| Dernières infos |
Syrie : la Chine exige une « enquête » sur le massacre de Houla sans pour autant mettre en cause Damas |
|
Au Maroc, un village berbère lance son festival pour se désenclaver

C’est l’histoire d’un village minuscule en pays berbère. A Ighboula, un hameau au cœur du Haut Atlas, il y a le chant des oiseaux, le clapotis des sources et le son du vent dans les noyers qui ploient leurs branches au-dessus des maisons. C’est à peu près tout, ou presque. Il y a quelques semaines, Ighboula et ses deux cents habitants ont décidé de faire revivre une fête traditionnelle oubliée depuis dix ans. Relancer des festivités pour garder vivantes de vieilles traditions berbères, mais aussi tenter de désenclaver le village.
En file indienne, les uns derrière les autres une soixantaine de femmes et d’hommes avancent au rythme des tambourins. Ils sont habillés de leurs plus beaux habits. Les femmes portent des foulards colorés sur leurs cheveux, les hommes de grandes jellabas en laine épaisse. Ils secouent leurs épaules et plient les jambes au rythme de la musique. C’est Achouach, l’une des nombreuses danses traditionnelles de cette région berbère. « C’est l’une des plus typiques ; on la danse à l’occasion des mariages, des circoncisions, pour toutes les occasions joyeuses », explique Hassan Berrouz, guide de montagne venu du village d’à côté pour assister aux festivités d’Ighboula. Car depuis deux jours les habitants de ce petit village berbère ont décidé de relancer une vieille fête traditionnelle: Amawa.
« Amawa, ce sont des festivités qui regroupent toutes les formes de performances orales de quatre villages », explique Sarah Bitoune, une étudiante en anthropologie qui, depuis deux ans, travaille sur le patrimoine oral d’Ighboula et a aidé à relancer le festival. « A l’origine Amawa était célébrée au moment de la récolte des noix en septembre. C’était
l’occasion pour les villageois de faire la fête et de faire vivre les traditions orales spécifiques de cette région ». Et des traditions orales, il y en a beaucoup. En pays amazigh, il y a des centaines de chants et de danses par région, c’est l’expression de l’identité berbère.
Les concours de « tinzarin » [devinettes] les soirées de « hadieth », [contes berbères] ou le « tamaweit », une forme d’improvisation poétique en vers qui permet de raconter des choses du quotidien mais aussi de critiquer la société font parti de ce patrimoine oral de plus de 5 000 ans. « A Ighboula il y a des spécificités qu’on ne va pas retrouver à 30 km d’ici », commente Sarah Bitoune.
« Il était une fois un roi et une reine blanche qui eurent un enfant noir », énonce de
sa voix lente et assurée, Fatima. Fatima a une barbe et des cheveux blancs teints en roux qui dépassent du foulard qui sert sa tête. Elle ne connaît pas son âge. La vieille femme est venue exprès du village d’à côté pour raconter des contes berbères. C’est un évènement rare. Fatima, est l’une des dernières grandes conteuses de la vallée d’Ighboula. Concurrencé par la culture arabe dominante et avec l’exode rural, le patrimoine oral berbère à tendance à disparaître, analyse Sara Bitoune.
Pendant qu’on sert le thé tout le monde écoute. Fatima est installée sur des tapis et des coussins à même le sol, une trentaine de femmes sont venues. Ici, les hommes ne sont pas admis, la langue des femmes se délie. « La vie est très difficile ici », explique Halima, 30 ans, le visage strié de rides. Autour d’elle toutes les femmes acquiescent. « On va chercher l’eau, on surveille les vaches, on va chercher le bois, on lave le linge et fait la cuisine mais on n’a pas de revenus », poursuit Halima.
Encouragée par la fête et la présence d’étrangers, la parole se libère. Les femmes espèrent des retombées économiques du festival. « On aimerait créer une coopérative de tissage pour vendre nos propres tapis et avoir de l’argent. On aimerait aussi avoir l’eau courante dans la maison », complète Fadma, 35 ans. Les femmes attendent beaucoup de ces festivités, confirme Nora, l’institutrice du village. « Quand on leur a demandé ce qu’ils attendaient du festival, ils ont dit : un pont ».
Ighboula est à trente minutes de marche de la première route goudronnée. Depuis deux ans il y a l’électricité mais pas l’eau courante. La culture des noix suffit à faire vivre les familles mais pas à développer le village.
« Il faut garder nos origines, protéger notre identité mais avec Amawa on veut aussi faire venir beaucoup de monde à Ighboula », explique Mohamed Bousta, l’imam du village qui a récemment construit un gîte de montagne. « Comme on dit en arabe, pourquoi pas frapper deux oiseaux avec la même pierre, c'est-à-dire préserver notre culture et développer la région, car si on essaie pas de résoudre nos problèmes d’eau, de routes, d’éducation, on va non seulement perdre notre culture mais aussi perdre les jeunes de cette région ».
Le pari est risqué, le festival veut attirer des touristes sans tomber dans le folklore. Une dizaine d’acteurs associatifs du monde berbère sont venus assister à cette première édition d’Amawa. Ils ont promis de revenir aider les villageois. En attendant, les femmes continuent à aller chercher l’eau dans les mille sources qui coulent à Ighboula.
C’est au Maroc que la population berbère est la plus nombreuse au Maghreb |
Selon un recensement de 2004, contesté par les Imazighen, 8,4 millions de personnes, soit un tiers des 32 millions de Marocains utilisent quotidiennement l'un des trois principaux parlers berbères: le tarifit dans le Rif (nord), le tamazight dans le Moyen Atlas et le tachelit dans le Haut Atlas et le Souss, dans le Sud. Mais le berbère dont l’enseignement n’est proposé que depuis 2003 est menacé tout comme le patrimoine oral.
|

Delicious
Digg
Facebook
Twitter
Yahoo!
Technorati















Commentaires (6)
bonjour, je remercie Léa
bonjour,
je remercie Léa beaucoup pour cet article, cela nous(les habitants d'ighboula) a fait très plaisir. Merci
Merci Nora. Je suis contente
Merci Nora. Je suis contente que tu ais pu voir l'article. Bon courage à Ighboula!
participation
j apprends avec beaucoup de plaisir l organisation de votre premier festival dans les fonds fonds de cette contrée amazigh.J ai beaucoup apprecié d autant plus qu il sa agit de mes freres les berberes qui sont tout aussi marginalisés que leurs freres algeriens.
Pour ce la et en tant que realisateur de film en tamazight je me propose de participer au prochain festival par la projection d'un de mes films gratuitement.
Encore une fois bravo et bonne continuité
Message de Prague
Bonjour,
C´est grâce aux newsletters de RFI que j´ai appris de ce festival berbère au Maroc. Je félicite les organisateurs qu’ils ont renouvelé cette tradition. C´est toujours bien de garder son identité et de sauvegarder la culture. Moi, je m´occupe depuis 12 ans de la culture amazighe et cette année je veux organiser le Festival de la culture tchéco-franco-berbère a Prague. Il y a un groupe berbère du Maroc qui veut y participer. Je serais très contente si c´est aussi quelqu´un de ce festival.
Salutations sincères,
Libuse Addarova
participation
J'ai baucoup aimé votre correspondance pour les berbères du Maroc et ce pour l'organisation de leur premier festival en tamazight. J'ai aussi beaucoup apprécié ce que vous faites pour notre langue ancestrale, raison qui m'enmene a vous dire toute ma disponibilité a participer au festival culture tcheco-franco berbere que vous compter organiser a PRAGUE notamment par la projection d'un de mes films realsié en tamazight
merci
ils vont se faire bouffer
Je ne suis pas du tout d'accord sur ce genre de Pub car cela va detruire une partie de leurs culture... c'est affreux , mais les gens ont faim. mais meme. cela ne doit pas expliquer cette perte d'identitée programmée....
mon pays mon amour ma berberie , les nuls te detruisent......
Réagissez à cet article