.
 
Un film alliant divertissement et réflexion
 
Président du jury en 2008, l’Américain Sean Penn, qui campe Joe Wilson, est le grand absent sur la Croisette. « Sean Penn était parfait pour ce rôle. C’est le plus grand acteur vivant de notre époque », dit de lui Doug Liman. Plus habitué aux grosses productions (Mr. And Mrs. Smith, avec Angelina Jolie et Brad Pitt dans les rôles titres), le cinéaste confie avoir toujours voulu tourner des films alliant divertissement et réflexion, un objectif qu’il estime avoir atteint avec Fair Game.
 
Mais force est de constater que sa dernière réalisation s’apparente plus à un film de divertissement, dépourvue de véritable suspense. Même s’il a le mérite de soulever la question de la vérité dans une démocratie, et en dépit d'une bonne prestation de Naomi Watts et de Sean Penn, on est tenté de se demander si Fair Game a toute sa place dans la compétition officielle.
 
A titre d’anecdote, la salle était bondée lors de

Festival de Cannes

la conférence de presse de Fair Game, ce jeudi 20 mai, contrairement à celle donnée la veille par l’équipe du film coréen Poetry , œuvre moins ambitieuse mais qui a été applaudie pendant une dizaine minutes par un public visiblement acquis à l’issue de sa projection officielle. Reste à savoir si l’accueil réservé à Fair Game sera aussi chaleureux. 

tags: Cinéma - Etats-Unis - Festival de Cannes 2010 - France

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