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Afrique

Tirailleurs sénégalais

L'armée d'Afrique et l'armée coloniale : deux corps militaires distincts

media

Quelles différences entre les tirailleurs de l'armée d'Afrique, essentiellement d'origine maghrébine et les tirailleurs de l'armée coloniale, venus des quatre coins de l'empire français ?

Bien souvent, on confond les deux alors qu'il s'agit de deux entités dont les recrutements, les lieux de stationnement et les traditions militaires sont bien distincts.

L'armée d'Afrique

Texte composé en 1943, chanté par les acteurs du film "Indigènes" lors de la remise de leur prix à Cannes (2006). Cliquer sur l'image.

C'est le nom donné au corps expéditionnaire français d'Alger en 1830. Il s'applique ensuite aux troupes qui ont conquis le territoire. Avec l’occupation de l’Algérie, la France se dote de ses premières unités dites indigènes : tirailleurs (fantassins), spahis (cavaliers), zouaves (peu à peu composés d’Européens) et diverses formations de supplétifs.

Après les protectorats imposés à la Tunisie (1881) et au Maroc (1912) et avec les régiments de la Légion étrangère, de chasseurs d’Afrique et des bataillons d’infanterie légère d’Afrique, toutes ces unités constituent l’armée d’Afrique stationnant essentiellement au Maghreb.

Ne l'oublions pas : de 1848 à 1962, l'Algérie est partie intégrante du territoire français et est subdivisée au début de son administration, en 3 départements et 6 «Territoires du Sud». L'armée d'Afrique a donc la configuration d'une armée nationale soumise cependant au code de l'indigénat.

 

Selon le code de l'indigénat, les colonisés sont sujets de l'empire. Seule une minorité, et dans des circonstances très particulières, a accès à la citoyenneté française. Cependant, cette accession, qui soumet les colonisés aux lois républicaines, en particulier sur le plan religieux et juridique, est difficilement acceptable pour nombre d'entre eux, en particulier les musulmans (transmissions d'héritage, polygamie, etc).

Les tableaux d'effectifs répartissent les militaires au sein des différentes unités coloniales entre «Européens» et «Indigènes»- officiers, sous-officiers, caporaux, soldats supérieurs et troupe-, s'y ajoutent dans certains régiments, les «Originaires» (citoyens français de pleins droits nés dans une des Quatre communes du Sénégal. En revanche, de nombreux tableaux consultés, en particulier ceux établissant les pertes après les combats de 1940, distinguent rarement entre «Européens» et «Indigènes».

E.D. et A.C.

L'armée d'Afrique a été dissoute en 1962. Seules quelques unités maintiennent aujourd’hui la tradition au sein de l’armée de terre française : légion étrangère, 1er régiment de tirailleurs (Épinal), 1er régiment de chasseurs d’Afrique (Canjuers), 1er régiment de spahis (Valence) et quelques autres unités du train ou de l’artillerie. Le mémorial national de l’armée d’Afrique à été implanté à Saint-Raphaël (Var) à l’initiative du général Callies, président fondateur de l’association nationale Souvenir de l’armée d’Afrique. Il a été inauguré le 15 août 1975, boulevard du général de Gaulle, sur le front de mer.

L'armée coloniale

Les tirailleurs sénégalais sont créés en 1857. Avec l’extension des conquêtes, apparaissent des tirailleurs indochinois, malgaches, somalis.  Ces unités dites coloniales, alignant Européens et indigènes (soumis au code de l’indigénat), servent en Indochine, en Afrique noire, sur la côte des Somalis, à Madagascar, aux Antilles, à la Réunion, au Levant et dans le Pacifique.
Tous ces tirailleurs appartiennent aux troupes de marine ou coloniales.

Bien entraînés et encadrés au sein de solides régiments d’active, les combattants de l’empire serviront de troupes de couverture et de manœuvre dans la future guerre mécanique, aérienne et totale où les blindés, les armes lourdes, l’artillerie, l’aviation tiendront une place déterminante.

À l’issue de la Grande Guerre, pour honorer les tirailleurs africains et à l’initiative du comité d’assistance aux troupes noires présidé par le général de division Archinard, ancien commandant supérieur du Soudan français, un monument Aux Héros de l’Armée Noire est élevé à Bamako. Œuvre du sculpteur Moreau-Vauthier, il est inauguré le 3 janvier 1924.

Pour souligner la fraternité d’armes entre poilus et tirailleurs, il est prévu qu’une ville de France située dans la zone des combats accueille également une réplique du monument. Reims est choisie, sans doute en raison du rôle des troupes coloniales dans la défense du secteur au printemps 1918. Le monument est inauguré à Reims le 13 juillet 1924. En 1940, les Allemands détruisent le monument de Reims. À Reims ne subsiste plus qu’un modeste monument substitutif portant l’inscription : «L’occupant détruisit par haine raciale le monument aux Noirs en septembre 1940»

(tous les chiffres sont des estimations)

Armée d'Afrique
302 000  mobilisés sur une population de 15 millions de personnes dont 204 000 en Afrique française du Nord (Algérie, Maroc, Tunisie), 19 000 au Levant (Syrie-Liban actuels) et 79 000 en France métropolitaine.

Troupes coloniales
275 000 mobilisés dont 122 300 en Afrique occidentale française, 15 500 en Afrique équatoriale française, 34 000 à Madagascar, 88 900 en Indochine, 7 900 en Côte française des Somalis, 4 000 aux Antilles, 1  600 en Chine et 2 500 dans le Pacifique.
146 000 mobilisés en France, en Afrique française du Nord, et au Levant dont 63 000 Africains, 14 000 Malgaches, 15 000 Indochinois.

E.D. et A.C.

De l'origine de la confusion

Dans l’Entre-deux-guerres, écrivains et journalistes parlent assez communément de l’armée coloniale qui à leurs yeux réunit alors ceux de l’armée d’Afrique et ceux des troupes coloniales dans un même ensemble qui «témoigne du rayonnement de la France qui possède un empire de 100 millions d’hommes». La méprise est restée ancrée dans les mémoires.

(tous les chiffres sont des estimations)

Armée d'Afrique
2 200 «Indigènes» (ou 5 400 «Indigènes») et 2 700 «Européens» tués, 8 800 blessés et 64 700 prisonniers ou disparus sur 80 000 hommes engagés dans les combats.

Troupes coloniales
4  500 tués, 25 500 blessés et disparus, 49 000 prisonniers dont 28 000 Africains, 12 000 Indochinois et 9 000 Malgaches sur environ 105 000 hommes engagés dans les combats.

 E.D. et A.C.

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